Report PERSEFONE / ODDLAND / DEFECTO @ Le Petit Bain le 31/03/2018!
Peetoff
Journaliste

«Avec des groupes aussi différents les uns des autres et des compositions audacieuses, le Prog a encore de beaux jours devant lui !»

Créé 31/03/2018
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Report : Enora Nattfödd‎
Photos : Acta Infernalis

Le concert de ce soir n'est certainement pas la plus grosse annonce qui a été faite récemment, et le très petit nombre de personnes présentes au Petit Bain confirme mes dires, mais c'est justement l'occasion d'avoir de très belles surprises. C'est surtout pour la tête d'affiche, Persefone, que je me déplace ce soir mais j'avoue être assez curieuse des deux groupes qui les accompagnent, Oddland et Defecto, et je vais vite me rendre compte que, chacun dans leurs genres, ils sont plutôt très sympathiques et prometteurs.

A mon grand regret, j'arrive à la moitié du set de Defecto, sur la fin de la chanson « Savage », mais il ne m'en faut pas plus pour me mettre dans l'ambiance. L'investissement scénique et l'énergie déployée par le groupe s'accordent assez bien avec le Progressive Heavy Metal dont Defecto nous abreuve. Concrètement, cela se traduit par du Heavy un peu énervé avec de beaux choeurs vocaux et énormément de sourires ! Malgré le fait que nous ne soyons vraiment pas nombreux, aucun musicien ne se démonte et tous s'appliquent à nous proposer une belle performance sur « Endlessly Falling ». Nicklas Sonne, au chant et à la guitare, est assez juste et le public se laisse aller en headbanguant et en accueillant chaleureusement le groupe. Le frontman assume parfaitement son rôle puisqu'il ne tarde pas à s'avancer : « Vous vous amusez ? (le public hurle puis le silence se fait avant qu'il n'éclate de rire) Oh ce silence, c'est marrant ! » et « Ablaze » démarre sans plus tarder. Le plaisir du groupe est une évidence et les musiciens restent extrêmement humbles, se souriant entre eux, assurant leurs parties mélodiques et rythmiques et laissant souvent la place principale au chanteur, qui ne se prive pas de l'occuper. L'ambiance est bonne enfant et bienveillante et tout le public semble profiter de ce set plein de vitalité ! Le micro du chanteur est placé trop bas ce qui l'oblige à se tenir courbé dans une étrange position mais il ne s'en plaint pas. Le guitariste soliste, Frederik Møller, est assez doué et s'amuse avec de petits jeux virtuoses qu'il effectue sous notre nez pour nous impressionner. Avant la chanson « When Daylight Dies », le chanteur commence à lancer tous ses médiators : « Aller Paris, attraper les médiators ! Prenez les tous ! Ah mince, je n'en ai plus pour jouer… (le bassiste, Thomas Bartholin, le bombarde de médiators) Aïe ! Ça suffit ! (ils éclatent tous de rire) Il nous reste deux chansons, vous pensez être prêts Paris ? ». Bien entendu, sachant que la fin de ce court set approche, la fosse, qui ne se remplit décidemment pas, redouble d'efforts pour montrer au groupe que leur musique tout comme leur attitude positive est très appréciée. Et finalement, Nicklas Sonne revient au bord de la scène pour ses derniers mots : « Et la prochaine chanson (le guitariste commence à jouer du ACDC) ; mais non, ce n'est pas ça ! Enfin bref, vous devriez la connaître ! » et ce sera « Excluded ». Le groupe tire finalement sa révérence avec la classe des grands groupes de Hard Rock/Heavy Metal. Le chanteur se permet une ultime intervention : « Merci beaucoup, vous avez super bon goût ! Et n'oubliez pas d'aller écouter Defecto ! Le matin, Defecto ; le midi, Defecto ; le soir, Defecto ; tous les jours, Defecto ! Bonne soirée ! ».

