Mainsquare Festival @ Citadelle d'Arras, troisième journée
Neyelia
Journaliste

«Une journée de cloture en forme de feu d'artifices»

Créé 08/07/2018
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Après une bonne mais courte nuit de sommeil, nous voici d'aplomb pour la troisième et dernière journée de festival, avec une affiche plutôt alléchante.

Sans perdre plus de temps, on se dirige vers la Green Room où nous attend le troisième lauréat du tremplin : Double T, jeune rappeur local qui conte avec un flow bien à lui son parcours, sa carrière, ses enchantements et déchantements, et visiblement n'en croit pas ses yeux de fouler les planches du Mainsquare ! Un début de journée réjouissant !

DOUBLE T

Sur la main stage, place à Youngr, multi-instrumentaliste talentueux. Seul en scène, au milieu d'une workstation mêlant batterie, claviers, guitare, et bien sûr microphone, le jeune homme distille une pop-rock parsemée de touches électroniques bienvenues, avec un talent certain. Seul problème, ladite workstation, relativement imposante et située en fond de scène, masque un peu l'artiste, qui pare au problème en faisant quelques incursions sur le devant de la scène, à la rencontre d'un public conquis.

YOUNGR

Côté Green Room, c'est The Hunna qui prend place, avec un peu de retard dû à quelques difficultés techniques. Allure de coreux, dégaine digne d'artistes hiphop, sonorités presque britpop… The Hunna est un groupe hybride, moderne, qui ne devrait pas tarder à faire parler de lui hors de son pays d'origine. Dans le genre rock UK, on tient là un gros client au titre de grande relève. Tout comme Nothing but Thieves, qui investiront la main stage un peu plus tard, The Hunna allie riff qui fait secouer la tête, refrain à la mélodie entêtante, et frimousses qui font tourner les têtes. Vous pourrez vous rendre compte par vous-mêmes de ce subtil mélange en vous rendant aux Etoiles le 8 décembre, où le groupe jouera l'une de ses premières dates parisiennes en tête d'affiche.

THE HUNNA /><br />
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Sur la scène principale, c'est au tour de Loïc Nottet de nous émerveiller. Le jeune artiste belge qui chante aussi bien qu'il danse (et c'est pas rien de le dire) nous présente la version festivalière de son show du Selfocracy Tour. Accompagné de ses musiciens, mais également de deux danseurs qui lui donnent la réplique corporelle, il nous propose un véritable show et pas seulement un concert, où chaque chanson a sa chorégraphie, sa tenue de scène, sa projection sur écran géant, son ambiance propre. Tantôt plus sensible (« Million Eyes », « Cure ») tantôt plus hargneuse (« Rhythm Inside », « Selfocracy », …), l'âme des chansons se transmet par tous les biais possibles, reflet d'un artiste aux multiples facettes et inspirations. <br />
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Retour sur la Green Room où Tom Walker fait son entrée. L'artiste allie une pop-folk assez léchée avec quelques inserts électro, voire hiphop, ce qui rafraîchit un genre un peu trop usé. Vocalement, on s'approche d'un Damian Rice qui a mangé du lion, mais avec la douceur d'une barbe à papa. Bien évidemment accompagné de sa guitare, mais électrique pour une fois, le chanteur nous ensorcèle aisément et nous emmène dans son univers parallèle.

TOM WALKER

Côté Main stage, voici venu le temps d'écouter Nothing but Thieves. Le combo est surtout connu en France pour avoir fait la première partie de Muse, rien de moins, mais c'est avant tout un groupe de rock anglais talentueux, dont les refrains parlent au plus grand nombre. Le chanteur Conor Mason, avec sa voix haut perchée et sa dégaine d'éternel adolescent qui flotte dans ses t-shirts, n'a certes pas le charisme d'un Matthew Bellamy, mais il garde un certain mystère, une introversion envoûtante et captivante. Ses compères le soutiennent avec des mélodies très rock, parfois plus rentre-dedans, parfois plus douces et planantes, mais toujours savamment dosées. En 6 ans d'existence, le groupe s'est en effet forgé une expérience de toutes les scènes, de la plus petite, aux Arenas de Muse, et de tous les publics. Un avantage indéniable quand on joue en festival, et qui leur aura sans doute permis d'en convaincre plus d'un en ce dimanche après-midi.

NOTHING BUT THIEVES

Place à un groupe qui m'a pour le moins intriguée sur l'affiche : Girls in Hawaii. On se voit déjà sur la plage avec une musique douce, groovy et entraînante, et un groupe tout au féminin pour nous conter des histoires de sirènes et de cocotiers. Vous y êtes ? Eh bien revenez tout de suite, il n'en est rien ! Ce groupe est en fait constitué de cinq belges, tous des hommes, la seule chose hawaiienne du groupe, c'est probablement la chemise incroyable d'un des membres. Et si le côté doux et mélodieux est bien au rendez-vous, ne comptez pas sur eux pour vous déhancher sur le sable. Laissez-vous plutôt bercer par une pop mélancolique et enrobante, et peut-être que votre voyage imaginaire vous mènera finalement jusqu'à Hawaii.

GIRLS IN HAWAII

Changement radical ! Premier des quatre gros noms de cette journée de clôture en forme de feu d'artifices, IAM est dans la place ! Akhenaton, Shurik'n, et consorts font leur entrée, masqués, sur l'incontournable « L'école du micro d'argent ». Ecrans devant les platines, écran géant derrière eux, le groupe a mis les moyens pour son retour en force. Le combo iconique du rap français revisite son répertoire et celui de ses membres, pour le plus grand plaisir des nostalgiques, et des plus jeunes qui n'ont pas forcément connu les débuts des marseillais. Pendant une heure dix, les hits s'enchaînent, les fans de la première heure, et les autres, font les choeurs, et tout le monde plonge dans l'univers d'IAM.

