ARKAN
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Melodic Death Metal with Middle Eastern Influences
Chroniques
Lila H
2020

Kelem
Morbid Domi
Journaliste (Belgique)

ARKAN

« Arkan est parvenu donner de la puissance à sa musique, à lui offrir une très belle maturité et à marquer le parfait syncrétisme entre le Rock, le néo métal et les éléments brutaux. »

12 titres
Melodic Death Metal with Middle Eastern Influences
Durée: 50 mn
Sortie le 10/11/2016
4977 vues
Voilà déjà 11 ans de carrière pour les Franco-Algériens d’Arkan et un 4ème album dans l’escarcelle.
Dans le monde du Métal, le groupe possède un certain respect; en cause, une singularité des artistes qui nous envoyaient une sorte de Métal Death mélodique Oriental. Clairement, sur le vieux continent, les formations qui œuvrent en ce sens, ne sont pas légion.

Depuis la sortie du premier album résolument orienté Modern Death Folk, « Hilal » en 2008 jusqu’à la 3ème galette nettement plus typée Métal Folk Power mélodique, « Sofia » parue en 2014, le groupe nous avait montré une solide capacité évolutive dans la construction musicale.
A chaque fois, les musiciens ont fait preuve de générosité dans leurs compositions. Il y a eu engagement, l’apport subtil de quelques riffs typiques de la culture Orientale, donnant ce véritable cachet que l’on retrouve dans un Septic Flesh ou dans un Orphaned Land.
Certes, quelques experts plus pointus diront qu’ils n’ont jamais vraiment pondu un chef d’œuvre mais bien des albums respectables.
J’ai pris le temps de réécouter ces albums, et je me rappelle, jadis, avoir été touché surtout sur « Salam » et plus encore sur « Sofia » qui m’apparaissait assez travaillé et décalé par rapport à d’autres productions de l’époque, entre aspects softs et brutaux.

D’un autre côté, il y a la vie avec ses multiples réalités, dont un principe immuable, celui du changement. De la formation initiale, nous retrouvons l’instigateur du projet, Foued Moukid, batteur percussionniste et deux compères : Samir Remila à la basse, Mus El Kamal à la guitare et Florent Jannier, chanteur au début et puis guitariste à partir de 2011. Il y eut les départs des guitaristes Reda et Abderrahmane Abdallahoum.
Plus récemment, après 8 ans de services, Sarah Layssac s’en est allée vers d’autres objectifs.

Arkan va pourtant réussir à faire mentir un sage adage « Un être vous manque et tout est dépeuplé ».
Loin s’en faut, le Foued en a vu d’autres et nous a sorti de sa manche, et surtout d’une autre expérience musicale, « The Old Dead Tree », au sein duquel il a été batteur presque 4 ans., un atout de qualité, Manuel Munoz, chanteur émérite de Rock.
J’en vois déjà se réjouir, marquant une grande impatience d’écouter le rendu et d’autres se dire « Oh là, ça va donc sonner plus Rock sur la voix claire, adieu les éléments Folky ».

Certes, les goûts et les couleurs sont bien ardus à discuter mais par-delà, il reste toujours certains faits. Pour illustrer ce propos, si je regarde la scène hybride, j’ai toujours trouvé dans la presse des adorateurs de Gojira ou de Dagoba qui s’émerveillèrent face aux dernières productions.
Allait-il en aller tout autrement pour Arkan ?
Ce changement à la voix claire, aurait-il un impact ? Et si oui, lequel ?

Autant être franc avec vous, après plusieurs écoutes, je réalise que ce dernier album est d’un très haut niveau.
On y trouve plusieurs aspects dans le style.
Le premier aspect, étant une orientation nettement plus néo métal, légèrement Corée dans le riffing, dans l’ambiance générale et cela se découvre sur le tout premier titre « Kafir » qui brille de qualité, nous montrant un superbe chant, il y a de l’émotion. Nous retrouvons les sonorités plus orientales mais qui prennent une place plus en retrait. L’ensemble est efficace et va à l’essentiel. C’est un hit en puissance. « Cub Of The Caliphate » va lui aussi sur ce registre bien agréable et comprend un très bon fond guitaristique à tendance Fusion/Death.

Sur « Nour », nous observons la confirmation de ce nouveau courant. Ce qui est génial, c’est cette impression qu’une forme de revival s’est glissée subtilement dans ce chant, révolutionnant totalement ce à quoi nous fûmes habitués. Les amateurs de bon Rock éthéré ou alt y trouveront leur compte.

