EDDIE VEDDER
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Rock Alternatif

Earthling
Fred H
Journaliste

EDDIE VEDDER

«Treize chansons rock aux tempos et aux ambiances variés. Eddie Vedder y a mis une grande part de lui, de ce qu’il est et de qu’il aime. Voilà un skeud qui fait du bien.»

13 titres
Rock Alternatif
Durée: 48 min 04 mn
Sortie le 11/02/2022
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C’est en 2011, après neuf albums commis avec son combo Pearl Jam, que le sieur Eddie Vedder livrait son premier véritable effort en solo « Ukulele Songs » (on ne compte pas la trame sonore du film « Into the Wild » de Sean Penn qu’il a signé en 2007). Depuis lors, l’étasunien a continué sa route avec sa formation référence tout en apparaissant ici et là sur différents projets/concerts/… (bande originale de « Flag Day », …). Fin 2020, Ed sortait l’EP 6 titres « Matter Of Time ». Ce mini format regroupait des inédits et des interprétations acoustiques « at home » qui avaient été diffusées sur le web quelques temps auparavant pour divers évènements réalisés en distanciel (confinements obligent).

Cela étant dit, l’américain est de retour avec son second disque en solitaire baptisé « Earthling » (NdT : Terrien). Pour l’épauler aux compositions et œuvrer aux instruments, EV a rameuté le batteur Chad Smith (Red Hot Chili Peppers), l’ancien guitariste du même groupe (et actuel membre de tournée de PJ) Josh Klinghoffer ainsi que le bassiste Chris Chaney (Jane Addiction). A ce line-up, il faut ajouter le guitariste Andrew Wyatt (ex-membre des California Breed) qui se charge également ici de la production (il a déjà collaboré avec Ed Sheeran, Post Malone, Justin Bieber ?!, et Ozzy Osbourne pour son « Ordinary Man »).

Présentement, fini le ukulélé. Le natif d’Evanston (Illinois) a rebranché les grattes électriques et les pédales à distorsion pour revenir au gros Rock. Plusieurs morceaux sont plutôt énervés ('Rose of Jericho') avec les six-cordes au centre des débats ('Power of Right'). Le garçon est clair « Fuck the past, or you'll fuck your future » (NdT : Emmerde le passé, ou tu vas niquer ton avenir ». A bon entendeur. On se laisse entrainer ('Fallout Today', 'Invincible') par cette énergie des plus communicative ('Good And Evil').

Même quand il aborde des sujets plus personnel (en l’occurrence la perte de proches), l’intensité ne baisse pas. Vu le thème, on aurait pu s’attendre à quelque chose de lent. Au contraire, la clique défouraille une piste bardée de reverb’ sur les guitares ('Brother the Cloud'). Qu’importe qu’il évoque la disparition de son frangin Chris ou celle de son pote Chris Cornell (respectivement décédés en 2016 et 2017), on ne peut être qu’ébranler par la profondeur et la puissance des paroles : « Si je pouvais donner, tout ce que j'ai … Pour le ramener aujourd'hui ». Plus loin, la douleur fait place à la colère « Mets ton bras autour, mon frère, mon ami … Dis pour moi, pour moi, pour moi, va te faire foutre […] A quoi servent les amis, les amis ? ». Tout est dit.

Celui qui a pour proches Neil Young et Pete Townshend se fait plaisir en allant sur les terres de Bruce Springsteen ('The Dark' et son beat de batterie « à la Max Weinberg ») et de Tom Petty ('Long Way' avec un featuring à l’orgue hammond de Benmont Tench, cofondateur de …Tom Petty and the Heartbreakers). Pour autant, ce sont bien des propositions de notre rocker surfeur et non de pâles copies sans âme. Seule une plage ralentit le rythme (l’attachante ballade Americana 'The Haves'). Ici aussi, beaucoup de sincérité.

En plus des musiciens déjà nommés, l’opus accueille plusieurs autres invités. Outre Harper et Olivia - filles d’Eddie - pour quelques chœurs et un caméo du pianiste jazzman Danny Long), d’autres guests (et non des moindres) ont été conviés sur les quatre dernières pistes du disque. C’est d’abord Stevie Wonder qui ouvre le bal avec une intervention à l’harmonica (l’enjoué 'Try'). C’est sympa même si on aurait aimé une apparition plus reconnaissable de la part de l’interprète de 'Superstition'. Ensuite, Sir Elton John vient partager le micro (il fait aussi le piano) avec Ed ('Picture' qui voit le tandem se faire optimiste et plein d’espoir pour l’avenir).

La troisième icône à venir prêter main forte est nul autre que sir Ringo Starr. Muni de ses baguettes, l’ex-Fab Four nous gratifie de son jeu léger derrière son kit pour une plage très Beatles-ienne ('Mrs. Mills', ode décalée à la pianiste britannique Gladys Mills). L’ultime participant est très particulier. La galette se clôture par un duo virtuel entre Eddie et son père biologique Edward Severson Jr. (qu’Ed à très peu connu et qui a rejoint les anges quand le futur frontman de PJ n’avait qu’une dizaine de piges). Pour l’occasion, notre chanteur et son producteur ont « bricolés un petit montage » à partir d’enregistrements d’archives de la voix dudit paternel ('On My Way'). Dixit notre vocaliste « C’était incroyable, comme s’il m’avait laissé un message ».

« Earthling » est donc un recueil de treize chansons rock aux tempos et aux ambiances variés. Eddie Vedder y a mis une grande part de lui, de ce qu’il est et de qu’il aime. Voilà un skeud qui fait du bien.