SORTILèGE
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Heavy Metal
Chroniques

Apocalypso
Julien Pingenot
Journaliste

SORTILèGE

«Le pionnier du heavy français fait un retour fracassant qui a du mal à tenir en haleine tout du long....»

10 titres
Heavy Metal
Durée: 46 mn
Sortie le 03/03/2023
1131 vues

Trente-sept, c'est le nombre d'années qui séparent le cultissime deuxième album "Larmes de Héros" et ce nouvel et troisième album "Apocalypso" qui sort en ce mois de Mars 2023. Pour les non-initiés, Sortilège était, dans les années 80, LA formation phare de Heavy en France. Sortant deux albums aujourd'hui vénérés "Métamorphose" en 1984 et "Larmes de Héros" en 1986, Sortilège n'a jamais reçu la reconnaissance qui lui était due à l'époque et fut, comme un grand nombre de groupes de Power/Heavy de cette époque, confiné à un cercle d'initiés. Ce n'est que lorsque Internet était bien installé dans les foyers et que toutes formes de culture était devenu d'une facilité d'accès affolante, que la formation se trouve une audience beaucoup plus large et qui permet au groupe, tel le phénix, de renaître de ses cendres et s'octroie un seconde jeunesse.

C'est par un tribute-band à Sortilège que l'intérêt de revoir un jour le groupe parisien sur scène prit de l'importance jusqu'à l'annonce officiel du retour de Sortilège. Alors en plus de quarante ans de carrière marquée par un long hiatus, le line-up est quelque peu différent, seul l'infatigable Christian "Zouille" Augustin, fondateur au chant de cristal, est encore de la partie. 

Deux albums cultissimes aux compteurs, une pléthore de fans hardcore un peu partout et une stature de pionniers qui n'est plus a démontrer, ce retour sur scène comme en studio vaut-il la peine d'y prêter attention ? 

Dans un premier temps, ce retour permet à une nouvelle génération, comme la mienne, de découvrir les bijoux que sont ces deux premiers albums. D'ailleurs c'est avec "Phoenix" sorti en 2021, compilation de morceaux remasterisés et réorchestrés ainsi que deux inédits, que le groupe est revenu sur le devant de la scène. Bien que je préfère les morceaux dans leur version originale, ces réorchestrations étaient honnêtes et puis les deux morceaux présageaient du bon pour une éventuelle suite. Et nous voici deux ans plus tard, "Apocalypso" est là et que dire ?

Alors, je désamorce tout de suite, le Sortilège d'aujourd'hui n'est plus celui des années 80, que ce soit par les membres qui diffèrent mais aussi par la nouvelle direction prise pour ce retour, plus moderne, directe. Attention ce n'est pas une critique mais une notion qu'il est bon d'avoir en tête lorsqu'on lance de "Apocalypso". Sortilège à tant marqué son temps, que d'essayer de retrouver une once de cette ferveur des années 80 était inespéré et bien que cet album ne soit ni révolutionnaire ni même vraiment original et bien ce n'est pas un album désagréable pour autant ! En effet, ce retour était tellement inespéré des fans comme des musiciens eux-mêmes qu'un véritable enthousiasme de jouer se dégage de la galette. Chacun y met du sien et en particulier Christian "Zouille" Augustin qui y met toutes ses tripes et quel plaisir de voir que la flamme de la passion est toujours intacte. Alors oui, il n'atteint plus les notes incroyablement hautes comme sur "Délire d'un fou" mais à 65 ans, rares sont les chanteurs de cet âge à réussir à tenir la barre. Même si son spectre vocal à diminuer, son timbre reconnaissable n'a en rien perdu de sa superbe et il réussi à nous emporter avec lui notamment sur certains refrains, je pense à ceux de "Le sacre des sorciers", "Derrière les portes de Babylon" ou encore "Valkyrie". Une véritable ferveur se dégage et l'envie de chanter en chœur ces hymnes en live est présente. Par ailleurs, en plus de ces hymnes fédérateur, je trouve que les morceaux plus guerriers comme "Attila" fonctionne plutôt bien, oui c'est "facile" comme morceau mais il se dégage une puissance assez phénoménale, en grand partie aidé pour le mix, qui n'est pas désagréable. 

Au passage, je ne suis pas super fan du mix de l'album, trop moderne pour Sortilège. Attention, je trouve bien que le groupe ait fait évoluer son son, en quarante années d'évolution de la production musicale, il serait dommage de ne pas en profiter. Je trouve simplement ce mix trop porté sur la puissance et l'impact des morceaux, est trop lisse. Ce qui fait le charme des vieux Sortilège est ce mix plus léger, laissant quelques coquilles ça et là et surtout nappé d'une majestueuse aura. 

Alors, bien que je trouve cet album agréable et très honnête dans son ensemble, je trouve que passé la première moitié, ça commence à tirer un peu trop sur la corde... Après "Valkyrie", je trouve qu'on commence à tourner un peu en rond, les refrains ne sont plus aussi inspirés que dans la première moitié, le chant est moins créatif... Le morceau "Encore un jour" qui se rêve comme étant un nouveau "Délire d'un fou" n'a, pour le coup, rien de délirant et est assez oubliable malheureusement... Dommage, une si belle entrée en matière gâchée par des longueurs qui deviennent assez pénibles sur la fin, "Vampire" en est un bon exemple. Heureusement, on évite la catastrophe avec "Apocalypso", dernier titre, qui bien que trop long encore une fois est plus inspiré que les quatre morceaux précédents.

Bien que ce ne soit pas un album incroyable, il dégage une telle ferveur et un tel enthousiasme pour le retour de Sortilège que je trouve cela très louable de vouloir donner tout ce qu'on a pour ses fans et ses futures fans. Parce que je le rappelle, mais ceux qui espéraient avoir un nouveau bijou du heavy français, ces bijoux existent déjà avec "Métamorphose" et "Larmes de Héros". Et puis, le heavy français, ce n'est pas que Sortilège, c'est une foisonnante scène qui ne cesse de voir arriver de nouveaux talents. Si le vieux Sortilège vous manque, jetez-vous sur le premier album des bretons de Herzel notamment. Nombreuses sont les nouvelles comme anciennes formations qui font vivre ce heavy français, et revoir un des pionniers du style revenir sur le devant de la scène pour chanter ses hymnes légendaires et permettre au jeunes générations, comme la mienne, d'avoir un jour la chance de scander "J'aurai le monde... À MA BOOOTTE" est déjà quelque chose de fantastique en soi !