Report SEPTICFLESH / INQUISITION / ODIOUS @ Le Trabendo le 20/01/2018 !
Peetoff
Journaliste

«Alors qu'Inquisition s'est démarqué par son silence et la sobriété du show, Septicflesh prend le contre-pied exact en proposant un spectacle de haute volée.»

Créé 20/01/2018
6934 vues

Report : Enora Nattfödd
Photos : Peetoff

S'il n'y a pas vraiment foule à une heure de l'ouverture des portes du Trabendo (le concert initialement prévu à La Machine du Moulin Rouge y ayant été déplacé), le public semble attendre ardemment Septicflesh, en tournée pour promouvoir son dernier album, « Codex Omega ». Inquisition a également de nombreux fans, impatients de revoir le célèbre duo sur scène. Et Odious sera probablement une découverte pour beaucoup d'entre nous, mais commençons sans plus attendre !

Dès 18H45, comme annoncé, Odious monte sur scène. On ne critiquera pas le fait que les musiciens soient statiques durant le show car la batterie d'Inquisition occupe une place énorme et limite le groupe de première partie à l'avant-scène. Après avoir entendu de vagues comparaisons avec Melechesh dans la file d'attente avant d'entrer, je me dis que ce set sera probablement plein de surprises, mais finalement, cela s'avère difficile de se mettre dans l'ambiance avec ce premier groupe. Le mixage est assez désagréable, donnant plus l'impression d'assister à un concert de batterie et accompagnements samplés. Peu à peu, ce problème sera corrigé mais les guitares et la voix restent largement plus faibles que le niveau sonore général. Le chanteur, Bassem Fakhri, s'investit réellement sur scène, lançant un « Comment ça va Paris ? Nous sommes Odious et nous venons d'Egypte pour vous amener de la souffrance ! La prochaine chanson s'appelle « A Picture Of Dead Art » ! ». Etrangement, quelque chose dans la rythmique me dérange, comme si seul le côté dansant avait été mis en avant, sans penser à l'intérêt musical que cela pourrait avoir. L'ensemble donne l'impression d'une facilité qui frôle la flemme musicale. Bien entendu, il ne s'agit que de mon ressenti mais, en observant la fosse, il semble que le public ait du mal à adhérer à l'univers musical de ce groupe et à réellement se laisser porter. Le chanteur reprend : « Paris, ce soir nous allons jouer notre album « Skin Age » de 2015. Cette chanson s'appelle « New Mystery » ! ». Après quelques recherches, je découvre que le groupe n'a que deux albums à son actif, respectivement sortis en 2007 et 2015 alors qu'Odious existe depuis 1998. Le guitariste et le bassiste essaient timidement de headbanguer mais l'investissement scénique laisse un peu à désirer, à part du côté du chanteur qui n'hésite pas à sauter sur place, agiter la tête et lever le poing. Plus le concert avance, plus je comprends que le principal problème que me pose ce groupe est son usage de samples de musique orientale. En toute honnêteté, je préfère aller voir un groupe plus calme, comme Myrath, mais réellement profiter des sonorités des instruments traditionnels dans un projet cohérent et qui les valorise que de les voir utiliser comme prétexte pour revendiquer des origines musicales finalement sans lien avec la musique que le groupe propose. La suite se compose des morceaux « Crystal Clear » et « Alzar ». Avant de lancer « Hot Blood Fumes », le dernier titre pour eux, le chanteur fait une dernière tentative : « Alors, vous vous amusez ce soir ? Lâchez-vous un peu ! Faîtes du bruit ! ». La première partie de ce concert s'achève donc avec un titre plus agressif et moins envahi de fioritures qui semble laisser un espoir.

Setlist d'Odious :
1- Dungeon Keys
2- A Picture Of Dead Art
3- New Mystery
4- Crystal Clear
5- Alzar
6- Hot Blood Fumes

