Viktoria
Anibal BERITH
Journaliste

MARDUK

«Attention! CHEF D' OEUVRE!! Un album de génie aux racines old school à contre-courant de la vague black actuelle...»

9 titres
Black Metal
Durée: 33 mn
Sortie le 22/06/2018
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Le groupe de black metal culte suédois revient sur le devant de la scène extrême avec un album qui l'est tout autant! Fort de treize méfaits sur près de trente ans d'existence, Viktoria est la suite logique de Frontschwein sorti trois ans plus tôt.
Continuant d'explorer la seconde guerre mondiale vue des soldats, le quartet délivre un quatorzième effort extrêmement direct et violent! On se sent revenir vingt ans en arrière, au temps de Panzer Division! Neuf titres sur 33 minutes enregistrés, mixés et mastérisés par la même équipe au studio appartenant au frontman Mortuus... la guerre comme si on y était!

Doté d'un artwork différent, ce dernier est à l'image de l'album, à l'image de la propagande, froid et sans-coeur. En intitulant l'album ''Viktoria'', Marduk met en avant le symbole même de la victoire, ce pourquoi on se bat, même si en définitive, la victoire guerrière conduit inévitablement à la mort.
Assez différent du précédent opus, les suédois continuent de jouer un black metal assassin en privilégiant un son old school; une ligne mélodique toujours très présente même si la violence dans l'éxécution prime.

Dès les premiers riffs de ''Werwolf'', on sent les racines old school du combo! Signal d'alarme prévenant d'une attaque en tant de guerre, un riff binaire et répétitif prenant le relais sur un mid tempo entrainant. Simplicité d'exécution, Mortuus hurlant toute sa rage avec de longues parties chantées; ce titre introductif est de courte durée et tire les premiers coups de canons d'une guerre entamée par les nordiques en enchainant sans transition sur l'incontournable ''June 44''!
Les riffs sont tranchants comme une baïonette, et le rythme des blast beats impacte comme un lâché de bombes! Mortuus s'en donne à coeur joie en continuant d'explorer le chaos de la guerre avec un chant hargneux et fédérateur et se paye le luxe de reprendre la mélodie en chantant de son timþbre éraillé si spécifique.

Aucun répit, à la guerre comme à la guerre, la galette enchaine sur le violent ''Equestrian Bloodlust'' au son plus spatial et au rythme toujours aussi dévastateur! Enormément de texte, le frontman passionné par cette période historique a beaucoup de choses à nous conter!

''Tiger I'', du nom d'un modèle de char allemand, apporte une courte pause à la tornade que nous subissons (pour notre plus grand plaisir) depuis trois titres. Bien plus lente, cette chanson est malsaine et lourde. Elle va à la vitesse d'un char indestructible dévastant tout sur son passage. Chaque partie du morceau est jouée avec précision laissant comme une sensation d'inachevé... La mélodie est lancinante, le chant rageur et engagé, on sent la pression monter sur le refrain, l'attaque prête à être lancée et rien ne se passe....une frustration s'opère mais une frustration positive car elle est vite comblée par le dévastateur ''Narva'', nom de la ville prise d'assaut par les allemands en février 1944 et libérée par les russes le 26 juillet de la même année. La mélodie se positionne par des riffs acérés, un solo de basse, accompagné de blast beats guerriers et de bombes lâchées entre deux riffs, le tout dans une ambiance épique et triomphante, la compagnie étant menée par l'infatigable Mortuus qui continue son épopée guerrière avec ''The Last Fallen''!

Tout naturellement ''Viktoria'' se positionne en suivant par une attaque franche et directe! Le titre le plus violent de la galette. En mode 300 bpm, la première minute n'offre aucune concession avant de délivrer un plan dissonant, mélodieux et insidieux pour prendre en pleine face la seconde rafale meurtrière ne faisant aucun prisonnier! La victoire dans toute son ampleur, Marduk enfonce le clou de la bestialité de son album avec ce titre et l'affirme par l'intro de ''The Devil's Song'' où l'on entend un homme courir, Rangers dans les graviers, se faire interpeller et exécuter d'une balle, moment sur lequel le riff démarre et ne lâche plus l'auditeur jusqu'à la fin de la chanson, dans une ambiance malsaine. Mortuus toujours au commandement de ses troupes!

Bien dévasté par les huit titres que nous venons d'écouter, la galette nous achève par le terrifiant ''Silent Night''. Rappelant la structure de ''Tiger I'', ce titre propose une mélodie envoûtante et malsaine. Elle enveloppe l'auditeur et l'enserre comme une camisole de force le rendant immobile, inopérant à quelque acte que ce soit. C'est sombre et attire vers une fin tragique qui ne peut se solder que par la mort...terrifiant!

Avec ce 14ème opus, Marduk signe une de ses plus belles créations si ce n'est la plus belle! Incontestablement l'album black de l'année à ce stade écoulé et il a peu de chance d'être détrôné! Particulièrement inspiré, les suédois ont réussi un exploit en composant cet album en ayant su remettre en avant un black guerrier old school sans concession. Pas de pitié, Marduk défouraille tout sur son passage et ne fait pas de prisonniers sur un format idéal, soit juste un peu plus d'une demi-heure. Les neuf titres sont très bien travaillés et vont droit à l'essentiel sans demi-mesure. Du génie que de produire un tel album quand la mode tend au black troisième vague communément appelé ''black à capuche''. Le quartet se fout du courant général et continue de faire ce pourquoi il est destiné, un black metal guerrier résolument old school préférant des titres de trois minutes efficaces aux interminables chansons plaintives et mélancoliques de dix minutes de la vague actuelle. Un grand merci d'avoir le cran et l'envie de nous offrir ce chef d'oeuvre! Collector!

Anibal Berith
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