AMENRA
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Doom/Sludge Metal/Hardcore
Chroniques

De Doorn
Julie Legrand
Journaliste

AMENRA

« Une traversée de l’obscurité pour aller vers la lumière : Amenra réalise un nouvel opus méditatif qui vous laissera sans voix »

5 titres
Doom/Sludge Metal/Hardcore
Durée: 47 mn
Sortie le 25/06/2021
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Les maîtres de l'art hardcore flamand sortent un tout nouvel album intitulé ‘’De Doorn’’. C’est l’occasion pour nous de (re)plonger dans leur univers aussi unique que sombre!
En effet, le groupe flamand est connu pour l’entretient spectaculaire de son culte. Guidés par une volonté purificatrice, de renouveau par la douleur et par le souvenir, ils profitent de leurs diverses performances pour réaliser des rituels auxquels les spectateurs sont invités à participer. Leurs albums en sont la continuité en offrant des productions intenses à vocation cathartiques.
L’album ’De Doorn’’ suit la même voie puisqu’il fait suite à un ‘’rituel’’ donné au Musée d’Art contemporain de Gand en Belgique. Il préserve le côté transcendant de la démarche initiée, tout en y ajoutant l’intimité d’un son en studio.

Au niveau de la discographie, ‘’De Doorn’’ clos la série des messes ‘’Masse’’ (I à VI) et en démarre une nouvelle. Se traduisant par ‘’l’épine’’, il représente un symbole hautement religieux de la Chrétienté : le martyr et la souffrance humaine. La religion est ainsi abordée pour sa symbolique, en s’intéressant tout particulièrement aux rituels.
En vingt-deux ans de carrière, il s’agit ici du premier opus à être entièrement chanté en flamand. Au-delà de l’enracinement profond dans leur culture locale, c’est aussi le moyen le plus accessible et le plus sincère pour Amenra de nous faire passer des émotions sans obstacle.

L’esthétique de l’album est profondément ancrée la mélancolie. Les morceaux alternent entre des passages ambiants, des silences méditatifs, ou à l’inverse des atmosphères ultra tendues et saturées. Très intimistes, ils explorent des pistes audacieuses, à l’image du Sludge qui ajoute un son dur, sec et très chargé. Mêlé à leur style de Post Hardcore intense, avec une touche de Punk, le rendu est détonant. Quant au chant, il est tantôt apaisé, tantôt complètement torturé. Les cris du chanteur parviennent jusqu’à nos entrailles et les font vibrer tant l’obscure énergie qui s’en dégage est puissante. C’est sans compter Caro Tanghe, du groupe Oathbreaker, qui vient prêter sa voix, amplifiant encore davantage cette expérience musicale incroyablement immersive.
‘Voor Immer’ est l’une des meilleures représentations. Morceau final organisé en deux parties, il se compose tout d’abord d’une confession calme et sereine. Elle prend place dans une atmosphère sobre et mélancolique, sur un fond à la guitare acoustique. C’est ainsi que se déroule la plus grosse partie du titre, avant de virer vers une partie plus explosive et pleine de rage. À coups de riffs lourds, le chanteur libère toute sa souffrance. Personnellement, c’est le morceau qui a le plus résonné en moi. Je pense que cela provient notamment de son côté ultra intimiste. En effet, tandis que les titres sont globalement déchaînés, baignant dans les cris et la douleur, ‘Voor Immer’ est beaucoup plus apaisé, plus profond, mais aussi plus ancré dans la tristesse. C’est une conclusion triomphale et tout à fait poignante.

‘’De Doorn’’ nous offre une ode à la souffrance, mais aussi à son dépassement. Par des titres aussi torturés que captivants, Amenra nous livre son visage le plus authentique. Mélange entre puissance et fragilité, l’opus se révèle être une expérience véritablement unique qui peut attirer l’attention de bien des amateurs au-delà de la frontière des genres. Je vous invite à prendre part vous aussi à ce voyage cathartique, car il est de ceux que l’on ne regrette pas !