The Last Hero
Morbid Domi
Journaliste (Belgique)

ALTER BRIDGE

«"Alter Bridge vient de donner naissance à un pur chef d'oeuvre de Rock Métal qui vous met au carré, le mot puissance et grande technicité".»

13 titres
Rock
Durée: 68 mn
Sortie le 07/10/2016
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Il était une fois un quartet Floridien qui allait vivre une aventure intense mais bien éprouvante dans le monde du post-grunge, sous le nom de « Creed », formé en 1995.
Les albums s’enchaînent, le succès est au rendez-vous malgré l’orientation résolument chrétienne et moralisatrice prise par le leader chanteur Scott Stapp.

Nous pouvons tomber aussi vite que nous ne montons. Ce sera le cas avec la chute de Scott dans les affres de la dépression. Mark Tremonti, guitariste et co-créateur de Creed, décide d’ouvrir les pages d’une nouvelle aventure avec les deux autres membres : Le batteur, Scott et le bassiste, Brian.
Très inspiré par un pont situé près de chez lui à Détroit, Mark décide de former « Alter Bridge » en 2004. Il sollicite les services de Miles Kennedy au chant et entend poursuivre dans le rock alternatif mais bien en dehors de toute imagerie typiquement chrétienne.
« Merci la solidarité me direz-vous ? » Oh non, ne jugeons pas, c’est qu’il ne devait être guère aisé de vivre dans ce contexte bancal et tendu, sous le leadership de Scott, fortement impacté au niveau santé mentale.

Tout est bien qui se termine bien car ledit Scott allait avoir un magnifique challenge à honorer sur son chemin de vie : Une participation à la bande annonce du film de Mel Gibson, le très célèbre « La passion du Christ ». Si ce n’est pas génial ça ?
Pendant ce temps, Alter Bridge suit son petit bonhomme de chemin…jusqu’à la très rapide sortie d’un premier album « One Day Remains », l’année même du split Creedien.
Les résultats ne se font pas attendre, c’est une perle, il atteint d’ailleurs la 5ème place des classements Bilboard pendant 14 semaines et devient disque d’Or. (N.D.L.R. : Je vous exhorte à écouter cette merveille, c’est à découvrir dans votre vie de Métalleux).

Evidemment, le nouveau groupe reçoit de fortes pressions pour une reformation de Creed, on leur dit que c’est exactement la même chose qu’avec Creed, sauf au niveau du chant. Mark tient le coup, il ne souhaite plus relancer l’entité « Creed » logiquement essoufflée, et mieux encore, va répondre à la critique par un second album qui va « tuer », « Blackbird » en 2007.
Passons la reprise de Creed en tournée en 2009 (la pression a sans doute été convaincante) et le petit périple de Miles en carrière solo, l’amenant à croiser Slash en tournée.
En 2010 sort le plus sombre « AB III » qui aura toujours grand succès. (N.D.L.R. : Personnellement, il m’emballe nettement moins que « One Day »).
Les aventures se multiplient pour les différents membres, tandis que Mark écrit toujours des chansons pour Alter Bridge.
En 2012, les membres font le point, ce qui va nous donner en 2013, l’album plus technique « Fortress ». Les tournées vont s’enchaîner.

Nous voici donc en 2016 avec « The Last Hero » et une grande impatience de découvrir le fruit du travail réalisé. Autant vous le dire tout de suite, cette cuvée nouvelle est remarquable, c’est un magnifique album. Alors que je l’écoutais pour la première fois dans l’auto, roulant vers le bureau, je me suis écrié « Nom de Dieu, waouh ». Vous me pardonnerez rapidement ce blasphème en parcourant les ressentis sur les plages dûment décortiquées.

Nous démarrons l’écoute avec un superbe morceau : « Show Me A Leader » sur lequel Myles présente une ligne de chant légèrement typée Mike PATTON lorsqu’il monte sur « Ashes to Ashes », le refrain est génial, il y a une grande musicalité, la rythmique est soutenue, le jeu de guitare est bien muni en peps et offre quelques soli assez profonds. Clairement une pièce maîtresse de cet album.

Sur « The Writing On The Wall », nous gardons le même entrain, c’est construit, efficace, nous allons à l’essentiel avec un moindre brin de folie guitaristique. Le refrain accroche aussi. Un bon petit break surprend aux 2/3 du morceau, ce qui lui donne une bonne consistance. Le refrain n’est pas mal du tout. C’est correct.

