ELDOVAR
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Progressive rock

A Story of Darkness and Light
Aldo
Journaliste

ELDOVAR

«Une histoire de ténèbres et de lumière, en somme…»

7 titres
Progressive rock
Durée: 45 mn
Sortie le 03/12/2021
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Affirmer que la pandémie a eu un impact non-négligeable sur le paysage musical mondial procède de la lapalissade. En limitant au strict nécessaire les déplacements autour de notre bonne vieille planète, les mesures de confinement ont donné un coup d’arrêt brutal aux tournées, festivals et concerts qui constituent une part significative de la passion qui nous habite.
Dans ce contexte, d’aucuns se seraient contenté de laisser passer, fatalistes et attentistes, une période dont personne –encore maintenant- n’est en mesure d’en voir le bout.

Et puis il en est d’autres qui, refusant la fatalité, profitent du temps dégagé pour emprunter des chemins de traverse.
C’est ce qui s’est passé lorsque, chacun occupés à tourner en Europe, les allemands de KADAVAR d’une part, et les américains de ELDER,se retrouvant bloqués ensemble à Berlin (sauf Jack Donovan, bassiste des bostoniens, resté aux Etats-Unis) décidèrent d’unir leurs efforts pour élaborer la galette qui nous intéresse présentement.

Et le fait est que, non content de donner du grain à moudre à nos musiciens, cela aboutit à un petit miracle.
Misant sur leur science partagée des sonorités vintage, organiques, la formation bicéphale nous propose ici un beau voyage musical et temporel, nous renvoyant directement au meilleur de ce que les années 70 ont produit.

Que ce soit pour rendre hommage au Pink Floyd de l’époque « Dark Side of The Moon » avec la première « grande » (11 minutes) pièce « Blood Moon Night » (essentiellement dans sa première moitié), au folk champêtre façon CSNY (« In the way ») ou plus globalement au choix d’un traitement sonore « à l’ancienne », privilégiant les textures organiques et boisées, « A Story of Darkness and Light » nous transporte à une époque où tout restait encore à produire côté Rock.

L’enchainement sans -quasiment- aucune césure du tryptique “El Matador – Rebirth of the Twins – Raspletin “ plonge l’auditeur dans quelque chose de plus cinématographique et contemplatif, à base de nappes de claviers cotonneuses, éclairées ci et là de discrètes interventions d’une guitare acoustique. On pense par moment à Kraftwerk lorsque les synthétiseurs analogiques se manifestent sporadiquement, mais aussi à des choses plus atypique comme…Lloyd Cole (avec ou sans ses Commotions) lorsque Lupus se fait charmeur (« El Matador »). L’ensemble beau, lumineux et apaisant met en place sur sa dernière partie un crescendo marqué par un solo lyrique et puissant, évoquant pêle-mêle l’expressivité minimaliste d’un Steve Rothery (Marillion) et le psychédélisme bluesy d’un David Gilmour. Le tout est conclu par un trait de sonorités rageuses à la wah-wah, aboutissant à un final fantômatique, marqué encore une fois par le spectre du Floyd.

L’album compte deux plages roboratives, d’une durée supérieure à 9 minutes. L’introductif « From Deep Within » est marqué du sceau Elderien dans les sonorités, tout en proposant un ensemble de variations sur une progression de deux accords magiques.
Quant à « Blood Moon Night », déjà évoqué, celui-ci propose dans sa seconde partie une rupture brutale, en empruntant au post-metal d’un CULT OF LUNA (les vocaux rageurs en moins). L’ensemble se conclut sur un dégradé d’harmonies synthétiques qui, d’abrasives, se font peu à peu cotonneuses, annonçant l’apaisant « Cherry Tree » aux chœurs angéliques.

Montrant une maîtrise sans faille dans l’évidence des compositions, la qualité de la production (les sonorités, pourtant très marquées 70’s, ne font absolument pas datées), la complémentarité des musiciens, ELDER et KADAVAR nous livrent ici un album lumineux, dont les climats apportent une touche d’espoir dans une période décidément troublée et sombre. Une histoire de ténèbres et de lumière, en somme…