Live report@Watain, Hell Militia // Paris // complet
Anibal BERITH
Journaliste

«Un concert qui a tenu toutes ses promesses! Hell Militia a su ouvrir avec brio pour Watain et sa musique de l'horreur!»

Créé 13/01/2018
6438 vues

Le temps est glacial et la nuit tombe vite en ces soirées de début d'année, le climat parfait pour la plongée en enfer que nous nous apprêtons à vivre en compagnie de Hell Militia et Watain, un groupe légendaire dans le Black Metal. Le concert affiche complet et le public est déjà nombreux devant La Maroquinerie, devant le regard mi-surpris, mi-amusé des passants. Il faut dire que les t-shirts sanglants et évocateurs avaient de quoi attirer le regard. Mais revenons sans plus tarder sur ce voyage au coeur des limbes !

La soirée commence avec Hell Militia et je pense qu'une bonne partie du public se sent fière d'avoir un groupe français en ouverture de Watain ! Le dernier album du groupe remonte à 2012 mais ils vont rapidement nous prouver qu'ils sont déterminés à en découdre sur scène.
Après une arrivée imposante mais calme, ils commencent leur set avec « Burning Human Pigs », une chanson au titre plus qu'évocateur. Les guitares dissonantes instaurent une atmosphère dérangeante tandis qu'une rythmique lancinante se met lentement en place. Finalement, la voix screamée mais très caverneuse fait son entrée, suivie d'une batterie endiablée. Hell Militia a ce que j'apprécie beaucoup, bien que cela se fasse rare chez les groupes de Black Metal, à savoir que la sobriété de leur style vestimentaire (t-shirts noirs mais sans vierges sanguinolentes, pas de corpse-paint…) renforce leur investissement scénique.
Ainsi, le chanteur du groupe parcourt la scène à grands pas, se penchant parfois juste au-dessus du public du premier rang pour hurler les paroles. « Jonah » et « Fili Diaboli » suivent ce même schéma avec une ligne rythmique plus lente et hypnotisante pour ce dernier titre qui résonne au cri d'« Alléluia ! ». Les musiciens headbanguent et exhortent le public à suivre leur exemple. Celui-ci ne semble d'ailleurs pas avoir de mal à se laisser convaincre et les premiers hurlements de soutien résonnent, accompagnés de poings levés.
Autant être honnête, musicalement, Hell Militia n'est pas vraiment ma tasse de thé mais la volonté du groupe de bien faire est telle que l'aspect uniquement mélodique s'estompe peu à peu. A quelques rares occasions, le chanteur laisse échapper le titre des chansons dans un murmure guttural, et « Black Arts Of Crime » constitue la suite de notre programme. La tâche est dure : ouvrir pour Watain devant une salle comble, mais le groupe se débrouille plutôt très bien, nourrissant sans cesse l'ambiance étrange et malsaine qui s'est instaurée.
Dire que La Maroquinerie était, quelques jours plus tôt, une fosse joyeuse et bondissante qui répondait aux invectives de While She Sleeps ! Qui aurait pensé qu'elle se transformerait en temple impie du Black Metal en quelques instants ? Les morceaux, aux titres très bibliques, « Jacob's Ladder » et « Torture Of Saints » en témoignent, se suivent, toujours portés par la voix et l'engagement du frontman qui, sans adopter une attitude menaçante et agressive sur scène, habite chacun de ses chansons. Le set d'Hell Militia s'achève avec « The Ultimate Deception » et « The Pig That Became A God ». Le public est satisfait et n'attend plus que Watain pour enflammer la scène.



Setlist d'Hell Militia :
1- Burning Human Pigs
2- Jonah
3- Fili Diaboli
4- Black Arts Of Crime
5- Jacob's Ladder
6- Torture Of Saints
7- The Ultimate Deception
8- The Pig That Became A God

