Psycho Village @ Les Etoiles le 05/12/2017
Neyelia
Journaliste

«Le post-grange psychédélique des autrichiens réchauffe l'ambiance morne d'un mois de décembre»

Créé 05/12/2017
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Paris, 5 décembre 2017.
Dans le froid ambiant, qui s'amenuise, une petite foule se presse devant le « théâtre » des Étoiles, dans les tréfonds du 10e arrondissement. Ce soir, l'endroit accueille une affiche de choix, les autrichiens de Psycho Village ouvrent pour la nouvelle pépite anglaise In Search Of Sun, et les désormais incontournables (même aux Grammy) Nothing More.

Les portes à peine ouvertes et les premiers rangs à peine agglutinés devant la scène, Psycho Village fait son entrée. Le trio, ou plutôt le concepteur du projet et ses deux acolytes de tournée, aura pour lourde tâche d'ouvrir devant une salle quasi-vide, qui se remplit peu à peu et fait ses emplettes d'avant concert. La piètre mise en valeur du groupe ne va pas les aider, tant au niveau lumineux que sonore. Nos yeux se délectent d'un savant mélange de rose et de bleu hyper-saturé, et nos oreilles d'un son mal équilibré et brouillon au possible. Et pourtant, le groupe saura nous présenter une musique à mi-chemin entre le rock alternatif et le post-grunge, relativement convaincante. Le public, de plus en plus nombreux, se laisse gentiment embarquer dans l'univers psyché-mais-pas-trop de Psycho Village. On entend même quelques pèlerins plus motivés que les autres donner de la voix quand le leader Daniel Kremsner le demande, sur un titre particulièrement poignant : « It's Okay » qui traite du harcèlement. L'écran présent sur scène sert de support à la projection de vidéos pour illustrer le propos, ce qui est des plus judicieux et amplifie grandement l'impact des paroles.
En une demi-heure de set, le groupe a fait forte impression, et conquis le coeur de quelques nouveaux auditeurs.

Après un changement de plateau un peu chaotique dans cette salle bien trop petite pour l'affiche du soir, on retrouve à présent In Search Of Sun. Le groupe britannique figure en bonne place parmi les grandes découvertes de cette année 2017. Adam Leader (qui porte bien son nom), fondateur et chanteur de la formation, nous parlait récemment de leur tout nouvel album Virgin Funk Mother. Cet album, c'est un condensé de hits du genre, de groove funky (l'album n'a lui non plus pas volé son nom). J'ai été fort séduite à l'écoute de cet album, et il me tarde de voir ce que le groupe donne, en chair et en os.
Première déception : la lumière n'a pas changé. Toujours ce savant mélange de bleu et de rose qui chatouille nos cornées. Pas l'ombre d'une façade, c'est donc bien l'ombre des musiciens qui se trouve face à nous. Fort heureusement, ils ne sont pas l'ombre d'eux-mêmes ce soir-là, et l'énergie est plutôt au rendez-vous.
Seconde déception : le son lui non plus n'a pas changé. Je peine à entendre la voix d'Adam qui m'avait pourtant flatté l'oreille sur album, mais ce n'est que pour mieux m'apercevoir de l'étendue des possibilités vocales du chanteur. En effet, quelques cris excellemment maitrisés me parviennent, que je n'avais pas forcément pu saisir à la première écoute.
Pour le reste, que du bon ! Rory Kay, guitariste rythmique de la formation, me fait penser à un Frédéric Leclercq avec des dreads (croyez-moi c'est perturbant), mais avec la même bonhomie et la même envie de partage. Il joue avec le public et celui-ci le lui rend bien. De l'autre côté de la scène, bassiste et guitariste lead remplissent le rôle à merveille. Planqué derrière ses fûts, Sean Gorman a le groove dans la peau. Et pendant ce temps là, Adam Leader occupe le peu d'espace qu'il lui reste avec une aisance magistrale (quand je vous dis qu'il porte bien son nom !)
Je n'ai qu'un seul gros regret sur ce set : les conditions n'ont pas permis au groupe de montrer le meilleur d'eux-mêmes, et au public d'en savourer toute la subtilité. Ce qui me donne un grand souhait : revoir In Search Of Sun dans de meilleures conditions. Je serai bien sûr au rendez-vous.

Le bal des plateaux reprend, et on installe au milieu de la petite scène la grosse artillerie de Nothing More. Les américains sont connus pour leurs prestations live exceptionnelles, visuelles, explosives. Le groupe parvient enfin aux portes du succès qu'ils méritent tant, et les fans savourent l'intimité d'une petite salle.
Les quatre musiciens font leur entrée derrière ce que l'on peut appeler sans exagérer un rideau de fumée, et sous des lumières rouge vif. Après l'agression visuelle subie sur les deux premiers groupes, je crains le pire, mais je suis vite rassurée par la suite du show.
Baguettes en main, torse sculpté apparent, hargne au visage, Jonny Hawkins fait son apparition derrière l'imposante structure au coeur de la scène. Quelques battements plus tard, on entre dans le vif du sujet avec l'habituelle Christ Copyright. Le public exulte. Jamais avare d'expérimentation, le quatuor dégage une énergie impressionnante, et le public devient rapidement déchaîné, hurlant les paroles à plein poumons et pogotant joyeusement. Une communion, c'est probablement le terme le plus approprié pour décrire ce qui se joue là entre le groupe et son public, et à l'intérieur de ce dernier. Rares sont les groupes dont le public est aussi fidèle, mais rares aussi sont les groupes qui donnent autant d'eux-mêmes sur scène. Tout au long de la setlist, le public entonne en choeur les plus grands succès du groupe tout comme les titres plus méconnus. De Mr. MTV à Jenny, pas une seule fois le public n'abandonnera son groupe de coeur, même dans des conditions a priori loin d'être optimales. L'expérience d'un live de Nothing More (à ce stade, on ne peut plus parler d'un simple ‘concert') reste incomparable, et bien évidemment recommandable à tout amateur de rock survitaminé et de partage musical.