Chroniques

Ennemis
Fred H
Journaliste

NO ONE IS INNOCENT

«No One Is Innocent est débout et le poing levé. Victoire par K.O.»

11 titres
Rock
Durée: 40 min 12 mn
Sortie le 01/10/2021
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« Frankenstein », la dernière mandale musicale en date de No One Is Innocent remonte à 2018. Intense et puissante, cette grosse claque nous avait carrément mis à genoux.

En ce dernière partie de 2021, le combo originaire de Paris est de retour avec un huitième opus pour faire face aux « Ennemis ». Le moins que l’on puisse dire c’est que pour les No One, les sujets qui interpellent (et qui fâchent) ce n’est pas ce qui manque. Rien que ces trois dernières années, l’actualité a été riche. Mouvement des gilets jaunes, pandémie, confinements, violences de tous types (féminicides, policières, guerres inter-gangs), la Culture qualifiée de « non essentielle », etc. Bref, il y a « de la matière », comme on dit.

Derrière son micro, comme à son habitude, Kemar fait pleuvoir les coups. Ici, des uppercuts pour les politiques ('La caste' et son « Ça vient de la même école, pillage à tous les étages, les consanguins en uniformes »). Toujours les mêmes tronches pleines de beaux discours et finalement rien ne change. Là, des enchainements gauche-droite contre les télés « cancérigènes » qui recherchent le buzz à tout prix ('Les hyènes de l'info'). Engagé et enragé, le frontman égratigne sévère et n’épargne personne ('Humiliation' et son « Comme une balle, Comme une balle dans le dos, qui fait mal »).

Les adversaires chancellent. Les crochets, directs, et autres revers retournés s’enchainent. Les punchlines se succèdent et tapent en pleines faces ('Dobermann' et son « La Résistance emmerde la haine nationale »). Dire qu’il y a plus de trois décennies, avec leur 'Porcherie', les keupons Bérurier Noir scandaient déjà un message similaire - devenu slogan d’une époque/génération « La jeunesse emmerde le … » - lors de leurs concerts (cf. leur « Viva Bertaga » de 1989).

Quoi qu’il en soit, nos garçons ne baissent pas les bras. Evidemment, il faut éveiller les consciences, ne pas rester silencieux, et fédérer plutôt que diviser (« 'Nous sommes' des centaines et des milliers »).
D’ailleurs, accompagné par le sieur Stéphane Buriez de Loudblast en invité de luxe aux chœurs, [no one is innocent] propose même un hymne aux rassemblements furieux (l’énervé 'Aux armes aux décibels'). Les futurs gigs s’annoncent tout simplement sauvages.

Cependant, les phrases chocs ne doivent pas prendre le pas sur la musique, car c’est elle qui doit primer. Certes, globalement, on a toujours ce mélange de rock metal fusion sautillant (accointances assumées avec Rage Against The Machine ici et là) et d’accents punks. Malgré tout, en constante quête d’évolutions, le quintet n’hésite pas à expérimenter pour mieux surprendre. Les cinq gars laissent leur zique « monter en puissance » ('Forces du désordre' et ses 1 minute 50s d’ouverture sans chant presque tribales). La petite équipe incorpore des programmations-bidouillages de grattes (le viscéral 'Polit blitzkrieg') et quelques élans indus (le martial 'Bulldozer').

Outre la qualité des compos, on reste sur le cul grâce à la co-prod’ goupillée par Charles de Schutter. Le bruxellois (qui avait déjà sévit sur les mix et mastering de « Drugstore » en 2011) offre à la formation un son brut (comme live), dynamique et moderne.

Et puis, tout pile au milieu de ce tourbillon des plus explosif, comme un moment suspendu un peu hors du temps, surgit une courte et apaisante plage instrumentale ('Armistice'). On se fait cueillir pour cette interlude faite de percussions, de cordes et de guitares acoustiques).

Vu le monde dans lequel nous vivons, probable que le combat ne s’arrête jamais vraiment. Pourtant, les « Ennemis » sont présentement bien mis à terre par ce skeud sans concession. No One Is Innocent est lui débout et le poing levé. Victoire par K.O.