EYEHATEGOD
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Sludge/Doom Metal

A History Of Nomadic Behavior
Fred H
Journaliste

EYEHATEGOD

«Eyehategog est bien de retour et ça envoie du lourd !»

12 titres
Sludge/Doom Metal
Durée: 41 min 54 mn
Sortie le 12/03/2021
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Ces 7-8 dernières années, les choses ont été pas mal mouvementées pour Eyehategod. Entre le décès du batteur Joey LaCaze en 2013 (insuffisance respiratoire), le départ du gratteux Brian Patton en 2018 pour raisons personnelles, et la transplantation d’un foie fin 2019 pour le chanteur Mike IX Williams, on peut dire qu’ils n’ont pas été épargnés nos lascars. Pour en rajouter une couche, difficile de faire sans la bien pourrie année 2020 avec la Covid-19, l’arrêt soudain des concerts (obligeant le combo à quitter l’Ukraine en catastrophe sous peine de rester coincés sur place avant la fermeture des frontières), les confinements, l’élection Trump vs. Biden, etc. Cependant, tout n’a pas été totalement merdique pour le gang ricain. Durant trois ans, ils ont pris un pied terrible à sillonner le globe (dont l’Indonésie, Corée du Sud, Vietnam, Thaïlande, Israël, Tasmanie) pour défendre sur scène leur opus éponyme paru en 2014.

Bref, sept piges après ledit dernier méfait en date, EHG is back avec une bombe intitulée « A History of Nomadic Behavior » (NdT : « Une histoire de comportement nomade »). Pour composer leur sixième missile, la formation de la Nouvelle-Orléans s’est nourrie et inspirée de tous ces événements et vécus – plaisants ou non - accumulés ces dernières années. Cela ne surprendra personne, les louisianais s'en branlent toujours autant de plaire ou déplaire. Le désormais quatuor délivre son southern sludge rock sans états d'âmes. On retrouve les riffings Black Sabbath-iens ('Built Beneath The Lies'), les rondeurs doom (le pillon 'Fake What's Yours') et les passages outrancièrement pachydermiques ('Anemic Robotic', 'The Day Felt Wrong') chers à nos gaziers. Avec des structures de morceaux pour le moins chaotiques on ne peut être que désorientés, perdus. La simplicité de certains riffs donne par moments le sentiment de réentendre une plage déjà écoutée. Ça tourne parfois jusqu'à l'abrutissement dans une sorte de en boucle monotone. Et pourtant…

Ici et là, déboulent des accélérations punk hardcore (le vicieux 'The Outer Banks', le féroce 'Three Black Eyes') ou des fulgurances bruyantes voire bruitistes ('Current Situation' et ses larsens répétés) qui déchirent tout. Si vous êtes des adeptes de la distorsion et de la saturation, réjouissez-vous car nos voyous du bayou continuent à en user et abuser. Vous l'aurez compris Eyehategod reste Eyehategod, cette sympathique bande de tarés qui balance ce son épais et direct et qui prône l'instabilité et les ambiances inquiétantes.

Derrière son micro, tel un écorché vif, le gars Williams se fait une fois encore rageur. Bien qu’ils ne se considèrent pas comme un « groupe politique », comment ne pas être affectés par tous ces bouleversements de l’an passé ? Brutalités policières, émeutes, comportements stupides, mensonges, une Amérique divisée, toutes ces merdes se bousculaient dans l’esprit de notre hurleur lors de l’enregistrement de ses parties de chants. Et puis, quand tu te sens presque condamné (de par son insuffisance hépatique) et que tu attends impuissant sur ton plumard d’hôpital un providentiel donneur de greffe, tu remets les choses en perspectives. Dès lors, oscillant entre glaviots éructés (l’hypnotique 'Every Thing, Every Day' et ses paroles martelées) et spoken words plus posés, le natif de High Point en Caroline du Sud expulse des textes abstraits et quelques phrasés chocs sans équivoques ('High Risk Trigger' et ses « L'infection est le chemin, la foule perturbatrice vise / Brûle la maison […], détruit les États-Unis »).

Avec sa production qui vous vrille les tympans, « A History Of Nomadic Behavior » est une nouvelle coulée de boue brute et sans concessions. Eyehategog est bien de retour.