Les maîtres de l'horreur prennent maintenant possession de la scène. Une lente procession s'avance sur l'introduction musicale et le chanteur allume les deux flambeaux qui encadrent son pied de micro ainsi que les deux qui soutiennent des crânes d'animaux. On notera avec plaisir le charmant arôme de chair brûlée qui se dégage de l'un d'entre eux, tout comme la fumée qui envahit temporairement la scène.
L'album de 2007 sert d'ouverture avec la majestueuse « Legions Of The Black Light » et sa ligne mélodique sombre et soutenue par une batterie lancée à toute allure. Il n'en faut pas plus à une partie de la fosse pour se lancer dans des pogos, qui finalement n'entraîneront pas plus de cinq ou six personnes.
On passe ensuite au merveilleux album « The Wild Hunt » avec le titre « Black Flames March ». Les riffs endiablés se succèdent à une vitesse effrénée. La virtuosité des musiciens n'a d'égale que la laideur de leur corpse-paint, incarnation horrifique des pires cauchemars de nombre de personnes. La voix d'Erik Danielsson semble planer au-dessus de cet ensemble chaotique par les litanies relativement apaisées qu'il récite. Le jeu de scène est millimétré pour créer un show terrifiant qui avale tout le public. « On est Watain p***** ! Et on est ravi que la salle soit pleine pour le dernier concert de la tournée de notre dernier album ! », c'est ainsi que le chanteur introduit la chanson suivante : « Nuclear Alchemy ».
Le premier titre de « Trident Wolfe Eclipse », dont la bannière trône fièrement en fond de scène, s'élève alors. La violence la plus pure semble s'emparer de la fosse comme des musiciens, en transe. Watain a fait le choix d'une setlist diversifiée qui met à l'honneur grand nombre de leurs albums, comme avec « Devil's Blood ». Fidèle à sa réputation, Erik sort une bouteille de sang dont il asperge généreusement le public. Après que le frontman ait béni la fosse et murmuré quelques sombres prières, « Satan's Hunger » et « Angelrape » prennent la suite, dans une atmosphère toujours plus démoniaque dans laquelle le public semble s'épanouir, totalement possédé, absorbé par ce cirque des horreurs. Les simples screams deviennent des hurlements bestiaux, les mouvements de tête se transforment en supplications, mais c'est bien la passion et non la terreur qui s'empare de tous !
Nous revenons à nouveau au dernier album avec « Furor Diabolicus », dans un ton beaucoup plus old-school, suivie de « Outlaw » et « Sacred Damnation ». Récompensée du Swedish Grammy Award dans la catégorie Hard Rock (il semble que nous n'en ayons pas tous la même définition) en 2011, la chanson « Lawless Darkness » débute dans une ambiance plus apaisée mais toujours très tourmentée.
Etrangement, c'est quand Watain propose les choses les plus calmes qu'il devient le plus inquiétant, comme si cette façade cachait en réalité une brutalité plus grande, plus dérangeante. Ce côté malsain croît avec « Malfeitor », tantôt aérien, tantôt déferlant. Les grands classiques « On Horns Impaled » et « The Serpent's Chalice » closent la première partie du set, mais après quelques acclamations d'usage, le groupe est de retour sur scène et nous gratifie d'une cover de Dissection, dont le chanteur a été bassiste de 2005 à 2006 : « The Somberlain » ! La fosse ne se fait pas prier pour repartir à l'assaut, toujours plus énergique et passionnée, répondant à l'appel du charismatique frontman et de ses acolytes aux traits déformés. Et c'est finalement sur « Requiem XIII » que s'achève ce magistral set.



Setlist de Watain :
1- Intro
2- Legions Of The Black Light
3- Black Flames March
4- Nuclear Alchemy
5- Devil's Blood
6- Satan's Hunger
7- Angelrape
8- Furor Diabolicus
9- Outlaw
10- Sacred Damnation
11- Lawless Darkness
12- Malfeitor
13- On Horns Impaled
14- The Serpent's Chalice
RAPPEL
15- The Somberlain (Dissection cover)
16- Requiem XIII

Ce concert a tenu ses promesses ! Si Hell Militia a ouvert le show dans une atmosphère plus old-school et sobre dans l'apparence comme dans la musique, Watain a créé l'apogée de la soirée en proposant un set sombre, morbide, inquiétant mais toujours riche que ce soit musicalement ou émotionnellement. Le public a été totalement conquis par ce moment de grâce (ou de damnation, tout dépend du point de vue), la présence scénique et les accessoires aidant. Après tout, peut être est-ce aussi ça la magie de Watain et du Black Metal spectaculaire de manière générale : créer un contexte hors du temps et de l'espace où toutes les passions et les horreurs peuvent se déchaîner.


Chroniques
Festival
Hellfest 2018
Watain
23/06/2018