Chroniques

A Better Dystopia
Fred H
Journaliste

MONSTER MAGNET

«En se réappropriant quelques plutôt chouettes pépites méconnues du passé, Monster Magnet fait le pont entre plusieurs décennies musicales. Malin et redoutable.»

13 titres
Rock
Durée: 48 min 03 mn
Sortie le 21/05/2021
1012 vues
« Mindfucker », le onzième et dernier effort en date de Monster Magnet avait envahi les bacs à skeuds à la fin du premier trimestre 2018. Dans la foulée de cette sortie, nos gaziers étaient partis sur les routes pour défendre ledit disque sur scène avant d’enchaîner avec la tournée « Powertrip : A Celebration ! » (pour fêter l’opus éponyme paru mi 1998). Et puis en février 2020, tout s’était brutalement arrêté. Pour cause de pandémie mondiale, plus de concerts, fermetures des frontières et tout le tremblement.

Pressentant qu’ils allaient rapidement s’emmerder en mode « confinés », nos lascars ont alors réfléchis aux différentes options possibles. Un truc en streaming sur internet ? Que nenni. Une répétition filmée-diffusée via Zoom ? Clairement pas. Non, ce sera un nouveau méfait. N’étant pas trop d’humeur à composer du matériel inédit, nos stoner rockers américain sont partis sur l’idée d’un album de reprises façon « bunker » (comprendre goupillé de A à Z par le groupe seul et enregistré-mixé-produit dans les petits Freak Shop Studios du batteur Bob Pantella dans le New Jersey).

Pour le choix des titres, le chanteur Dave Wyndorf est allé puiser dans une « playlist de la quatrième dimension » (comme il la qualifie) qui l’accompagne depuis son adolescence (fin 60’s début 70’s) et qu’il écoute encore parfois avant les gigs. Ces morceaux et ces combos (pour beaucoup sous-estimés et parfois en marge) ont d’une manière ou d’une autre inspirés, influencés, nourris, et forgés le Monster Magnet que nous connaissons. Ce « A Better Dystopia » (dystopie = fiction qui décrit un monde utopique sombre) rend autant hommage à tous ces gangs et qu’à cette période.

De manière assez évidente, en avant pour du stoner pur souche (l’hymne 'Born to Go' des britanniques de Hawkwind avec son riff gras répété à l’envie), de l’acid-rock ('Epitaph for a Head' de J.D. Blackfoot)'), et du hard rock « classique » (l’énervé 'Learning to Die' de Dust). Fort logiquement aussi, la clique donne dans le hard psychédélique (l’accrocheur 'When the Wolf Sits' de Jerusalem, le tourbillonnant 'Mr. Destroyer' du trio culte PooBah), le punk « dansant » (le furieux 'Motorcycle (Straight to Hell)' de Table Scraps), et le gothic rock ('Solid Gold Hell' des post-punk australiens de The Scientists). Bien que Dave et ses sbires ne s’écartent finalement pas trop de leur style de prédilection (le missile 'Welcome to the Void' Morgen), ces revisites nous filent la patate. En réactualisant ces oldies peu/pas connues du plus grand nombre, le quintette évite l’écueil de la comparaison (souvent décevante) avec les originaux.

Au micro, Wyndorf est en grande forme. Le frontman à la belle bacchante joue de sa voix pour varier les plaisirs. Il parle (le monologue fou de 'The Diamond Mine' basé sur un texte de Dave Diamond, célèbre animateur radio américain des années 60-70), chante (le planant 'Death' de The Pretty Things), grogne ('Be Forewarned' de Pentagram), crie voire hurle à l’occasion. Il imprègne chacune des pistes de sa personnalité et de son énergie (les solides 'Situation' de Josephus et 'It’s Trash' The Cave Men). Ces nombreux changements dans l’interprétation apportent de la diversité aux propos et font clairement la force de cette rondelle.

Ce « A Better Dystopia » n’est pas là pour dire « c’était mieux avant ». Somme toute, en se réappropriant quelques plutôt chouettes pépites méconnues du passé, Monster Magnet fait le pont entre plusieurs décennies musicales. Malin et redoutable.