In der Hölle Spricht Man Deutsch
Enora
Journaliste

DEBAUCHERY

«« In der Hölle Spricht Man Deutsch », un album musicalement tout à fait réussi, entraînant et qui permet une belle balade dans l'univers de Debauchery/Balgeroth mais est-il vraiment nécessaire d'avoir une version allemande et une version anglaise ? »

31 titres
Death Metal/Hard Rock
Durée: 138 mn
Sortie le 13/07/2018
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Avant de débuter cette chronique, il me semble essentiel de revenir sur une brève présentation de Debauchery dont Balgeroth est l'alter-ego allemand. Debauchery est un groupe allemand, mais dont les paroles sont écrites en anglais (et là repose toute la nuance) formé en 2000 sous le nom de Maggotcunt puis ayant adopté son nom définitif en 2002. Le groupe compte neuf albums à son actif. Balgeroth, présenté comme la troisième entité faisant partie de la trinité des Dieux du Sang, avec Debauchery et Blood God, est formé des mêmes musiciens mais les paroles sont, cette fois-ci, chantée en allemand. L'ambitieux « In Der Höller Spricht Man Deutsch » sur lequel nous allons nous penchés aujourd'hui se compose d'un premier CD où Balgeroth chante en allemand, d'un second CD, intitulé « Enemy Of Mankind » où Debauchery reprend exactement les mêmes chansons, mais en anglais, et enfin d'un troisième CD, intitulé « Götter Der Vernichtung », où Balgeroth reprend en allemand les hits de Debauchery. Si tout ça est clair pour vous, on peut se lancer dans cette chronique !

C'est donc avec « Blutgott Blitzkrieg » de Balgeroth, reprise sous le titre « Beasts of Balgeroth » par Debauchery, que s'ouvre cet album. Le groupe nous raconte alors des histoires sur le peuple des Drakornauts qui envahit les colonies humaines et massacre leurs habitants. La ligne de basse prend des accents Heavy, soutenue avec force par les guitares de Mr. Kill. L'allemand réussit mieux que l'anglais à ce morceau au ton martial, porté par les screams caverneux de ''The Bloodbeast'' (Thomas Gurrath de son vrai nom). Un solo rapide et très mélodieux nous rappelle à quel point le groupe aime passer d'un genre musical à l'autre, d'autant plus que le projet de base repose sur un mélange de Heavy Metal et de Death Metal, ce qui explique les quelques exclamations en chant clair qui viennent ponctuer la chanson. On poursuit ce duel avec l'effrénée « Jenseits des Himmelstors », que Debauchery reprend avec « Beyond the Eternity Gate ». Le titre semble plutôt être un duo guitare-batterie dans lequel Mr. Death ne se fait pas prier pour marteler ses fûts. Il faut attendre « Schlachte den Teufel » (« Overcome Evil ») pour renouer avec la profondeur et l'énergie de la basse, véritable fer de lance de la composition. Un galop lourd et sombre résonne alors que le frontman hurle les paroles d'une voix assurée et entraînante. Il n'hésite d'ailleurs pas à appuyer sur le côté guttural et grave de son scream dans la version anglaise par Debauchery, plus grasse en ce qui concerne le chant, que la version allemande de Balgeroth.

A nouveau, le groupe nous propose une introduction à la guitare avant que la batterie guerrière de Mr. Death ne fasse son entrée pour la lente et puissante « Blutmusik », soit « Bloodcrushing Heavy Metal » dans sa version anglaise. Avec plus d'une minute d'instrumental, ce morceau se développe sous nos yeux, la rythmique nous berce et le scream finit par arriver à point nommé. Plus que la langue dans laquelle les paroles sont chantées, la plus grosse différence entre la version de Balgeroth et celle de Debauchery me semble être le timbre du scream, bien plus grave lorsque le frontman chante en anglais. Le morceau éponyme, rebaptisé « Teutonic Hell » dans sa reprise par Debauchery, débute de façon surprenante avec une guitare acoustique puis une guitare à la saturation très old school. Des choeurs se font entendre et font de cette chanson un hymne que les fans du groupe pourront reprendre, sans doute plus simplement dans sa version anglaise. Le headbang est de rigueur sur « Mörderkult der Zerfleischer » (« Slaughtercult of Carnagers ») puisque basse et batterie s'associent pour alimenter une ligne rythmique plus qu'entraînante et sombre. Tout comme « Beyond the Eternity Gate », la chanson nous fait pénétrer dans le monde surprenant des chasseurs de démons et nous mêle à leur combat. Dans un premier temps, « Imperator der Gewalt », que Debauchery a repris avec « Overlord of the Black Ark », donne l'impression d'être la chanson apaisée de cet album, se démarquant par une introduction mêlant guitare acoustique et guitare électrique avec douceur et mystère ; mais elle ne tarde pas à prendre un tout autre visage.

« Sternenkind », c'est-à-dire « Starchild in the Godspire » sur l'album en anglais, est dans la continuité directe du morceau précédent. Des choeurs suraigus s'ajoutent à l'ensemble, donnant l'impression qu'une horde de goules et de vouivres s'est joint au chanteur, l'entourant comme une nuée mortelle. Soyons honnêtes, il y a beaucoup de chance que l'ouverture de « Menschenfeind », qui correspond à la chanson éponyme de l'album de Debauchery, vous rappelle « Imperator der Gewalt » / « Overlord of the Black Ark », mais la rythmique qui se met en place fait finalement plutôt pencher la chanson vers des influences Heavy/Industrial Metal. La lenteur du morceau fait finalement sa force, bien qu'on puisse se demander pourquoi une introduction aussi peu liée au morceau ait été choisie. La composition de « Dämonische Schlachtmaschine », « Dreadnought Demon Engine » en anglais, a de quoi évoquer « Blood For The Blood God » (2004), l'un des hymnes du groupe que les fans pourront retrouver dans l'introduction où la voix invective l'auditeur avant que la guitare ne lui réponde. Et on finit avec les six minutes de la très Heavy « Knochenheim » / « Mighty Bone Halls » qui n'est pas sans rappeler quelques grands classiques avec sa ligne de guitare et sa saturation. Debauchery reste dans un univers connu et maîtrisé mais se laisse davantage aller à la chaleur des influences mélodiques old school, un effort apprécié. Au fur et à mesure de la chanson, le groupe nous mène à l'apogée de la folie avec une explosion musicale, puis un retour au calme.

« In der Hölle Spricht Man Deutsch » est un album musicalement réussi dans la mesure où on y retrouve tout ce qui fait le charme de Debauchery, mais en langue allemande. En revanche, quel est le réel intérêt de reprendre toutes ces chansons à l'identique en anglais (à part, peut être, faire redoubler le plaisir des fans et permettre à Debauchery de présenter leur alter-ego Balgeroth) ? La principale différence entre ces deux albums est le timbre du scream, plus grave et gras en anglais, plus clair et aigu en allemand, à vous de faire votre choix ! En ce qui concerne le troisième CD, « Götter der Vernichtung », ceux qui ont été convaincus par cet album jetteront sans aucun doute une oreille à ses covers des grands classiques de Debauchery repris en allemand par Balgeroth.


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