Le changement d'atmosphère est radical et palpable dès l'arrivée d'Inquisition. La foule jusque là peu convaincue et assez calme s'éveille et acclame les deux musiciens par un tonnerre de cris et d'applaudissements. Sans attendre et sans un mot, comme à leur habitude, les musiciens commencent « From Chaos They Came ». N'étant que deux, un chanteur guitariste et un batteur, il est difficile de leur demander d'occuper l'espace scénique, d'autant plus que leur musique ne le requiert pas vraiment. Quatre grande bannières servent de décor et le chanteur dispose d'un pied de micro de chaque côté de la scène, ce qui lui permet de se déplacer. « Hymn For A Dead Star » et « Dark Mutilation Rites » résonnent dans une ambiance mystique et puissante, entrecoupée des hurlements du public qui montre son plaisir de retrouver le duo colombien. Ce n'est pas le premier passage du groupe depuis la sortie de l'album de 2016, « Bloodshed Across The Empyrean Altar Beyond The Celestial Zenith », mais le public français ne se lassera jamais de les voir tant le show est d'une force à couper le souffle. Cela s'avère d'autant plus impressionnant qu'ils ne sont que deux et parviennent pourtant à transmettre une énergie et une conviction incroyables. L'album « Nefarious Dismal Orations » de 2007 est également, comme vous l'avez vu avec les titres précédents mais aussi avec « Ancient Monumental War Hymn », mis en avant, pour le plus grand plaisir des fans de la première heure. Le public est en transe, en communion, libéré de ses passions par le jeu scénique du batteur qui n'hésite pas à faire une croix inversée avec ses baguettes lorsque le chanteur entame ce qui ressemble à une litanie. Après « Command Of The Dark Crown », Dagon, le chanteur, prend la parole et déclare : « Bonsoir Paris. Merci d'être venu ici ce soir. Maintenant, il est temps de continuer avec la chanson « The Realm Of The Shadows Shall Forever Reign », de notre album de 2002, « Invoking The Majestic Throne Of Satan ». ». Ces uniques mots déclenchent de longues acclamations tant il est rare que les musiciens s'expriment. L'énergie du public n'en est que renforcée pour les chansons suivantes : « Vortex From The Celestial Flying Throne Of Storms » puis « Embraced By The Unholy Powers Of Death And Destruction ». Au-delà des titres poétiques et invitant à la rêverie, Inquisition nous offre un flot de musique tendue et sombre, cependant toujours porteuse d'une puissance sourde. Leurs morceaux ne prennent jamais la forme d'une confrontation brutale et directe, ils semblent plutôt être des serpents qui se faufilent et s'insinuent en nous jusqu'à nous mener à la folie. On pourrait se demander si la tournée est pour leur album de 2007, dont sont issus les chansons suivantes : « Astral Path To Supreme Majesties » et « Desolate Funeral Chant » ou bien leur album le plus récent, mais la setlist est cohérente et les chansons s'enchaînent sans aucune cassure dans le rythme ou l'ambiance. Après un rapide détour sur l'album « Obscure Verses For The Multiverse » de 2013 avec le titre « Infinite Interstellar Genocide », Inquisition achève son show par « A Magnificent Crypt Of Stars ». Le contrat est totalement rempli pour le groupe qu'on ira voir et revoir dès que l'occasion se présentera tant le niveau de leur concert est toujours aussi excellent.

Setlist d'Inquisition :
1- From Chaos They Came
2- Hymn For A Dead Star
3- Dark Mutilation Rites
4- Ancient Monumental War Hymn
5- Command Of The Dark Crown
6- The Realm Of Shadows Shall Forever Reign
7- Vortex From The Celestial Flying Throne Of Storms
8- Embraced By The Unholy Powers Of Death And Destruction
9- Astral Path To Supreme Majesties
10- Desolate Funeral Chant
11- Infinite Interstellar Genocide
12- A Magnificent Crypt Of Stars

