Child Of The State
Fred H
Journaliste

AYRON JONES

«Avec ce « Child Of The State » aussi riche et diversifié que palpitant, Ayron Jones frappe un très grand coup»

12 titres
Rock
Durée: 44 min 46 mn
Sortie le 21/05/2021
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AUTOPRODUCTION
Seattle, c’est évidemment le berceau du grunge (Nirvana, Pearl Jam, Soundgarden, Alice in Chains) mais aussi la ville natale de Jimi Hendrix. Depuis quelques années, un certain Ayron Jones - lui aussi originaire de la Cité Émeraude – commence à se faire un petit nom (surtout outre-Atlantique) grâce notamment à ses premières parties remarquées pour des formations aussi reconnues que d’univers variés telles que Guns N’ Roses, Public Enemy, Slipknot, Lamb of God, ou encore Jeff Beck.

Après deux disques aux contenus déjà prometteurs mais malheureusement restés confidentiels (« Dream » en 2013 produit par le rappeur Sir Mix-A-Lot et « Audio Paint Job » en 2017), notre lascar (qui fêtera ses 35 balais d’ici peu) nous livre son troisième effort nommé « Child Of The State » (que l’on peut traduire par « Pupille de la nation »).

Pour cette nouvelle rondelle, l’américain s’est donné les moyens en signant sur un label major (celui du styliste John Varvatos associé à Big Machine Records). Musicalement, son style mélange grunge (la bien nommée 'Supercharged'), heavy rock, blues, soul, acoustique folk, pop et même « classique » (violon, cordes, …). L’intéressé décrit sa (presque improbable) zique comme si « Michael Jackson jouait de la guitare tel un Jimi Hendrix dans le groupe de Kurt Cobain ».

C’est vrai que les influences du garçon se repèrent immédiatement (d’ailleurs loin de s’en cacher il les revendiquerait plutôt). A bien des égards (approche de la guitare, origines afro, intonations vocales, …) les connexions sont évidentes. Ici une accointance avec un Lenny Kravitz ('Spinning Circles'). Là, un lien avec Muddy Waters (le mélodique 'Baptized In Muddy Waters' et son jeu de mots entre ladite figure du chicago blues et les « eaux boueuses »). Plus loin, comment ne pas penser à Prince (la douceur 'My Love Remains') ou au roi de la pop Michael Jackson (le joyau 'Take Me Away'). Et puis, impensable de ne pas faire référence à la légende Hendrix ('Killing Season'). D’ailleurs, en multi-instrumentiste accompli (guitare, basse, piano, batterie), notre étasunien n’a pas à rougir du maniement de sa Stratocaster ('Hot Friends').

Devant ce maelstrom de genres regroupés, on a du mal à croire que l’ensemble peut rester cohérent. Pourtant, tout passe crème, sans lassitude pour l’auditeur, et même avec beaucoup d’intelligence. Chaque morceau apporte quelque chose de neuf. Les déjà fans du monsieur vont retrouver plusieurs titres déjà présents sur le précédent méfait. L’excellent travail sur le son et le mastering leurs redonnent présentement un second souffle.

Du coté des textes, Ayron se livre sans retenues. Depuis sa plus jeune enfance, la vie ne l’a pas épargné. Un père toxico et qui « n'a jamais été là », une mère elle aussi accro aux drogues, sa tante qui l’adopte à l’âge de quatre ans (et qui lui donnera le gout pour la musique). Rien d’étonnant donc à ce que les chansons proposées soient nourries de ce passé difficile. Il sait d’où il vient (l’énergique 'Boys From The Puget Sound' et ses « Fucking » placés dans les premiers phrasés). Certaines paroles sont dures (« Le jour où ma putain de mère m'a abandonné, c'était le jour où j'ai appris à mentir ») et font mal (la somptueuse ballade 'Emily' et son « why don’t you let me be », NdT : pourquoi ne me laisses-tu pas être »). Malgré ce vécu plutôt sombre, Ayron n’apparait pas amer ou rancunier envers ses géniteurs tous deux aujourd’hui disparus (l’album leur est d’ailleurs dédié). Jones met sa sensibilité à fleur de peau dans sa voix tantôt énergique (l’hymne à la jeunesse et à la liberté 'Free'), tantot plus nuancée (la très belle et accrocheuse 'Take Your Time').

Homme de conviction, pouvait-il ne pas évoquer « l’affaire » George Floyd, décédé lors d’une très violente interpellation policière en 2020 ('Mercy'). Les derniers mots (devenus le slogan du mouvement militant Black Lives Matter) du mourant sont envoyés tels des coups de poings (« Got me on my knees / too much smoke, CAN'T BREATHE », NdT : Je me mets à genoux / trop de fumée, JE NE PEUX PAS RESPIRER).

A la finale, on est sur un quasi sans faute. Pour pinailler, on pourrait objecter quelques « facilités » mais on les pardonne bien volontiers (plaisir coupable quand tu nous tiens). Avec ce « Child Of The State » aussi riche et diversifié que palpitant, Ayron Jones frappe un très grand coup. Voilà un blase qu’on ne va pas oublier de sitôt et qu’on va avoir plaisir à suivre encore longtemps.