Ellengaest
Fred H
Journaliste

CRIPPLED BLACK PHOENIX

«Une fois encore une œuvre immersive et intense»

8 titres
Rock
Durée: 54 min 56 mn
Sortie le 09/10/2020
445 vues
En un peu plus de quinze piges d’existence, Crippled Black Phoenix a en connu des changements de line-up. Le dernier en date remonte à 2019 avec le départ du guitariste / chanteur suédois Daniel Anghede, après six années de bons et loyaux services. Face à cette adversité, CBP a choisi de transformer en opportunité ce qui aurait pu être un gros problème.

Le dernier pilier fondateur et touche à tout Justin Greaves (grattes, basse, batterie en studio, claviers, vocaux additionnels), la chanteuse Belinda Kordic, le guitariste Andy Taylor et la multi-instrumentiste Helen Stanley ont donc faits appels à leur réseau d’amis vocalistes pour les épauler. Baptisée « Ellengæst » (NdT : « Démon Espiègle » en vieil anglais ou « Esprit Fort » en scandinave), cette nouvelle et onzième offrande sera donc une œuvre collective. Dixit le groupe, les chansons sont « un ensemble de pensées et de sentiments qui se rapportent à la façon dont nous existons dans le monde mais également comment nous traversons les autres dimensions. Nous avons tous des esprits et des démons. Nous pouvons être forts et aussi faibles ». Bien que sombre et inquiétant, l’artwork, signé par le duo Thanasis Stratidakis (cf. son site Erebus Art) et Benedikt Demme, se montre aussi intrigant, attirant et plein de (belles) promesses.

Le successeur de l’excellent « Great Escape » paru en 2018 est une fois encore ce post rock teinté de progressif si particulier et pourtant si familier. La formation britannique n’a que faire des codes musicaux. Ici un court interlude ('(-)'), là un morceau pavé dépassant les onze minutes (la transe 'The Invisible Past' acec Jonathan Hulten de Tribulation au chant). Obsédant, captivant, on plonge dans un océan de distorsions et de tristesse. Globalement, tout cela ne respire pas la joie de vivre. Pourtant, l’ensemble se fait intense et chargé d’émotions.

Hormis un titre pour lequel elle officie seule ('Everything I Say'), Miss Kordic partage le micro avec Vincent Cavanagh d’Anathema (les obsédants 'Lost' et 'House Of Fools'), Kristian Espedal des black metalleux norvégiens de Gaahl's Wyrd (l’acoustico-hypnotique 'In The Night') ainsi que l’australienne Suzie Stapleton (pour une reprise de Bauhaus 'She’s In Parties'). En effet, l’équipe nous gratifie d’une réappropriation de cette compo des gothiques rockers britishs (sortie originellement en 1983 sur « Burning from the Inside »). Cette version personnelle s'intègre parfaitement dans ce grand tout mélancolique en forme d’ascenseur émotionnel. On retrouve ladite Suzie en soutien avec Ryan Patterson (ex-Coliseum, Fotocrime) pour une plage pop rock 80’s plus relevée et tout aussi intéressante (le presque dansant 'Cry Of Love'). Quelles soient graves, éthérées, parlées, toutes ces différentes voix résonnent et s’entremêlent avec volupté. C’est beau, prenant, magnifique, noir, froid, profond et d’une richesse impressionnante.

Crippled Black Phoenix livre une fois encore une œuvre immersive et intense. Le phénix noir a beau être estropié (de par son nom mais aussi suite au départ récent d’un de ses membres), il renaît ici – et une fois encore - de ses cendres. Vole bel oiseau, vole.