Setlist de Defecto :
1- The Final Night Of Silence
2- Nemesis
3- Savage
4- Endlessly Falling
5- Ablaze
6- When Daylight Dies
7- Excluded

Je ne connaissais pas Oddland avant ce soir donc je ne m'attendais à rien de particulier mais le groupe a proposé, selon moi, le meilleur set de la soirée dans une atmosphère unique et très riche qui laissait entrevoir une immense créativité. Une fois sur scène, le groupe débute avec « Above And Beyond ». Immédiatement, la composition frappe par sa singularité et l'association d'une voix puissante et majestueuse à une ligne mélodique complexe mais très évocatrice. Avec « Esotericism », le groupe nous invite une nouvelle fois au voyage pour explorer cette fois-ci notre intériorité et les forces qui nous entourent. Étrangement, je qualifierais leur musique de minimaliste et baroque à la fois. Ce qui peut sembler être une contradiction se transforme en merveilleux atout dans les mains des talentueux musiciens du groupe qui ne se privent pas de nous démontrer qu'ils en ont sous le pied. Oddland a une vraie identité, en témoigne « Eyes » puis « Skyline », qui constituent la suite du set. Le groupe joue avec l'étrange et le non-conventionnel dès qu'il en a la possibilité et, soyons honnêtes, c'est un succès. Entre les morceaux, le chanteur nous remercie et annonce les chansons qui suivent mais pas plus, il reste dans la sobriété et le contrôle absolu, ce qui ne fait que renforcer la beauté du concert. Finalement, Sakari Ojanen, le chanteur-guitariste, prend enfin un peu plus longuement la parole : « Merci beaucoup. Nous sommes Oddland et nous avons déjà deux albums, « The Treachery of Senses » et « Origin ». La chanson suivante vient du premier album, c'est « Sewers ». ». Une nouvelle fois, la surprise et le plaisir sont au rendez-vous. Les compositions, comme sur « An Endless Endeavour », sont intelligentes, fines et expérimentales. Le groupe nous offre un Progressive Metal sombre mais assuré qui ne néglige pas les émotions au profit de la technicité. Si je devais essayer d'en donner une définition plus complète, c'est de la musique cérébrale autour d'une rythmique trépidante et complexe et d'harmonies de voix organisées au millimètre qui sonne avec force dans la salle, trop peu remplie, du Petit Bain. La technicité est là et l'investissement scénique aussi puisque les musiciens, sans trop bouger, réussissent à occuper l'espace de leur présence et à dégager une aura qui impressionne. Le public, peu nombreux, semble profiter de cet instant, de la musicalité des créations d'Oddland mais aussi et surtout de leur engagement dans la performance qu'ils nous offrent. Même sans être très réceptifs à ce genre musical, très différent de ce que Defecto nous a proposé peu de temps avant, vous n'aurez aucun mal à sentir la puissance du groupe qui se donne corps et âme à sa musique. « Ire » et « Will », les deux derniers titres du set, confirme ce ressenti extrêmement positif et qui donne très envie de suivre ce groupe d'un peu plus près car il est encore plein de surprises !

Setlist d'Oddland :
1- Above And Beyond
2- Esotericism
3- Eyes
4- Skyline
5- Sewers
6- An Endless Endeavour
7- Ire
8- Will