IAM

Sur la coulée verte, c'est l'heure de Portugal. The Man, groupe qui n'est, là encore c'est trompeur, pas portugais du tout. Ces derniers temps, je ne sais pas pour vous, mais j'ai eu l'impression de voir leur nom fleurir un peu partout sur les affiches et dans les newsletters, et j'avais donc hâte de découvrir en live la musique des américains. Il s'agit d'un rock plus ou moins hybridé avec divers genres plus ou moins psychédéliques et plus ou moins électrifiés. Le groupe entame son set avec des reprises de Metallica et des Pink Floyd, mises à leur sauce, avant d'enchaîner sur leurs propres compositions, que les six membres du groupe n'ont aucun mal à défendre au vu de la qualité des titres.

Setlist :
1. For Whom the Bell Tolls
2. Another Brick in the Wall Part 2 / Purple Yellow Red and Blue
3. Number One
4. Live in the Moment
5. Atomic Man / Gimme Shelter
6. Modern Jesus
7. All Your Light (Times Like These)
8. Hip Hop Kids
9. Holy Roller (Hallelujah)
10. Feel It Still

PORTUGAL. THE MAN

Alors que nous rejoignons la main stage, le deuxième grand nom de la soirée s'apprête chapeau incroyable sur la tête de son leader comme à son habitude, à prendre place sur scène. Jamiroquai et sa musique groovy, funky, unique en son genre fait son entrée sur scène. Jay Kay accapare l'attention d'une grande partie du public, et pour cause, l'espèce de porc-épic lumineux qui porte en guise de couvre-chef est une curiosité de la nature, tout comme sa voix tout bonnement hallucinante !
Parfois pris pour un projet solo de son leader, le groupe n'en est finalement pas loin puisque ce dernier est de très loin maître à bord, que ce soit en termes de composition, de visuel, bref… un peu tout, en vérité !
La musique du groupe est toujours aussi dansante, entraînante à souhait, même si parfois elle traite de sujets graves, et on prend vite goût à se déhancher en rythme.

Setlist :
1. Shake It On
2. Little L
3. Use the Force
4. Alright
5. Light Years
6. All Good in the Hood
7. Space Cowboy
8. Cosmic Girl
9. (Don't) Give Hate a Chance
10. Starchild
11. Travelling Without Moving
12. Love Foolosophy

JAMIROQUAI

Sur la Green Room, la lourde tâche de clore cette splendide édition revient à Justice, le duo électro français qui fait danser la planète entière depuis maintenant quinze ans. Bien sûr, toute leur musique sort de synthétiseurs, bien sûr le duo n'a aucun instrument organique sur scène, mais on connaît leur amour pour le metal, et celui-ci transparaît joyeusement, dans leurs compositions comme dans leurs shows incroyables, tant sur le plan des lumières que dans le son bourré d'infrabasses qui vous font trembler la poitrine. Justice en live est une expérience, à renouveler sans modération. Les mélodies entêtantes et les beats sautillants se succèdent, et suspendent le cours du temps pendant plus d'une heure.

JUSTICE

Et voici venue l'heure du dernier concert, et non des moindres. Orelsan prend possession de la main stage, et ne compte pas la lâcher avant l'heure prévue ! Après une entrée toute en douceur et en fumée, le rappeur frappe fort dès le deuxième titre avec « Basique », accompagné de son manager de toujours, et la mise en scène prend alors toute son ampleur, l'écran géant de fond de scène affiche des « Simple », « Basique » en rythme et dans toutes les langues que vous pouvez imaginer, et les lumières sophistiquées se chargent du reste. Puis c'est « La Pluie », morceau plus mélancolique dont il a le secret, qu'Orelsan nous livre, avec sur l'écran de splendides gouttes d'eau qui nous mettent dans l'ambiance. Les hits et les morceaux plus confidentiels s'enchaînent, mais toujours avec ce flow, cette mélancolie que certains appelleront défaitisme, et cette sensibilité qui lui est propre. Le rappeur caennais nous saisit aux tripes grâce à une authenticité rare chez des artistes aussi connus, et un lien fort avec son public. S'il a collaboré avec Nekfeu, on peut vite se rendre compte avec leurs deux concerts à quelques jours d'intervalle que le public n'est certainement pas le même, et l'âme d'artiste non plus. Si ces textes sont parfois sans concession, voire violents, au travers de personnages fictifs (Eminem es-tu là ?), l'homme est quant à lui doté d'une sensibilité rare, à fleur de peau, qui transparaît sur scène et dans ses rimes.

Setlist :
1. San
2. Basique
3. La Pluie
4. Zone
5. Dans ma ville, on traîne
6. Bonne Meuf
7. Christophe
8. Défaite De Famille
9. Tout Va Bien
10. Quand est-ce que ça s'arrête
11. Raelsan
12. Paradis
13. Le Chant Des Sirènes
14. Notes Pour Trop Tard
15. La terre est ronde
16. La Fête Est Finie
17. Basique

ORELSAN

Et voilà, on ferme la dernière page de ce joli livre du Main Square Festival 2018, Arras, attends-nous, on revient l'an prochain !

Crédit photos : Mainsquare Festival : Nicko Guihal / United Rock Nations et Anemone : Aline Meyer