Le début du concert de Septicflesh était assez étrange et long pour la plupart d'entre nous car après que les lumières se soient éteintes, une introduction musicale de plusieurs minutes a été diffusée sans qu'il ne se passe rien sur scène. Mais le groupe est finalement monté sur scène en trombe pour lancer « Portrait Of A Headless Man ». Il n'en faut pas plus au public pour se lancer dans des pogos et du headbang à toute vitesse. Spiros Antoniou, au chant, harangue la fosse à coup de « Paris, come on ! », « Come on my friends ! » et « Are you ready, mother fuckers ? » en arborant un large sourire. Après « The Vampire From Nazareth », c'est « Martyr » qui vient remettre une couche du dernier album, « Codex Omega ». Les compositions sont majestueuses, imposantes, et en même temps toujours lourdes et agressives. Le chanteur l'annonce de façon solennelle : « France, Paris, nous sommes Septicflesh et nous venons d'Athènes en Grèce. Nous avons besoin de votre énergie pour cette chanson. Elle vient de « Codex Omega », c'est « Martyr » ! ». Les musiciens sont survoltés et s'agitent en tout sens, un vrai plaisir pour les yeux comme pour les oreilles. La salle est maintenant totalement remplie et les sourires se voient sur tous les visages, tournés vers la scène où les lumières à en donner des crises d'épilepsie donnent un plus grand relief à la prestation. Chaque titre de chanson est annoncé et suivent dans l'ordre « Prototype », « Pyramid God » et Enemy Of Truth » dont le refrain est repris en choeur par la fosse, déjà plus que conquise. Le chanteur l'admet : « Vous assurez Paris, merci ! ». Alors qu'Inquisition s'est démarqué par son silence et la sobriété du show, Septicflesh prend le contre-pied exact en proposant un spectacle de haute volée. Rien ne semble pouvoir arrêter le batteur qui martèle sans relâche son instrument tandis que les guitares se répondent. Si cela ne correspond pas vraiment à mon univers musical, je dois admettre que le groupe en veut et sait le montrer. L'énergie et l'investissement déployés sur scène sont tous simplement énormes. Retour en 2008 avec « Communion », de l'album du même nom. Le groupe n'a rien perdu de sa maîtrise ni de son identité musicale et, bien que la sortie du dernier album ait largement divisé, personne ne remettra en cause les qualités de showmen des membres du groupe. « Il y a une autre chanson de « Titan » qui parle des Dieux, reprend le chanteur. D'ailleurs, la chanson à laquelle je pense parle d'un grand titan, qui a volé le feu sacré aux Dieux : « Prometheus » ! ». Ravi, le public redouble ses efforts pour faire honneur aux maîtres grecs du Death Metal. Et le même engouement se fait ressentir sur « Dante's Inferno ». Septicflesh ne déçoit pas et semble même aller au-delà des attentes de son public qui se laisse totalement emporter dans la déferlante d'énergie pure qui s'abat sur le Trabendo. Une nouvelle fois, Spiros Antoniou s'avance pour informer la foule : « Il faut que vous sachiez que, particulièrement en France, nous voyons tout le soutien que vous nous apportez, alors merci beaucoup ! C'est la vérité ! Alors, la prochaine chanson, nous voulons vous la dédier, à vous tous mes amis. Et ce soir, c'est un soir très spécial pour Septicflesh, et pour moi… ». Il s'interrompt en souriant lorsque la foule commence à lui chanter « Joyeux anniversaire », puis reprend « Non, ce n'est pas mon anniversaire. Je veux remercier la France pour cet accueil fait à « Codex Omega ». La chanson suivante parle aussi des Dieux. Paris, si vous vous souvenez des paroles, chantons ensemble ! Ça s'appelle « Anubis » ! ». L'apogée de ce concert est sans doute atteinte à ce moment là. Je ne saurais dire si c'est la chanson en elle-même ou la fin du set se faisant pressentir qui l'influe mais les fans mettent leurs dernières forces dans ce titre emblématique. Après un salut appuyé, le groupe quitte la scène, mais le chanteur revient peu après en courant presque et en disant qu'ils n'ont pas le temps pour un vrai rappel, il est donc temps de passer à la dernière chanson. « Mes amis, vous, nous, tout le monde sur cette Terre, nous sommes tous les artistes et les architectes de cette planète. Je vous le dis parce que la prochaine chanson est liée à l'art. Elle vient de « Codex Omega », voici « Dark Arts ». ». Sur cette chanson s'achève un concert brillant de qualité qui a vu un groupe et son public être réuni avec majesté et sincérité.

Setlist de Septicflesh :
1- Portrait Of A Headless Man
2- The Vampire From Nazareth
3- Martyr
4- Prototype
5- Pyramid God
6- Enemy Of Truth
7- Communion
8- Prometheus
9- Dante's Inferno
10- Anubis
11- Dark Art

Les préférences musicales de chacun parleront mais, pour moi, Odious était une réelle déception, tant dans l'écriture des chansons que dans l'investissement scénique, à l'exception du chanteur. Inquisition a livré une performance de qualité avec une intensité croissante qui a permis au public de se libérer et de se laisser aller aux errements aériens et terribles du Black Metal ; et enfin Septicflesh a répondu aux attentes de son public, écartant d'un geste tous les doutes qui pourraient peser sur l'énergie et la volonté des musiciens. La soirée est donc allée crescendo et personne ici n'a de regret d'avoir assisté à un si grand moment.


Chroniques
Festival
Hellfest 2018
Septicflesh
24/06/2018