Autant vous avouer qu'il va être assez difficile pour Persefone de passer après Oddland, d'autant plus que le groupe est dans un style plus agressif avec, en particulier, un screamer, et peu de chant clair, ce dont Oddland avait fait une de ses forces. Mais voyons ce que donne leur dernier album en live ! Les musiciens arrivent sur scène sur « Aathma : Part. I – Universal Oneness » avant d'enchaîner avec « No Faced Mindless ». Avec tristesse, je constate que la fosse ne se remplira décidément pas davantage mais peu importe, les fans présents sont ravis du spectacle auquel ils assistent et ne se privent pas de le faire savoir au groupe à force de cris et de poings levés. Dès la fin de la première chanson, Marc Martins Pia, le chanteur, qui a l'air en très grande forme, commence à parler en français : « Bonsoir Paris ! Merci beaucoup ! ». Cette première allocution était courte mais elle permet de changer l'atmosphère sobre et mystique d'Oddland pour passer au Prog Death Metal de Persefonce, dans un ton plus percussif, comme le souligne « Spiritual Migration ». Je ne pensais pas en voir ce soir mais la ferveur des fans et l'énergie que le groupe déploie sur scène motive suffisament la fosse pour que quelques slams et circle pits démarrent, pour le plus grand bonheur des musiciens ! Les morceaux sont très proprement interprétés et tous les membres du groupe s'investissent de manière égale dans la performance scénique, la plus violente de la soirée. Après « Living Waves » et « Cosmic Walkers », le chanteur nous annonce : « La prochaine chanson, c'est l'une de mes préférées parce qu'il y a aussi Tim Charles de Ne Obliviscaris qui chante dessus ! ». Le morceau est explosif et grandiose, même si on regrette que l'artiste ne soit pas présent pour interpréter cette chanson. Le chanteur reprend la parole juste après : « Merci Paris, vous être le meilleur endroit qu'on connaisse. Cette chanson était la dernière qu'on a sortie mais maintenant, on passe à « Stillness Is Timeless » ! ». Le déchainement reprend de plus belle avec de nouveaux circle pits qui font sourire les musiciens. Le dernier album du groupe, « Aathma », est décidément mis à l'honneur puisque « An Infinitesimal Spark », qui arrive ensuite, en est également issue. Si je suis parfois déçue que les groupes jouent trop de leurs « tubes » alors qu'ils ont sorti récemment un album et qu'il serait intéressant de l'entendre en live, Persefone nous propose plutôt une plongée dans l'univers de leur dernière création. Sur « One Of Many… », « Prison Skin » ou « Flying See Dragons », le chanteur continue de bondir sur la scène, de motiver le public et de monter sur les retours. Il est survolté et communique son énergie aux musiciens, un peu en retrait parfois mais toujours souriants et prêts à headbanguer. La fin commence à se faire doucement sentir lorsque le frontman reprend la parole : « Merci beaucoup, vous êtes vraiment géniaux. Mais d'abord, je veux remercier la salle, tout l'équile et bien sûr, vous tous ! Paris, vous êtes les meilleurs ! ». « Mind As Universe » résonne alors dans l'air du Petit Bain. Le chanteur est touchant dans ses paroles car on le sent sincère, le groupe nous montrant ouvertement leur bonheur de jouer, ce qui est, pour des fans, la plus belle chose possible. Finalement, le concert s'achève sur « Aathma : Part II & Part III », soit « Spiritual Bliss » puis « One With The Light ». Le public me semble convaincue et ne ralentit pas, profitant de ce concert jusqu'à la dernière seconde qui arrivera finalement trop tôt. Sur « Aathma : Part IV. – Many Of One… », le groupe quitte la scène après un dernier salut et de beaux sourires.

Setlist de Persefone :
1- Aathma: Part I. – Universal Oneness
2- No Faced Mindless
3- Spiritual Migration
4- Living Waves
5- Cosmic Walkers
6- In Lak'Ech
7- Stillness Is Timeless
8- An Infinitesimal Spark
9- One Of Many…
10- Prison Skin
11- Flying Sea Dragons
12- Mind As Universe
13- Aathma: Part II. – Spiritual Bliss
14- Aathma: Part III. – One With The Light
15- Aathma: Part IV. - …Many Of One

La soirée, placée sous le signe du Progressive Metal a permis d'en dévoiler des aspects extrêmement variés puisque Defecto a ouvert le bal avec des morceaux enjoués et entraînants, instaurant une très bonne ambiance à force de sourires. Oddland, qui a pris le relais, nous a entraînés dans les abymes insondables de l'âme des musiciens tout en restant dans la sobriété et l'élégance, une performance des plus réussie pour moi. Et enfin, Persefone a donne à son dernier album un relief puissant et énergique en live, assurant un show aussi musical que scénique qui a su mettre tout le monde d'accord. Avec des groupes aussi différents les uns des autres et des compositions audacieuses, le Prog a encore de beaux jours devant lui !