All Our Gods Have Abandoned Us
Morbid Domi
Journaliste (Belgique)

ARCHITECTS

11 titres
Metalcore
Durée: 46 mn
Sortie le 27/05/2016
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Avant de poser le ressenti face à cet album qui m'a été confié en devoir de vacances, je tiens à préciser que je ne possède aucune connaissance en matière de Métalcore, genre qui n'est pas du tout à l'écoute à la maison. Cela dit, il m'est arrivé avec Hell&M Prod (Belgique) d'assister à des concerts de ce style et à ainsi apprendre à sortir de tout préjugé à l'encontre des fans de cette scène.

Certains groupes m'ont parfois apporté quelques émotions.

Méthodologiquement, je vous demanderai de pardonner mon esprit profane qui risque donc de livrer un ressenti assez décalé des standards des spécialistes de ce sous-genre du métal.
Cela dit, il peut être intéressant de vous procurer un tout autre regard sur ce qui vous chavire.

Architects est le groupe qui me préoccupe à la rédaction. D'emblée, j'ai cru comprendre que depuis 2004, date de création du groupe, le line-up, a connu quelques changements. Jusque-là, rien d'extraordinaire, mais surtout, il y a eu d'autres tentatives de recherche d'identité avec quelques autres noms antérieurs à l'instar des changements répétitifs de logo.

La quête de l'identité, c'est vraiment un positionnement majeur au niveau philosophique et spirituel. Ces artistes en sont l'illustration parfaite.
Bref, nos Anglais de Brighton ont opté pour leur actuel nom, qui ma foi, semble bien coller à leur univers musical, et mieux encore, aux concepts qu'ils tentent de défendre. Nous aurons l'occasion d'y revenir plus loin.

Ce « All our Gods Have Abandonned Us » est donc leur 7ème album et je dois dire que le titre n'a pas été choisi à la légère. Tout au long des 11 pistes de l’œuvre, nous sentons qu'un regard sociologique engagé et pertinent est posé sur la société qui nous entoure ainsi que ses nombreuses dérives.

La cible est bien le principal responsable des maux actuels, l'ultra modernité de déliance, ne prônant que les enjeux financiers, déracinant les humains et stérilisant toute forme première d'humanisme. La santé mentale semble aussi préoccuper nos artistes. Forcément, il y a impact sur le petit peuple face à tant de dérives solidement soutenues et bien légalisées.

Je gage donc que les membres d'Architects sont en quelque sorte, des résistants qui veulent nous ouvrir l'esprit.

Au niveau musical, je dois admettre qu'il m'aura fallu 3 écoutes pour entrer dans l'univers du groupe vu qu'à la première écoute, j'avais la sensation d'écouter un Limp Bizkit Korné survitaminé (honte à moi). Je dirais ensuite que des petits liens de parenté avec un Dagoba plus ancien se pointent à l'esprit.

Première surprise, j'apprécie fortement le chant clair de Sam Carter, et plus encore, je réalise qu'il est doté d'un talent énorme à la montée en puissance dans son chant plus crié. Il sort clairement du lot.
« Nihilist », bien que court temporellement, vous prend d'assaut, vous crachant à la face, écrasant tout sur le passage. Ce morceau est génial ! Les riffs de Tom sont bien ficelés et surtout bien exécutés.
Un son clair comme j'apprécie. La batterie suit à merveille la structure, et c'est Dan qui s'y frotte et qui pique vos neurones. On peut aussi apprécier le jeu de basse d'Alex, qui ne prend pas trop de liberté pour davantage prioriser une structure bien balisée.

J'adore aussi l'atmosphère apportée par les extraits électroniques, c'est envoûtant et j'ai le sentiment que cela apporte une plus-value à la base musicale, ce qui permet d'enrichir l'aspect métalcore. Un peu à la façon Fear Factory et Sybreed (Cyber métal Suisse). Mieux, je revois surtout les arrangements atmosphériques dignes de Dagoba. Meilleure illustration, les second et 3ème morceaux « Deathwish » et « Phantom fear ».

A ce stade je me dis qu'il y a une sorte de redondance dans la musique apportée dans son ensemble, à un point tel qu'il est dur de vous dire quel est le meilleur morceau des 3.
Cela dit, les refrains plus doux de « Phantom Fear » sont accrocheurs et devraient permettre à vos femmes de supporter le morceau que vous passerez en boucle dans votre auto ou à la maison.
J'ai testé sur la mienne pour oser m'engager.

« Downfall » est un morceau prenant, plus dynamique. Le jeu de basse s’apprécie mieux sur ce morceau. On garde la même hargne de chant. Sam va loin dans les refrains. L’apogée du jeu de basse s’apprécie avec plaisir sur « All love is lost », morceau calme tout en restant dans la puissance.

« Gone with the wind » est plus soutenu dans la rythmique, les riffs se font plus discrets pour dégager davantage d’atmosphère. C’est un morceau bien plaisant.

« The empty Hourglass » et « Gravity » débutent à la manière du Nu métal pour ensuite rejoindre le créneau type du groupe.

Un autre bon morceau se dégage avec « A match made in Heaven » qui séduit d’emblée par sa structure accessible mais aussi dynamique et brutale.

Les deux morceaux qui vont vraiment m’atteindre se situent en fin d’album, avec « From the wilderness » qui offre une atmosphère plongeante…vous tombez dans une spirale, mais tout en restant soutenu par l’énergie vocale. Les riffs saccadés donnent un tracé vivant sur l’E.E.G.

Cerise sur le gâteau, ce terrible morceau de plus de 8’, « Memento Mori », qui part en chant clair et calme, presque triste. Des accords électro dignes d’IAMX, groupe de Chris Corner, s’ensuivent, histoire de vous prendre les neurones. Ce morceau est quasiment épique dans son style et monte en puissance au gré du temps. Superbe travail.

En conclusion, sans être expert en métalcore, il me semble que ces Anglais portent bien haut l’aspect qualitatif et tiennent sans aucun doute une haute place dans la scène mondiale.
Ayant jeté une légère oreille sur leur 6ème album, j’ai le sentiment que « All our Gods… », bien que restant dans un registre identifiable, semble être allé bien plus loin dans la construction, dans l’agencement spatial.
C’est un bon moment que j’aurai passé à écouter Architects, réalisant que 3 morceaux auront réussi à me toucher.

Morbid Domi (Juillet 2016)