American Made
Fred H
Journaliste

BPMD

«Bien exécuté même si on reste un peu sur sa faim avec ce 1er méfait de reprises commis par des zicos chevronnés»

10 titres
Metal
Durée: 38'52 mn
Sortie le 12/06/2020
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BPMD … BPMD … BPMD, ce ne serait pas une formation de hip-hop originaire de New York ? Que nenni, le gang de rappeurs c’est EPMD (acronyme pour Erick and Parrish Making Dollars, en référence à ses membres). Ce BPMD est en fait un regroupement de zicos bien metalleux. B pour le 'Blitz' du vocaliste Bobby Ellsworth (Overkill), P pour le batteur Mike Portnoy (ex-Dream Theater, Sons Of Apollo, The Winery Dogs, Transatlantic), M pour le bassiste-initiateur de cette aventure Mark Menghi (Constricted) et en fin D pour le gratteux Phil Demmel (Vio-Lence, ex-Machine Head). CQFD, enfin non … BPMD.

Les 4 gars se connaissent bien et depuis plusieurs années. Ils ont travaillé ensemble dans le cadre du projet Metal Allegiance, que ce soit sur disques (un 1er skeud éponyme en 2015 et un « Volume II : Power Drunk Majesty » en 2018) ou lors des concerts connexes avec – à chaque fois - une kyrielle d’invités. Pour ce/leur premier méfait ensemble, notre all stars band a décidé de proposer des covers de combos américains issus des seventies. En ce qui concerne la tracklist, chaque musicien a sélectionné deux titres (et peu importe l'avis des autres, na !) et deux morceaux ont été choisis collégialement.

Globalement, les chansons reprises sont accélérées et plus « metal » (voire un chouia thrashisées) que les versions originelles. On imagine que le but recherché a été de capturer l'essence des pistes références tout en y apportant un gros rafraichi et de la modernité. Dès les premières secondes de ce « American Made », on est dans le bain. Avec son chant criard si caractéristique et reconnaissable, 'Blitz' présente ses partenaires dans le crime ('Wang Dang Sweet Poontang' de Ted Nugent). Le quatuor a opté pour deux approches. Tout d’abord, des revisites de standards très connus ('Beer Drinkers & Hell Raisers' des barbus de ZZ Top, 'Saturday Night Special' de Lynyrd Skynyrd, 'We're An American Band' de Grand Funk Railroad ou encore 'Walk Away' de The James Gang). Ce n’est pas mal fait mais cela manque d’un réel sens de la réappropriation. La bande fait preuve de respect mais s'écarte finalement assez peu du matériel initial. Malgré tout, en tant qu’unique sixcordiste, Demmel s'éclate entre ses rythmiques assassines et tous ses soli (qu’il assume donc seul). Phil reste fidèle à l’esprit de son confrère prodige d’origine néerlandaise Eddie Van Halen (l’explosif 'D.O.A.') et dynamise un hit d’Aerosmith (le ici sur-vitaminé 'Toys In The Attic').

Pour compléter leur œuvre, les étatsuniens ont retenu quelques deep cut (comprendre des trucs moins commerciaux/radio-friendly). La petite clique s’attaque à un titre obscur de Mountain ('Never In My Life' et sa cloche cowbell) ainsi qu’à un standard blues ('Evil' écrite par le bluesman Willie Dixon et maintes fois revues par des Howlin' Wolf, Gary Moore, Cactus, Monster Magnet, The Dead Daisies ou Greta Van Fleet) avec une approche Led Zeppelin-ienne. La plage la plus intéressante (car la plus repensée/modifiée) réside dans la relecture d’une compo de Blue Öyster Cult ('Tattoo Vampire'). Secondé par Buck Dharma de B.Ö.C en personne en invité gratte, nos protagonistes livrent ici une adaptation punkisante aux accents Ramones-iens.

Sur le papier, BPMD avait tout pour être enthousiasmant. Cela aurait d’ailleurs pu constituer un complément plutôt bienvenu à un autre supergroup rendant lui aussi hommage à des artistes/chansons issus des 70’s (le Hollywood Vampires des sieurs Alice Cooper, Joe Perry et Johnny Depp). Dans les faits, on reste un peu sur sa faim avec ce « American Made ». Tout cela est certes évidement bien exécuté (et nul doute que nos larrons ont dû prendre plaisir à tout ça) mais on aurait apprécié un peu plus de prises de risques et de véritables réappropriations dans toutes ses reprises. Qui sait pour une suite…