Le 3ème morceau, « The Other Side » nous engage dans une dimension plus atmosphérique sur les chœurs introductifs pour ensuite s’enliser dans un ciment à prise rapide. La technique de chant change pour aller dans un tempo plus lent, plus émotionnel, avec un refrain plus typé Chris de « Soundgarden ». Ce morceau est bien lourd, la frappe est sèche. C’est diablement ancré à la mère terre.

Oh surprise, sur « My Champion », on entre dans un riffing purement A.C./D.C.ien dans le genre « Thunderstruck » pour ensuite s’envoler dans le plein univers alternatif d’Alter Bridge. Le refrain est de toute beauté, on est pris dedans. Ce morceau est aussi lumineux que le « Where the streets have no name » de U2 tant il gagne en félicité au gré de sa progression temporelle. Coup de cœur là !!! Et histoire de vous en remettre une couche, vous pensiez avoir atteint les sommets et hop….soli de guitare qui vous percent la cage thoracique.

Je pensais « The Other Side » en capacité de puissance optimale, j’ai tout faux, c’était sans compter sur « Poison In Your Veins » qui balaie tout, souffle un air frais et bien nanti de folie. Il vous saute aux oreilles à la manière du fameux « Love in an Elevator » d’Aerosmith. Génial. Le refrain est plus Rock dur que pure mélodie et c’est en parfaite osmose avec l’écrin musical. Fabuleux.

6ème titre, « Cradle To The Grave », nous plonge quant à lui dans un univers plus romantique, plus posé, avec un chant modulé dans la presque tendresse et sans vous endormir car la bête reste agressive, mordant dans le refrain. Les mélodies sont envoûtantes. Ce morceau est titanesque !!!

S’ensuit le terrible « Losing Patience » doté d’une fameuse technicité, partant dans un registre torturé, avec chant feutré qui s’éclaircit dans un refrain dantesque. Je vous mets là au défi de résister à l’efficacité du tube. Un mot : « époustouflant ».

« This Side Of Fate » nous emmène dans un univers très « Muse » et n’en reste pas moins captivant dans sa construction. Le riffing est endiablé, le chant est spirituel et verse dans le somptueux recueil tandis que la batterie frappe avec énergie et perspicacité. Le bon coup au bon moment. Très bon relief apporté là.

Le « You Will Be Remembered » va venir vous calmer un tantinet dans une rythmique plus soft mais non dénuée d’énergie. Le chant y est superbe et là je revois le spectre d’Aerosmith au sommet de son art, mais avec plus de puissance. C’est monumental. Alter Bridge, je vous le dis, balaie Aerosmith.

Sur « Crows On A Wire », on atteint cette fois le summum de l’agressivité du jeu. C’est du lourd, un Rock qui écrase tout sur son passage. Je suis scotché sur ma chaise. Le serez-vous aussi ? Et tant pis pour la redondance scripturale, encore un refrain magistral.

11ème morceau, « Twilight » reste dans la belle puissance artistique et s’amène à vous, légèrement plus accessible, à l’instar du titre d’ouverture. Les modulations du chant sont bien sympathiques.

« Island Of Fools » est un véritable obus tiré dans un magasin fortement fréquenté durant les soldes. Une explosion auditive. Il dégage des forces centripètes, et nécessite par ailleurs, au moins 4 écoutes pour oser s’y aventurer. Je retrouve là les signes de haute technicité des meilleurs groupes de Death capables de vous emmurer en quelques notes seulement.

Enfin, c’est au tour du titre éponyme de vous subjuguer avec des relents bien heavy, c’est du lourd, toujours, une rythmique percutante et une envolée redoutable de la guitare. Le chant oscille parfois vers le très posé pour remonter en toute puissance. C’est une démonstration.

Il ne fait pas l’ombre d’un doute en mon esprit que nous avons affaire à un véritable chef d’œuvre.
Foncez sur cet opus qui se doit d’être placé à sa juste place, dans votre compartiment CD, tournant en boucle.

En conclusion, avec « The Last Hero », Alter Bridge nous démontre toute l’étendue de son art, de sa grande puissance issue d’une solide complémentarité entre les solides artistes, ce qui vous amène dans le monde des albums grandioses qui vous percutent à vie.

Morbid Domi (septembre 2016)