III
Fred H
Journaliste

DEMONS AND WIZARDS

«« III » repart de là où on était restés il y a une décade et demi (du power heavy metal) et se voit enrichi de nouveaux accents tels le folk, le progressif et une pointe de « classic Rock ». »

11 titres
Durée: 64'49 mn
Sortie le 21/02/2020
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Au printemps 1997, en parallèle de leurs combos respectifs, l’américain Jon Schaffer (guitariste de Iced Earth) et le germain Hansi Kürsch (chanteur de Blind Guardian) décidaient de s’associer pour un projet commun. Baptisé Demons & Wizards, le groupe formé par les 2 comparses et leurs musiciens acolytes accouchaient d’un premier effort éponyme en 2000 puis un second album cinq ans plus tard (« Touched by the Crimson King » inspiré par la série de bouquins « La Tour sombre » écrite par Stephen King). Depuis lors, plus rien. Finalement, mi-2019, toute la clique repartait en tournée pour tout un tas de festivals (Wacken, Hellfest, Sweden Rock, Graspop Metal Meeting, etc., sans oublier notre cher Hellfest) et quelques dates ici et là.

Sobrement nommé « III », ce troisième opus déboule donc après 15 piges d’absence discographique. Dans l'ensemble, il s'agit toujours de cette fusion entre la force mélodique du Gardien aveugle et les rythmes lourds du maître de la Terre glacée. Inspiré, le sixcordiste floridien livre des riffs appuyés et tranchants (le fédérateur 'Wolves In Winter') et des parties carrément agressives voire thrash-isantes (le furieux 'Split' et son solo aussi démonstratif que bien amené). La bande nous charrie entre zones obscures (l’intense 'New Dawn' et ses changements de rythmes) et régions plus lumineuses (le théâtral et épique 'Dark Side Of Her Majesty'). Les chœurs (plutôt massifs il faut l'admettre), perpétrés par la Pa’dam Chamber Choir, bien que parfois un chouia « trop faciles », n'en demeurent pas moins efficaces. D'ailleurs, certains arrangements vocaux rehaussent certaines plages plus « conventionnelles dans leurs constructions » ('Invincible' et son refrain percutant).

C'est clairement sur les chansons les plus longues et les plus complexes (3 morceaux oscillent entre 8 et 10 minutes) que les variations et les nuances sont les plus intéressantes. Le périple musical s'opère entre sonorités (de gratte) étranges, passages mélancoliques et errances progressives ('Diabolic'). On est embarqués (envoûtés presque) par la voix si pure de Hansi et les interventions acoustico-folk de Jon (la power-ballade 'Timeless Spirit'). Beaucoup d'émotions, de sensibilités, de détails et d’ambiances diverses (l'accrocheur 'Children Of Cain'). Grâce à sa tessiture et son spectre vocal incroyable, le vocaliste teuton fourni un boulot tout simplement énorme de bout en bout. L'allemand se fait tour à tour puissant, hargneux mais aussi plus posé et devient même narrateur ('Final Warning' et ses grattes galopantes).

Pour le reste, on note la présence de claviers et une ligne de basse (fretless) sur une piste (le chantant 'Universal Truth') ainsi que - plus surprenante - une dérive en territoire hard/heavy 80’s (l’entraînant et énergique mid-tempo 'Midas Disease'). Ce croisement entre Ac/Dc (le riff d'intro) et W.A.S.P. (le phrasé évoquant par instant ce bon vieux Blackie Lawless) fait presque « décalé » par rapport aux autres titres. Bizarre, bizarre. Par contre, en ce qui concerne la prod' et le mix, rien à redire. Le son est plutôt maousse costaud et moderne. Probable que les versions remasterisées récentes des 2 premiers méfaits, commises par Chris «  Zeuss » Harris (Marc Rizzo, Overkill, Rob Zombie, Crowbar, Hatebreed), ont orientées la paire Schaffer-Kürsch dans cette direction.

Plus qu’un simple side-projet pour nos 2 têtes pensantes, Demons & Wizards est un groupe à part entière avec sa propre identité créative. « III » repart de là où on était restés il y a une décade et demi (du power heavy metal) et se voit enrichi de nouveaux accents tels le folk, le progressif et une pointe de « classic Rock ».