Dreaming Is Sinking | Waking Is Rising
Morbid Domi
Journaliste (Belgique)

DAYSEEKER

«Dayseeker offre un post-Hardcore lumineux, grâce à une osmose évidente entre ses membres, transcendée par un chanteur hors du commun, nous envoûtant totalement par un timbre de voix Grungy.»

12 titres
Metalcore
Durée: 44 mn
Sortie le 14/07/2017
8688 vues
Dans le monde du Métalcore, comme dans de nombreux autres sous-genres, nous trouvons de tout. Il y a les groupes qui veulent poser des riffs assassins, puissants et dégager leur caractère agressif pour ainsi affirmer leur griffe personnelle teintée d'une forte agressivité canalisée.
Et puis, à l'instar de nos Californiens de Dayseeker, il y a ceux qui optent pour un jeu plus introspectif orienté dans la mélodie, l'expression plus entière intégrant aussi des composantes de tendresse, de douceur.

Autant maintenir l'honnêteté habituelle qui m'anime, autant j'aime le métal extrême, autant un album authentique, créé dans l'humilité artistique visant une musicalité axée sur de jolies mélodies lumineuses, me touche tout autant.
Justement ces Ricains de Dayseeker, actifs depuis 5 années, ont opté pour un style qualifié de Post-Hardcore qui montre un solide ancrage dans le positivisme à travers les problèmes quotidiens qu'il explore ; ce qui laisse présager chez nos artistes une belle joie de vivre.

Les Californiens d'Orange sortent ici leur 3ème album des oeuvres du chanteur Rory Rodriguez, fondateur du groupe et de ses compères de l'époque, le guitariste Gino Sgambelluri et le batteur Mike Karle. A leurs côtés, 2 nouvelles têtes, Shawn Yates, second guitariste et Ramone Valerio à la basse.
La production a été assurée par Josh Schroeder (Hé oui, cet artiste qui a géré, entre bien d'autres styles, 2 albums de Ghost Bath ainsi que le superbe « Atrophy » de Chronolyth).

« Dreaming Is Sinking | Waking Is Rising » évoque le voyage d'un homme tombé dans un coma profond et son combat mental ardu pour éviter de sombrer dans la folie afférente à l'état végétatif cumulé à un isolement psychique. Sa vie défile et l'on se demande s'il est bien dans la réalité ? Les artistes nous invitent aussi à nous poser la question du sens de cette expérience.

Le verdict ?
Il est sans appel, Dayseeker nous fait découvrir un bel album, captivant, d'accès facile et axé sur quelques très belles mélodies éthérées et parfois atmosphériques.

« Vultures » s'immisce dans une polarité plus agressive, c'est la chute de notre héros.

« Cold Dark Winter » n'offre aucun répit, poursuivant la pose du cadre anxiogène et laissant à penser qu'il est impossible d'en sortir. Les musiciens ralentissent le tempo, offrant une sorte de prison mélodique ni paisible, ni encore trop suffocante mais ô combien pernicieuse. Les riffings se glissent dans la simplicité, ce qui apporte ici la parfaite cohérence avec le cadre. Le groupe appuie là où il convient.

Ecoutez « Abandon » qui restitue avec brio toute l'angoisse du personnage central. On sent une colère présente teintée d'un grand sentiment d'injustice, le chant exceptionnel de Rory parvient à intégrer magistralement cette noirceur latente et omniprésente.

Sur « Sleep in the Sea pt. II », nous sentons que l'espoir reste de mise, le personnage combat, la musique restitue bien cet état de combativité.
« Six Feet Under », titre sans équivoque, possède une superbe dimension torturée dans sa plongée introspective.
Le morceau comporte une architecture qui vous fore le plexus solaire par des riffs acérés jouant sur la subtilité. Clairement, ce titre pourrait passer à la radio sans problème.

Un petit répit nous est offert avec « Hanging by a Thread » qui vous transporte dans un monde indicible, nous ne sommes plus reliés à la terre mais ne sommes pas encore dans le cosmos originel. Ce passage est techniquement super bien pensé car l'auditeur se demande où le groupe va le conduire et dans quel registre ?
A sa suite, ce sera « Désolate » qui clarifiera les choses vu que nous restons dans la polarité négative du pathologique poussé à outrance. On apprécie le beau jeu de basse saccadé de Ramone qui contribue à renforcer la douleur.

Coup de coeur sur la 9ème piste, « Carved from Stone » qui se tourne résolument vers l'espérance en autre chose, l'atteinte d'une autre dimension. Cette piste est énorme, couplant avec génie les dimensions agressives, atténuées par une subtile douceur.

« Come Hell or High Water » nous offre un autre combat, se situant musicalement dans un espace plus atmosphérique, gardant un engagement solide. La lutte est acharnée. Vous alternerez entre calme et agitation sans trop savoir où vos orienter. J'ai choisi les hautes eaux.

« Counterpart » par son tempo slowesque, constitue la seconde merveille de l'album, touchant votre être profond et offrant un énorme apaisement psychique. Après une telle traversée, l'auditeur en avait bien besoin.

Sur « Waking is Rising », la vie revient, le morceau est énergique et présente quelques saturations marquées rappelant que nous ne naviguons pas sur un long fleuve tranquille.

En conclusion, flanqué d'un exceptionnel chanteur, Dayseeker nous a pondu un superbe album de métalcore mélodique, nous promenant dans une histoire difficile en nous immergeant dans le ressenti fluctuant du personnage central. Chaque morceau est bien à sa place. Les alternances entre passages durs, brutaux et espaces plus doux réussissent à vous garder dans l'histoire et dans l'envie de poursuivre.

Je vous encourage à découvrir cet album, il risque fort de marquer certains d'entre vous tant le travail amené tout autour contribue fortement à l'inscrire dans les albums qui valent le détour.

Morbid Domi (Juillet 2017)