BLEEKER
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Rock Alternatif
Chroniques

Bleeker (EP)
Morbid Domi
Journaliste (Belgique)

BLEEKER

«Si le Canada possède un atout en la qualité de Bleeker, c’est le monde musical qui en sort grandi, tant la surprise est à la hauteur de bien des espérances.»

5 titres
Rock Alternatif
Durée: 15 mn
Sortie le 30/09/2016
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AUTOPRODUCTION
Bleeker nous est présenté comme un jeune groupe nous venant tout droit de Toronto (Canada pour les plus nuls en géographie). En réalité, il y a plus de richesse derrière ce raccourci informatif.
Bleeker a débuté dans un magasin de musique en Ontario, en 2003, sous le nom de Bleeker Ridge, groupe formé par deux doublettes de frères, à ma gauche, les Perkins ; à ma droite, les Steinke.
Dans la famille Perkins, au chant, brillait déjà le très classieux Taylor, soutenu à la gratte par Cole.
Chez les Steinke, Dustin s’occupait de la batterie tandis que Dan jouait de la guitare.

Ces gamins étaient âgés de 12 ans et ils débutèrent par des reprises de Jimi Hendrix et de Joe Walsh.
On peut dire qu’ils avaient le sens du sacré.
Ils sortent un album en 2004 « Undertow » et un autre en 2007 « The rain ».
Au vu de leurs qualités artistiques, ils furent repérés par des pros de l’industrie du disque même s’ils étaient jugés très jeunes. Le réputé Joe Kresta (Directeur chez A&R) fut séduit par leur talent mais se disait qu’ils n’avaient pas encore trouvé leur propre identité. N’est-ce pas normal à 14-15 ans ?
Au moins les gamins avaient baptisé leur groupe de la somme des noms des rues où ils vivaient.
C’est bien mieux que des noms à la con ? Non ? On y voyait déjà un attachement à leur quartier.

Le travail finit toujours par payer, nos gamins signent un contrat chez Roadrunner, excusez du peu, en 2010. Les premières tournées démarrent avec du gros, Airbourne, puis plus tard, Papa Roach et Buckcherry.
Ils se permirent même de sortir un single qui se classa dans le top 10 Canadien « Small Town Dead ».

En 2011, Mike Van Dyk (Tiens ce n’est pas un peu Belge ce nom ?), bassiste de session, va rejoindre le groupe peu de temps après la sortie d’un album.
En 2013, sort un nouvel album « Four ».
En 2015, Dustin, bon frappeur, sera invité par le groupe Sixx : A.M. en vue de partir en tournée.
En janvier 2016, Dustin quitte le projet pour rester avec ses nouveaux amis.

Nos frères Perkins décident de rebaptiser le groupe « Bleeker ». Un être vous manque et tout est dépeuplé, Dan s’en va quelques mois plus tard.
De quintet, le groupe se retrouve en trio.
Etait-ce leur fin ?
Diantre que non. Déjà, les gamins deviennent de jeunes hommes.
Ensuite, ils nous sortent un premier E.P. prometteur.

Musicalement, ils sévissent dans une sorte de rock psychédélique/ Rock alternatif et sont comparés aux Anglais de Royal Blood, aux Australiens de Jet (J’ai écouté pour vous dire que ces comparaisons m’apparaissent parfaitement justes) ainsi qu’aux Américains de « The Black Keys » plus orientés Rock Blues (là, si je retrouve une toute légère similitude, je pense que l’univers de nos Canadiens se démarque nettement plus).
Ce qui est clair, c’est que le jeune trio en veut et qu’il entend utiliser le rock n’roll comme un tremplin festif, histoire de bien savourer la joie de vivre.
Les voilà dotés d’un bon fan club.

Mieux encore, voici la sortie d’un second E.P., intitulé sobrement, « The Bleeker ».
5 nouveaux titres que je brûlais de découvrir pour m’assurer qu’il ne s’agit pas de la création d’un nouveau mythe à visée commerciale, construite sur une belle petite histoire, somme toute pas si banale.

Mon scepticisme en a pris pour son grade.
Quelques écoutes plus tard, me voici forcé d’admettre que nos jeunes pouces, ils en ont sous le capot.

Sur « Highway », on démarre quasiment en mode Sludge revival, c’est prenant, le timbre de voix de Taylor est superbe. Un bon chant, une belle voix. Les musiciens sont créatifs et parviennent à donner un tempo bien sympathique. Un véritable hit tout à fait accessible.

S’ensuit « Free » qui présente un registre très Pop et qui montre qu’il n’y a pas que les Anglais qui savent y faire en la matière, ce morceau possède un chouette grain de folie et présente des riffs typés Fusion. C’est frais. Ça vous met de bonne humeur.

Sur « Erase You », bon sang, un flash puissant m’envahit l’esprit, je me dis que RadioHead aurait pu pondre un tel titre. Ces gars nous racontent une histoire. Les années passées ensemble se sentent dans le rendu. Autant le rock me fait royalement c….r que là, j’avoue être admiratif. Je vois même le spectre d’un Rage Against The Machine sur le riffing de guitare. Vraiment très chouette.

Le 4ème morceau « I’m Not Laughing Now » me subjugue littéralement. Il est joué dans un univers plus pausé, plus tendre. Je garde l’idée RadioHead à titre comparatif, mais pire, je me dis que les Beatles eurent été honorés de glisser cette perle dans leur riche discographie. Je réalise ici découvrir un véritable chef d’œuvre musical. Et ce chant, tout simplement génial.

Le 5ème et dernier titre « Where’s Your Money »nous ramène dans un esprit Royal Bloodien qui aurait invité Mika. Oui, Taylor module son chant. Il est aussi terrible de réaliser que ce morceau est énorme.

Merde, ces gamins me séduisent.
Il y a de la qualité, de la recherche, de la cohésion.

Mesdames, Messieurs, je crois que Bleeker a tout d’un futur très grand, j’ose même dire qu’ils sont dans cette époque contemporaine, ce que Nirvana était à son époque.
La seule chose que l’on puisse regretter, en toute franchise, c’est de se contenter d’un E.P.
Je pense que lorsqu’un album sortira, je puis parier qu’il ira très rapidement se classer dans la crème de la crème.
Si le Canada possède un atout en la qualité de Bleeker, c’est le monde musical qui en sort grandi, tant la surprise est à la hauteur de bien des espérances.
Comme quoi la volonté peut déplacer des montagnes.



Morbid Domi (Octobre 2016)