MASS HYSTERIA
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Tenace
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MASS HYSTERIA

«Tour à tour (bien) lourd, grave, violent, varié, sans concession, ce premier volet du diptyque « Tenace » marque les esprits. Mass Hysteria prouve ici qu’il demeure l’un des leaders de la scène metal française.»

7 titres
Métal Rock
Durée: 27 mn
Sortie le 26/05/2023
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Fred H
Journaliste




Blood Potatoe
Journaliste





La Chronique de FRED H


« Maniac », la dernière bombe en date de Mass Hysteria, est sortie fin 2018. Parti en tournée dans la foulée, le groupe a été contraint à l’arrêt début 2020 (put*** de corona machin), après une soixantaine de dates. Finalement, une fois les confinements et les restrictions sanitaires finis, le combo est reparti de plus bel sur les routes. L’an passé, sous l’appellation « Le gros 4 », le quintette s’est même associé avec Tagada Jones, Ultra Vomit et No One Is Innocent pour plusieurs gigs – dans différents Zénith de l’Hexagone (clin d’œil aux « The Big Four » américain qui rassemblait qui vous savez).

Présentement, les Mass reviennent en force avec « Tenace », leur dixième effort, découpé en deux parties (la « Part 2 » est annoncée pour cet automne). Pour cette « Part 1 », on a le droit à sept titres pour à peine 27 minutes de zique. De l’aveu même des musiciens, leur précédent méfait était probablement leur album le plus « énervé ». D’après leurs dires (d’alors), ils n’envisageaient pas forcément d’aller plus loin en termes de « metalité ».

Soyons clair, tout ce qui caractérise la formation depuis ses débuts est bien là. Grosses grattes syncopées et tranchantes (le supersonique 'Le Triomphe du Réel'), section rythmique implacable, boucles électro, production maousse costaude, TOUT Y EST (le coup de poing éponyme). Cela nous prépare de beaux déboitements de cervicales et quelques wall of death endiablés lors des concerts.

L’autre élément indissociable des fondements de MH reste cette volonté de proposer des chansons « à textes ». Alors qu’il préparait le présent disque, Mouss n’a pas réussi à retrouver les « tonnes d'écrits et d’ébauches » qu’il avait mis de cotés durant sa réclusion forcée imposée par les restrictions Covid. Alors, repartant de zéro, le chanteur s’est nourri du vécu et du ressenti de ces dernières années. Le garçon lâche – une fois encore - ses punchlines chocs et engagées. Blackout planétaire lié au virus, tensions sociales, politique, les gouvernants en place, … la matière ne manque pas. Ça balance et dénonce sévère (le tellement d’actualité 'Mass Veritas' aux influences Trap).

Afin de varier les plaisirs, Mouss, Yann, Fred, Jamie et Rapha’ jouent aussi la diversité et les changements d’ambiances (l’intense 'Allégorie dans la Brume' et son orgue en ouverture, le presque mélancolique 'L'art des Tranchées', l’écrasant 'Encore sous Pression' et son riff Slayer-ien).

Les frontières sont repoussées encore un peu plus avec l’improbable mashup qui clôture la rondelle. Les cinq gars entremêlent une nouvelle compo ('Le Grand Réveil') et un morceau ('Où sont tous mes amants ?') de la chanteuse surnommée Fréhel datant de … 1935. Même si quasi neuf décades séparent les deux univers/artistes/époques, le résultat est aussi déstabilisant, que surprenant et fou.

Tour à tour (bien) lourd, grave, violent, varié, sans concession, ce premier volet du diptyque « Tenace » marque les esprits. Mass Hysteria prouve ici qu’il demeure l’un des leaders de la scène metal française. Furieuses, Furieux… vivement la seconde partie.

La Chronique de BLOOD POTATOE


En 2023 on ne consomme plus la musique comme il y a 20 ans. Les ventes physiques s'effondrent, le délai entre chaque sortie ne cesse de s'allonger, le streaming a imposé son diktat et le format album tend à disparaître au profit de singles jetés en pâture à des auditeurs/consommateurs de plus en plus versatiles. Cela n'empêche pas certains artistes de publier des pavés de 75 minutes, à l'instar d’un petit groupe californien emmené par un batteur danois.

D'autres ont opté pour le choix inverse en privilégiant l'effet de manque. C'est le cas de Mass Hysteria qui, six ans après un ‘’Maniac’’ assassin, nous revient avec quatorze titres dans la besace. Trop heureux d'avoir finalisé autant de pépites et trop peureux de les voir zappées par un auditoire qui n'a plus le temps, le quintette a décidé de scinder l'album en deux parties, dont la première vient d'atterrir dans les bacs.

Si ‘Mass Veritas’ et son clip dérangeant nous avaient donné un avant-goût de la chose, il nous tardait d'entendre la suite. L’album s’ouvre sur son titre éponyme : un son synthétique qui surprend par son côté suranné et ramène aux débuts du groupe, une phrase murmurée, un mur de guitares sous-accordées propres à dé-Korn-er les bœufs, une référence à ‘’Matière Noire’’, en trois minutes Mass résume trente ans de carrière et nous rassure sur ses intentions.

‘Allégorie dans la brume’, up tempo serti de breaks et d’un pont heavy, limite martial, ravira les afficionados des productions les plus récentes de la bande. Proche d’un ‘Chiens de la casse’ ou d’un ‘Reprendre Mes esprits’, ce titre aurait parfaitement pu ouvrir ‘’Tenace’’. ‘Le triomphe du réel’ est de la même trempe, s’offrant même un pont hardcore et des chœurs sur le refrain. ‘Encore sous pression’, mid tempo au riffing lourd, rappelle furieusement Slayer et devrait faire son effet en live.

Mouss, via un phrasé saccadé, parfois proche du hip hop (‘Mass Veritas’, ‘L’Art des Tranchées’), nous assène des textes d’une pertinence toujours à-propos sans pour autant se faire moralisateur. La liberté de penser, agir et jouir du quotidien reste le cheval de bataille du vocaliste, qui n’hésite pas à citer Platon, Dantec ou Descartes avant de vilipender des élites déconnectées de la réalité.

Les consciences, trop longtemps endormies, doivent s’éveiller afin de défendre cette liberté chérie. Thème que semble illustrer ‘Le Grand Réveil’, titre qui devrait faire parler de lui au sein de l’Armée des ombres. Reprenant le ‘Où sont tous mes amants’ de Fréhel, artiste parisienne de l’entre-deux-guerres, le groupe y greffe deux séquences ultra heavy qui au final trouvent leur place légitime au sein de ce mashup improbable. Une démarche qui, par son audace et sa volonté de sortir des sentiers battus, n’est pas sans rappeler Rammstein.

Avec ce cru 2023, MH n’est pas loin de connaitre son Everest, son plus grand dépassement de soi. Et rien ne l’en empêche, viva l’Hysteria !