Le second aspect, le maintien des espaces typés Death : « The Call » présente quant à lui la particularité de sonner ultra moderne Métal, le chant plus agressif growlé vous prend aux tripes. C’est cet aspect-là que je préfère chez Arkan, et donc, je souligne que l’agressivité n’a pas été abandonnée, loin s’en faut. Par contre, vous aurez l’occasion de découvrir un très beau jeu de basse bien groovy. Ce morceau est excellent.

Toujours dans ce registre plus dur, « Erhal » va vous ravir, c’est clairement mon coup de cœur de l’album, un growl engagé, il y a du peps, c’est lourd et fluide, ça écrase. Cerise sur le gâteau, plus on monte en puissance et plus on s’attend à garder la vitesse, et hop, surprise, le chant clair arrive dans le refrain pour apaiser le climat. C’est énorme, rien de choquant, on verse dans l’admiration de cet excellent mix entre technique et contrôle de l’atmosphère. Au niveau du jeu de batterie, c’est époustouflant, Foued tue et garde toute sa force par le soutien bien calibré de la basse qui cette fois se lance dans un jeu plus destructeur. « Erhal » est un morceau d’anthologie.

A peine le temps de s’en remettre, arrive « Eib » qui démarre sur des guitares Hispaniques pour nous ouvrir les portes d’un morceau qui sera nettement plus néo métal/Fusion. Le chant est habité, c’est prenant et ponctué par des chœurs qui donnent richesse dans la quadrature générale. J’y perçois là une piste touchante. Arkan vient chercher l’auditeur dans ses retranchements et dans la douceur d’un mid-tempo.

S’ensuit « Beyond The Wall » qui démarre sur des éléments plus mélodiques, le chant clair de Manu poursuit sur une presque lamentation qui tourne en supplique. Sur ce morceau plus allégé sur l’aspect musical, le chant va grimper, avec des relents post Grungy/Rock pour vous frapper un très gros coup. Un corrélat titanesque s’impose en mon esprit. Arkan vient de faire un « Creep » RadioHeadien mais dans son propre registre Métal. Ce morceau est magistral. C’est une pépite supplémentaire bien cadrée par un riffing haché, caressé par les petits riffs Orientaux.

Il est dur de redescendre sur terre après tel moment et là, nos artistes ont joué un coup de maître car ils vont nous offrir une œuvre unifiée en 4 temps/4 pistes à partir du titre éponyme de l’album. Nous revenons dans une structure plus liée à un nu métal légèrement Coreux qui balance dans la fraîcheur. A peine le temps de s’ancrer dans ce registre que vous réalisez que « Kelem » est juste un pont, un lien qui amorce l’arrivée d’un morceau magistral, « Capital City Burns » qui vous berce dans un fond mélodique aéré nous laissant une certaine liberté d’écoute et mieux encore, vous donnant à l’esprit un tremplin pour flâner. Quelques growls viennent vous rechercher pour vous avertir que vous avez franchi le cap d’un 3ème morceau, « As A Slave » restant toujours dans ce fil conducteur toujours amorcé par « Kelem » mais vous glissant cette fois dans une toute autre dimension imbibée d’un magnifique chant Oriental qui transporte littéralement. Ce titre est grandiose et tout a été mis en œuvre pour vous préparer à entrer dans les 6 minutes de « Jasmine Harvest » qui priorise clairement la notion de voyage pendant 2 minutes 50. Tombe le silence type de la fin d’album. Mais je ne sais vous l’expliquer, vous attendez quelque chose, vous ne coupez rien sur votre appareil. Et Surprise, à la 5ème minute, un instrumental typé Folk mélancolique vous réveille et illumine votre espace. C’est déconcertant car ce registre est différent de l’ensemble digéré. Ceci dit, Arkan vous pose ici un petit focus de ce qu’il a fait dans le passé, nous rappelant qu’il sait aussi maîtriser cet univers spécifique.
Cette fois, l’album est fini. Vous réalisez que le produit en vaut la peine. Le groupe nous a raconté une histoire, son histoire.

Non, même si j’ai ciblé quelques joyaux, je ne dirai pas que c’est un chef d’œuvre, selon mes standards, 2 morceaux plus agressifs dans le registre « Erhal » m’eurent été nécessaires pour que je puisse être totalement ébahi. Ceci dit, je réalise une progression fulgurante dans le travail, et surtout, que c’est album est énorme et excellent. Je gage que les amateurs de Métal moderne orienté Rock/fusion risquent fortement d’être touchés par le beau travail réalisé là. Eux pourraient y voir uen marque de chef d’œuvre.

Avec « Kelem », Arkan est parvenu donner de la puissance à sa musique, à lui offrir une très belle maturité, une orientation plus carrée et à marquer le parfait syncrétisme entre le Rock, le néo métal et les éléments brutaux.
Morbid Domi (Octobre 2016)