AYREON
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Rock Progressif
Chroniques

Transitus
Fred H
Journaliste

AYREON

«Rempli à ras bord, ce « Transitus » déborde d’idées et comprend plusieurs compos solides. Les fans d’opéras rock metal vont assurément apprécier ce nouveau voyage romantique et surnaturel d’Ayreon.»

22 titres
Rock Progressif
Durée: 80 min 51 mn
Sortie le 25/09/2020
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Voilà désormais vingt-cinq piges que le néerlandais Arjen Anthony Lucassen officie principalement avec son projet baptisé Ayreon. A chacun de ses opus associés (dix jusqu’à lors), le batave aux nombreuses casquettes (multi-instrumentiste, compositions, production, mix, enregistrement) convie une kyrielle d’invités musiciens et vocalistes. Depuis 2 décades et demi, la liste de ces partenaires est donc tout simplement ha-llu-ci-nan-te.

Trois grosses années après son dernier effort en date (« The Source »), et après les concerts exclusifs aux Pays-Bas de 2017 (« Ayreon Universe ») et de 2019 (« Electric Castle Live And Other Tales ») tous deux immortalisés en DVD, notre tête pensante s’en revient avec un « Transitus » des plus généreux (22 titres pour 81 minutes de musique). Dans les grandes lignes, ce concept album digne de Shakespeare relate l’histoire d’un patriarche (Dee Snider de Twisted Sister) qui vit avec ses deux fils, le protagoniste Daniel (Tommy Karevik de Kamelot et Seventh Wonder) et l'antagoniste Henry (Paul Manzi, ex-Arena). Ledit Daniel est fou amoureux d'une des servantes nommée Abby (la belle Cammie Gilbert de Oceans of Slumber). La belle-doche et le dabe de la jeune soubrette sont respectivement interprétés par Amanda Somerville (Avantasia, Trillium) et Johanne James (batteur de Threshold qui officie ici derrière le micro). Autour de ces « simples mortels », on retrouve entre autres une statue vivante (Micheal Mills de Toehider), un ange de la mort (miss Simone Simons d’Epica) et des furies (Marcela Bovio de MaYan et Caroline Westendorp de The Charm The Fury). Outre cette pléthore de guests une nouvelle fois présente, le natif de Waalwijk a fait appel au britannique Tom Baker. Les fans du Doctor Who vont être ravis car l’excentrique british - qui a incarné le célèbre Docteur (le quatrième de la série) entre 1974 et 1981 – est ici le narrateur de ce conte dramatique.

Une fois encore l'opéra et le metal rock progressif se conjuguent. Située durant le XIXe siècle, cette tragédie teintée de surnaturel explore les thèmes de l'amour, de l'horreur mais également de l'au-delà. L’œuvre est découpée en deux actes. Introduit par un très long morceau d’une richesse folle ('Fatum Horrificum' et ses chœurs en latin), la première moitié de l’œuvre nous plonge dans cette atmosphère dramatique souhaitée par l’auteur. On y retrouve tous ces éléments familiers chers au sieur Arjen (flûte, orgue, synthés futuristes, piano, violon, cuivres). Outre plusieurs courtes plages interludes ici et là (le mélancolique 'Seven Days, Seven Nights', 'Old Friend', des soubresauts heavy subsistent (l’accrocheur 'Get Out! Now!').

Beaucoup de dialogues ('Henry's Plot') et d’échanges entre les nombreux personnages. Qu’ils soient puissants, doux (la ballade 'Hopelessly Slipping Away'), profonds ou remplis d’émotions variées, les différents timbres se complètent parfaitement et les harmonies vocales sont bien exploitées (l’excellent 'This Human Equation' que les inconditionnels relieront avec la galette du même nom parue en 2004). Certaines performances sont juste incroyables (mentions spéciales pour mister Karevik et lady Gilbert). Comme souvent, le cerveau créatif de Arjen bouillonne et les idées foisonnent. Le lascar nous gratifie de belles mélodies dans la grande tradition Ayreon-ienne (la délicate 'Two Worlds Now One', 'Listen to My Story') et de quelques interventions guitaristiques bien senties ('Talk of the Town'). Au milieu de ce maelstrom, les plus mélomanes et les aficionados des guitar héros décèleront le solo de sixcordes de Joe « Satch » Satriani et les quelques leads de grattes de l’ex-Megadeth Marty Friedman. Cherchez, vous trouverez.

La seconde partie est encore plus sombre ('Condemned Without A Trial', 'She is Innocent', 'Inferno') avec des pistes plus rapides et dynamiques. La tension monte crescendo ('Message from Beyond', le tout est dit dans le titre 'Daniel's Funeral' avec les vocalises funèbres de la soprano Dianne Van Giersbergen du combo Ex-Libris). A l’instar des comédies musicales, plusieurs motifs sonores reviennent à différents moments (notamment sur les deux dernières chansons 'Abby In Transitus' et l’épique climax 'The Great Beyond').

Décidé à proposer un petit complément à son disque, le sieur Lucassen sort en parallèle une bande dessinée de 25 pages illustrée par le célèbre artiste chilien Felix Vega (à qui on doit des séries comme Duam, Maria Dolares, Juan Buscamares ou Vinland). Plutôt très sympa non ?

Rempli à ras bord, ce « Transitus », concocté par Arjen et son casting de muzicos 3 étoiles, déborde d’idées et comprend plusieurs compos solides. Bien que la barre ait peut-être été mise un rien trop haute (ses travaux précédents parlent pour lui), les fans d’opéras rock metal et du bonhomme vont assurément apprécier ce nouveau voyage romantique et surnaturel d’Ayreon.