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Heavy Metal / Hard Rock

Etranges Visions
Fred H
Journaliste

ADX

«La version anglaise avait décontenancé, déconcertée, déçue, certains partisans. Aujourd’hui, réinterprétées en français, avec une prod’ moderne et pêchue, ces « Étranges Visions » remettent les pendules à l’heure. »

10 titres
Heavy Metal / Hard Rock
Durée: 41 min 42 mn
Sortie le 19/11/2021
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Il y a (un peu plus de) trente piges (février 1991), Adx sortait son quatrième effort « Weird Visions », leur premier et unique dans la langue de Shakespeare. Prévu/écrit à la base en français, nos lascars d’alors avaient dû se résoudre à enregistrer ledit opus « in english spoken » (on imagine pour avoir un rayonnement plus international), à la « demande express » du label allemand Noise Records (Kreator, Helloween, etc.) avec qui ils venaient de signer.

Malheureusement, de nombreux fans rejetèrent cette (r)évolution pas française (bah oui Adx en anglais ce n’est pas Adx) et les ventes en pâtirent. Se retrouvant alors sans management ni maison de disques, le quintette décidait de se séparer peu après. Finalement, après cinq années d’arrêt, ce fut la reformation, et même la « Résurrection ». Depuis, malgré les écueils et les différents changements de line-up, la « Division Blindée » continue à tracer sa route vaille que vaille.

Quoi qu’il en soit, moins de deux ans après son « Bestial », la formation originaire de l'Oise est de retour avec « Étranges Visions ». En fait, il s’agit du réenregistrement – et en français ce coup là - de la rondelle précitée telle qu’il aurait dû être livrée (ou presque) il y a trois décades. La démarche est ici quelque part inédite pour un groupe français. D’ordinaire, l’album sort en premier lieu dans la langue de Voltaire et seulement plus tard, il sort en anglais. Présentement, c’est donc l’inverse.

Ceux qui possèdent le skeud de référence retrouveront les structures des morceaux qu’ils connaissent avec toutefois un gros coup de niaque en plus (le séquençage initial a été conservé). Le speed mélodique et musclé cher à nos frenchies est toujours là (le tonitruant 'L’emprise'). Les guitares de Nicolas « Nicklaus » Minier et de « Néo » pourfendent ('Génération perdue'). Les claques énergiques s’enchaînent efficacement (l’épique instrumental 'Guerre mystique').

Pour équilibrer leur douzième livraison, le combo « forgé dans le plus dur metal » a re-re-conduit Francis Caste (Loudblast, No Return, Klone) pour l'enregistrement/mix/mastering. Ça sonne fort, puissant. La batterie de Didier « Dog » Bouchard est percutante. A l’instar du matos de base, la 4-cordes de Julien Rousseau est bien présente ('Le sang de l’ennemi') et cogne sévèrement ('Reflet du mal', 'Terre de colère'). Sur deux pistes, c’est le déconneur Frédéric « Deuch » Dechilly (bassiste historique du combo entre 1982 et 2001) qui officie avec sa Rickenbacker. Les nostalgiques aficion-hardos des premières heures apprécieront forcément.

Au milieu de ce déluge de décibels heavy, les adeptes de l’ « acier doux » (jargon de « métal-lurgistes » haha) offrent aussi une mise en ambiance bien amenée (la courte intro éponyme ouvreuse) et un très chouette moment de pause aérien (la mélopée 'Trouble' et ses arrangements à cordes).

Enfin, comment parler d’Adx sans citer le vocaliste Philippe Grelaud ? Avec son timbre si reconnaissable, le chanteur reste aussi rageur et hargneux qu’à l’accoutumé. Servi par des textes à connotations historiques ou oniriques, et soutenu par des chœurs/refrains fédérateurs ('Sacrifice pour la cause'), « Phil » nous embarque (le destructeur 'Invasion'). C’était déjà pas mal à la base, mais là, il est bien difficile de résister à tous ces appels aux rassemblements furieux.

Si le contenu est de qualité, le contenant n’est pas en reste. Saluons ici l’excellente réactualisation de l’artwork commise par Stan W. Decker (Jørn Lande, Michael Kiske). Le compatriote graphiste a conservé l’esprit de la jaquette originelle (gardant les mêmes motifs et numéros des cartes tarot) tout en y ajoutant un coté plus sombre et travaillé.

En son temps, la version anglaise avait décontenancé, déconcertée, déçue, certains partisans. Aujourd’hui, réinterprétées en français, avec une prod’ moderne et pêchue, ces « Étranges Visions » remettent les pendules à l’heure. Voilà de quoi repartir arpenter les scènes de l’hexagone (et d’ailleurs) et fêter dignement les quatre décades d'existence d’Adx (ce sera pour en 2022).