No More Conqueror
Baptman
Journaliste

C:O:R:T:E:Z

«Un pur concentré de violence cathartique introspective à la sauce noise mathcore et qui ne comporte aucun maillon faible »

10 titres
Metal - Post Hardcore
Durée: 37 mn
Sortie le 09/11/2018
1178 vues
GET A LIFE RECORDS

A ne pas confondre avec le groupe de rap allemand, ni le producteur d'électro un peu cheap, ni le collectif de hip hop chill, ni le projet trap, ni le conquistador ni la demi-douzaine de rappeurs, groupes, side-projects et collectifs de hard-musette qui portent le même nom sur vos services de streaming préférés, le Cortez dont il sera question ici est un groupe de noise-hardcore/mathcore helvète.

Comme leur musique, le groupe adopte une géométrie variable. Binôme en dehors de la scène, ils deviennent un power trio sur scène (guitare/batterie/chant). Chose étonnante, l'un des membres du duo, le guitariste Samuel Vaney, ne participe pas aux concerts, laissant son acolyte batteur Grégoire Quartier lui faire une infidélité avec un autre six-cordiste : Jérémy Spagnolo. C'est un troisième larron, Antoine Läng qui assure les screams en live.

Le groupe ne fait décidément pas dans la simplicité, et ce n'est pas ''No More Conqueror'' qui va démentir cela.

L'album aura été produit entre la Suisse et Singapour dans des conditions semble-t-il assez éloignées du Studio 2 d'Abbey Road, mais plus proches de l'ambiance local de répétition de base et squat d'une petite pièce d'un building, si vous voyez le tableau. Là c'est sûr qu'on va avoir de l'artisanat et du fait-maison. Le groupe a enregistré le disque entièrement par eux-mêmes. C'est Raphael Bovey (Zatokrev, Impure Wilhelmina, Convulsif) au MyRoom Studio qui s'est chargé du mix et du mastering. Avec un nom pareil, je vous laisse imaginer où se situe son studio.

Bref, un cadre chaotique et sans chichis pour une musique qui l'est tout autant et, comble du paradoxe, en même temps parfaitement en place, sophistiquée et maîtrisée. Je vous avais bien dit qu'avec eux, ça n'allait pas être simple.

''No More Conqueror'' est déjà le 3ème opus de nos petits suisses. Force est de constater, bien sûr en nous gardant bien de ne tomber ni dans l'approximation grandiloquente ni dans le vocable vernaculaire pauvre gorgé de superlatifs qui sont trop souvent les principaux travers de toute critique faite en dehors du contrôle de la retenue raisonnable qui doit être l'aspiration de tout chroniqueur...que ça défonce ce truc, b****l de m**de !

Oui Cortez, c'est pire qu'un gros poing en pleine face, c'est un déluge de coups, un lynchage sur la place du village, c'est la moitié de l'Empire Maya qui vous tombe dessus tomahawk à la main dans 'Seven Past Forever', une moissonneuse-batteuse réglée sur « débroussaillage » qui vous poursuit dans 'Antes Dos Dias Dos Deuses De Ontem', une horde de viking en peintures de guerre qui débarquent de leur drakkar dans 'Duende'...et j'en passe.

Les suisses disent avoir « digéré d'une façon très personnelle » les styles dont ils sont issus que sont le hardcore, le noise et le mathcore, tout en y apportant des touches expérimentales.

C'est parfaitement le cas. On entend par exemple des influences black métal très Enslaved sur 'Hemigraphic', le pont de fin planant de 'Ajatashatru', 'Duende' et 'In Albis' en particulier, ou encore Meshuggah dans le ressenti global et les polyrythmies utilisées : l'excellente mais décidément imprononçable 'Ajatashatru' ou 'Nigredo' qui n'a rien à envier aux productions des suédois, en sont deux bons exemples. On a aussi un petit côté doom dépressif dans une partie d''Abodes of Hail Season', et des sonorités death sur 'In Albis'.

Passons un coup de projecteur bien mérité sur l'extraordinaire performance de Grégoire Quartier derrière les fûts. Le batteur nous gratifie d'une performance à couper le souffle tout au long de l'album qui comprend une sélection de premier choix de breaks de très haute voltige et des intros implacables comme sur 'Tristan Da Cunha'. Notons aussi un pattern à la signature rythmique improbable sur la fin de 'Hemigraphic' qui enchaîne directement sur 'Ajatashatru' en augmentant un peu le tempo, une super idée de structure qui donne ainsi l'impression d'un long morceau. On attend avec impatience de voir ce tour de force en live.

''No More Conqueror'' est un pur concentré de violence du début jusqu'à la fin. Inutile de demander grâce, vous allez vous en prendre plein les oreilles pendant 37 minutes et vous en redemanderez. Rythmes torturés, screams enragés, ambiance chaotique d'apocalypse, riff à la précision diabolique...un sentiment général de malaise, de fureur mais en même temps un côté résolument épique se dégagent de cet excellent album.

Aucun titre n'est en-dessous de l'autre. Tous sont diablement bien exécutés et déploient une nouvelle nuance de maîtrise technique au service d'un message de pure rage. Même les titres obscurs des morceaux sont un régal. 'Tristan Da Cunha' par exemple est une référence à l'archipel éponyme de l'océan Atlantique connu pour être le groupe d'îles habitées le plus isolé du monde, à plus de 2500 km des terres habitées les plus proches. Si un jour on vous demande quel morceau vous emporteriez sur une île perdue, vous saurez quoi répondre. Les moutons qui peuplent l'île se souviendront longtemps de l'ouragan sonore qui va s'abattre sur eux.

Pour peu qu'on apprécie l'aspect résolument cathartique de ce genre de métal d'introspection, on ne peut pas passer à côté d'un album comme ''No More Conqueror''. Du très beau travail de la part de Cortez, fait avec les tripes et une maîtrise technique qui forcent l'admiration.

Mentionnons enfin l'artwork de l'album signé Henrij Preiss, un artiste letton domicilié à Londres et dans le travail duquel Cortez a trouvé l'alliance parfaite entre tradition de la symétrie et innovation de la composition, une métaphore selon eux de ce qui se fait dans la scène post-métal actuelle. L'artiste s'est vu commander par le groupe plusieurs illustrations différentes selon le support de l'album : digipack ou vinyle. Avis aux collectionneurs.

Pour sa diffusion, Cortez va fonctionner avec toute une bande de labels indépendants et militants défenseurs de l'innovation musicale tels que Get A Life ! Records en Suisse ou Basement Apes Industries en France.

Et puisqu'on parle de chez nous, Cortez y sont en ce moment même. Les prochaines dates sont prévues début décembre à Lyon, Besançon et Paris à l'Espace B, dont on espère fortement qu'il aura rouvert d'ici-là...

C:O:R:T:E:Z
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