WYRMWOODS
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Atmospheric Avant-Garde / Black Metal

Earth Made Flesh
Enora
Journaliste

WYRMWOODS

«« Earth Made Flesh », n'y cherchez pas de sens, vous risqueriez de vous perdre ; mais essayez de sentir sa richesse»

6 titres
Atmospheric Avant-Garde / Black Metal
Durée: 50 mn
Sortie le 15/01/2018
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Wyrmwoods est un jeune projet musical porté uniquement par Nuurag-Vaarn et qui nous vient de Finlande. Après un EP éponyme sorti en 2014, le groupe nous propose aujourd'hui son premier album, « Earth Made Flesh », une véritable expédition en terres inconnues.

Etrangement, le chaos musical qui nous saisi au début de « Break The Seal » semble plus mélancolique qu'agressif. Pour autant, soyons honnêtes, le groupe n'a pas lésiné sur la rythmique rapide et les riffs brutaux de ce morceau. Mais notre premier ressenti se confirme peu à peu grâce à un passage plus calme qui voit le clavier proposer divers éléments musicaux jusqu'à évoquer un grand manège tournant sans fin. Quand on croit que tout est fini, que le morceau touche à sa fin et va s'éteindre dans le silence, ce n'est que pour mieux repartir dans une atmosphère dure, étouffante et pleine de folie ! On continue dans le registre du mystérieux avec « The Greater Festival Of Masks », d'apparence très léger et dansant par son introduction. Finalement, la ligne mélodique est conservée mais reprise par la guitare ce qui confère une dimension originale au titre qui se transforme lentement en chanson planante et hypnotisante où la voix se distingue à peine. Arrive un moment où on ne sait plus vraiment où l'on est, entre album de Post-Black, musique de film avec un arrière goût de SF old school et pure expérience musicale, mais qu'importe, l'artiste parvient à nous emporter dans son monde.

« Saturnalia » est aussi mystérieux que les deux premiers morceaux. La nappe sonore évoque une sorte de désert de sable ou de glace où le promeneur solitaire ne rencontre que le vent. Au bout de trois minutes pendant lesquelles nous demeurons enveloppés dans cette solitude, Wyrmwoods nous plonge dans un silence libérateur où il fait évoluer des sons comme autant de petits insectes rampants autour de nous. Je pourrais dire qu'il faudra se satisfaire de ce silence mais mon impression est tout autre tant cette expérience sonore s'avère être un succès riche en découvertes et en introspection. Pour les inquiets, « Abomination » nous ramène sur les sentiers battus et bien connus du Black Metal avec quelques touches plus avant-gardistes. La voix murmure de nouveau à notre oreille sur une ligne rythmique plus classique et les riffs de guitare achèvent de compléter l'ensemble. Ce qui est très appréciable chez Wyrmwoods c'est que jamais un extrême ne prend le pas sur l'autre et chaque avancée de la folie est compensée par une réponse sobre. On ne se perd jamais dans des tentatives de brutalité sans raison et l'artiste tente plutôt de développer et nourrir un projet construit et très abouti.

Chaque titre semble nous emmener plus loin dans l'esprit et l'univers de Wyrmwoods, à l'image de « Primordial Waters / The Well Of Urth » qui s'ouvre par une très lente introduction qui se fait pas notes électro douces, tombant tour à tour comme des gouttes de pluie. On se laisse totalement porter et emporter par cette chanson, plus contemplative que musicale à proprement parler. Si une rythmique de plus en plus rapide se met en place de façon sourde, l'atmosphère reste tendue et l'ensemble de la chanson se perd dans les méandres de l'esprit de son compositeur. Sur la fin, la composition devient grouillante, obscure, mystique… Quelques notes d'un piano fantomatique marquent le début de « « The One As Chaos And Egg ». Sur une chanson lourde et calme, une voix rauque murmure, lointaine. Et l'âme de ce titre semble bien reposer dans ce contraste entre la puissance apaisée de la ligne musicale et la voix qui plane comme un oiseau de mauvais augure. Ce dernier titre dure quinze minutes alors plutôt que d'essayer de vous communiquer mes impressions à son écoute, je vous propose d'aller y jeter une oreille par vous-même.

« Earth Made Flesh » est finalement bien loin de ce qu'on peut attendre d'un album qualifié d'Avant-Garde ou de Black atmosphérique, et rien que pour l'originalité dont fait preuve Wyrmwoods, je vous recommande vivement d'écouter ce que propose l'artiste. N'y cherchez pas de sens, vous risqueriez de vous perdre ; mais essayez de sentir physiquement la richesse du message qui passe à travers ces compositions.