Live At The Royal Albert Hall Featuring The Parallax Orchestra
Fred H
Journaliste

ALTER BRIDGE

«Cette association avec le Parallax Orchestra restera assurément un moment important dans la carrière des américains. Du pur bonheur pour eux et pour nous.»

21 titres
Rock
Durée: 124' mn
Sortie le 07/09/2018
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Après Deep Purple et son « Concerto for Group and Orchestra », Metallica et leur « S&M », Kiss pour « Symphony : Alive IV », Scorpions ... et on pourrait en citer encore quelques autres, c'est au tour d'Alter Bridge de s'essayer à l'exercice périlleux de la prestation sur scène avec un orchestre symphonique. Ce « Live At The Royal Albert Hall » est la captation (audio et vidéo) de deux concerts joués à guichets fermés les 2 et 3 octobre 2017 dans le cadre prestigieux de ladite salle londonienne. Pour leur quatrième disque enregistré en public, le quatuor a choisi de collaborer avec le Parallax Orchestra. Cet ensemble fondé en 2015 a déjà oeuvré avec Bring Me The Horizon en 2016 ainsi qu'avec Eminem & Clean Bandit pour le MTV Europe Music Awards 2017.

A événement exceptionnel, setlist exceptionnelle. Le groupe a pioché de manière quasi équitable dans sa discographie studio (cinq chansons issues de « Blackbird », autant dans « Fortress » et quatre puisées dans chacun des « One Day Remains », « AB III » et « The Last Hero »). Ce qui surprend surtout c'est que le combo a décidé de faire l'impasse sur certains de ses hits ('Rise Today', 'Isolation', …) pour plutôt privilégier des morceaux pas ('Words Darker Than Their Wings' ici sublimé) ou peu joués live (l'émouvante 'In Loving Memory'). Bien lui en a pris car (le plus souvent) ces choix s'avèrent judicieux. Les arrangements proposés (plutôt brillants il faut l'admettre et même épiques par instant) nous embarquent vers d'autres territoires musicaux. Le chef d'orchestre Simon Dobson a réalisé un travail monstrueux. Mèche rebelle par ci et tatouage-piercing par-là, l'anglais (qui possède 2 BASCA British Composer of the Year Award à son palmarès) redynamise le répertoire des américains. La section de cordes apporte de la profondeur aux compositions ('Slip Into The Void', 'Lover'). Certains titres s'envolent à un rythme effréné ('The Last Hero', 'The Writing On The Wall', 'Ties That Bind') pour ne pas dire carrément sauvage ('Addicted To Pain'). L'équilibre entre les gars d'Orlando et formation orchestrale est parfait. L'ajout d'instruments « classiques » apporte une véritable nouvelle dimension aux compos (la superbe 'Fortress', l'efficace 'Cry of Achilles').

Les plus tatillons pourront regretter que certains passages (durant 'The End Is Here' ou bien 'This Side of Fate' notamment), bien qu'assurément bien interprétés collégialement demeurent un peu en deçà du reste tant l'orchestre semble « seulement » soutenir nos metalleux. Simple pinaillerie car Kennedy et ses comparses prennent visiblement du plaisir et nous aussi. La joie évidente de se produire dans un tel lieu et dans de telles conditions galvanise nos quatre lascars. La basse de Brian Marshall se fait bien heavy, la batterie de Scott Phillips puissante et les guitares énormes. Mark Tremonti est en très bonne forme. Le sixcordiste délivre des soli bien inspirés (le toujours attendu 'Blackbird') mais montre également ses capacités de vocaliste lead ('Waters Rising'). Les moments forts sont nombreux. La partie acoustico-symphonique ('Wonderful Life' / 'Watch Over You') entre Myles et l'Orchestra donne à elle seule la chair de poule. Très à l'aise, presque facétieux, le chanteur est impérial de bout en bout derrière le micro (quelle palette vocale les amis). Notre homme encourage l'assistance à s'époumoner en reprenant en choeurs les refrains des succès incontournables qui défilent ('Cries Of Achilles', 'Broken Wings', 'Before Tomorrow Comes', 'Ghost Of Days Gone By',... et l'excellente estocade finale 'Open Your Eyes').

Malgré une réelle prise de risques avec ce type d'encanaillement, Alter Bridge s'en sort haut la main. Loin d'être un effort live de plus, cette époustouflante association avec le Parallax Orchestra restera assurément un moment important dans la carrière des américains. Du pur bonheur pour eux et pour nous.