Ayreon Universe
Chozo Tull
Journaliste

AYREON

«Plus de deux heures d'Ayreon live ! Prêts pour un voyage dans l'espace et le temps ? »

28 titres
Rock Progressif
Durée: 122 mn
Sortie le 30/03/2018
6268 vues
Les lecteurs d'United Rock Nations qui ont un jour ouvert leurs oreilles au progressif moderne auront certainement entendu parler d'Ayreon. Projet titanesque porté à bout de bras par Arjen Lucassen, Ayreon a marqué le public des années 2000 avec une tripotée de musiciens talentueux venus de divers projets et invités par le maître de cérémonie néerlandais. Les pieds fermement plantés dans une science-fiction old-school, Arjen n'a eu de cesse raconter des histoires épiques mises en valeur par des arrangements riches et des mélodies efficaces, la plupart des albums d'Ayreon étant des doubles albums avec un cast de personnages menés au travers d'un récit qui progresse de piste en piste.

La difficulté et l'ambition de Ayreon Universe ne sont donc pas difficiles à envisager : huit instrumentistes sur scène, et pas moins de seize (!!!) chanteur-euses ont été réunis pour que ce massif concert de plus de deux heures soit enregistré. D'entrée, on ne peut que saluer le travail et l'implication de toutes les personnes impliquées dans ce projet, qui ont répondu à l'appel des fans, en permettant qu'une telle machine soit mise en place pour recréer live les compositions foisonnantes de Sire Lucassen. Le public est d'ailleurs réactif dans les enregistrements, et il est sympathique d'entendre les différents chanteur interagir avec la salle à différents moments.

Chroniquer un live est toujours un exercice un peu particulier : il est rare que le produit soit destiné à un autre public qu'aux fans du groupe - ces mêmes fans, donc, qui écouteront et achèteront certainement le disque. Sans compter que les morceaux sont connus, et que leur agencement ne dépend plus d'une volonté de cohérence artistique, mais plus d'une gestion de la pression en concert. Ici, l'ambition est claire : une maxi-dose d'Ayreon toutes époques confondues. On trouve en effet des morceaux issus de toutes les époques du projet, de l'album The Final Experiment à The Source, le dernier album en date, ici seulement représenté par ''Star of Sirrah'' et ''Everybody Dies''. La setlist réussit le pari d'être correctement équilibrée entre les différents albums, et n'hésite pas dans les premiers moments à faire coexister le très vieux (''Dreamtime'' et ''Abbey of Sinn'') avec le très récent (''The Blackboard'' et ''Rivers of Time''). Et votre serviteur de se dire que même après tant d'années, ce vieux Arjen a toujours maintenu une fibre mélodique bien à lui, et que ce projet un peu fou de 1995 a bien fleuri, finalement, et que Lucassen est toujours capable d'écrire d'excellents morceaux, comme ''The Theory of Everything''.

Les reproductions des morceaux sont fidèles mais préfèrent un feeling live à des sur-arrangements à base de playback, ce qui est bien agréable. Les passages aux claviers sont nombreux et le son des synthés analogiques envoûte souvent, que ce soit dans les arpèges d'intro (''Rivers of Time'', ''Computer Eyes'') ou dans des passages solo (''Dreamtime'' !). Les guitares sonnent lourdes et agressives, parfois majestueuses et épiques, comme dans ''The Castle Hall'', l'un des meilleurs morceaux de Electric Castle, d'ailleurs accompagné par une version tronquée de ''Amazing Flight'' (probablement mon morceau préféré d'Ayreon) qui fait plaisir et qui montre que même dans son son bien à lui, Ayreon est capable de nous surprendre avec un riff plus blues électrique qu'odyssée cosmique. Puisqu'on en est à énumérer les grands tubes, on ne peut pas ne pas mentionner ''Day Eleven - Love'', avant-dernier morceau de ce live, qui nous rappelle le succès qu'avait été The Human Experiment, aussi représenté ici par ''Loser'', qui perd un peu de son charisme hors du studio.

A vrai dire, il s'agit sûrement du défaut de cet album, mais un défaut que les fans seront prêt à oublier : hors de leurs storylines respectives, certains des morceaux, surtout ceux introduits par une narration un peu lourdingue (''The Two Gates''), perdent de leur charme série B et de leur puissance. Hors-sol, les paroles d'Arjen sonnent parfois creusent et les rimes douloureuses. Mais c'est le prix à payer pour s'envoyer la maxi-dose d'Ayreon dans les oreilles, et je vous mentirais si je vous disais que je n'ai pas ressenti un peu de jalousie pour ces fans qui étaient dans la salle. Oui, les morceaux sonnent parfois un peu répétitifs, oui Arjen a ses gimmicks de composition, oui les arrangements sont grandiloquents, non il n'y a rien de moderne ou d'avant-garde dans cette célébration progressive. Mais mes dieux, ça fait du bien !

AYREON
Plus d'infos sur AYREON
Rock Progressif
Chroniques