HATE
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Black Metal

Tremendum
Morbid Domi
Journaliste (Belgique)

HATE

«Ce 10ème album est une véritable perle musicale qui montre surtout que Hate est un digne ambassadeur de métal extrême de la succulente école Polonaise, se trouvant bien ancré dans ses fondements.»

9 titres
Black Metal
Durée: 44 mn
Sortie le 05/05/2017
493 vues
Vendredi 05 mai sortait le 10ème album du groupe Polonais, « Hate », 27 ans d'expérience, solide ambassadeur mondial du Death métal aux relents anti-chrétiens. Vous l'aurez compris, Hate possède une âme véritablement Blackened, et rappelle généralement dans ses présentations, sa propension à verser dans le « blasphématoire impie ».

Un rapide crochet par Facebook nous indique une respectable notoriété avec 70 379 « Like ». Ceci dit, je pense que Hate mérite un bien plus grand audimat au vu de sa qualité car pour les avoir vus en live à plusieurs reprises, je pense sans aucune prétention qu'ils figurent parmi la crème du monde du Death. A titre comparatif, histoire de bien situer la représentativité dans la scène extrême Polonaise, Vader capitalise 459 675 « Like », 675 237 « Like » pour Decapitated, tandis que Behemoth surfe sur un plantureux 1 412 327 « Like ».

Evidemment, Hate n'a pas eu une carrière fluide et a connu de nombreuses altérations de line-up. De la formation d'origine, reste la véritable charpente
(in)humaine, le chanteur et guitariste Adam the First Sinner ou si vous préférez, Adam Buszko.
Ce qui est merveilleux, c'est que par-delà les bons artistes qui auront contribué de près ou de loin à l'essence « Hatienne », notre homme est toujours là au gré du temps, parcourant les scènes internationales, livrant des prestations de qualité et trouvant encore matière musicale à créer.

A ses côtés, le très chouette batteur, Paweł Jaroszewicz (Pavulon pour les intimes) ayant intégré le projet en 2014 mais aussi deux musiciens de session loin d'être manchots, le guitariste Dominik Prykiel alias « Domin » actif chez Hate depuis 2015 et le bassiste Paweł Michałowski alias « Apeiron » depuis l'année passée.

Au niveau de ses productions, Hate n'a pas toujours fait l'unanimité dans la presse spécialisée Franco-Belge, au vu d'un résultat très souvent comparé à Behemoth, jusque dans le chant de Sinner. Un tel corolaire eut pu être véritable compliment pour Hate mais les cotations étaient souvent moyennes. C'était déjà le cas lors de la sortie du pourtant bien puissant « Erebos » en 2010 ainsi qu'à la parution de « Crusade Zero » en 2015. Si pour ma part, ça ne me dérange pas, d'autres chroniqueurs plus émérites attendaient l'émergence d'une véritable singularité du chef de Hate.
Ceci dit, de tels albums ne sont pas du tout mauvais, loin de là. Il relèverait d'une crasse foi d'en prétendre le contraire. Mais c'est la vie, Behemoth, même ancienneté au compteur, aura eu un tout autre chemin vers la voie du succès.
Chacun mène sa barque comme il l'entend, les marées que nous traversons ne sont pas forcément agitées par les mêmes troubles climatiques.
Hate est toujours bien là, continue à honorer le métal avec sa propre et forte passion et c'est sans aucun doute là, le plus important.

Contrairement à son prédécesseur, exit le « Hertz Studi », ce nouvel opus a été enregistré au Custom 34 Studio de Gdańsk, en compagnie du producteur Arek « Malta » Malczewski (Behemoth, Vesania, Asgaard, Devilyn,….) et au Sound Division Studio de Varsovie.

Alors, cette nouvelle galette, « encore du pompage Behemothien » ?
Un album moyen de plus ?

Quelques écoutes mesurées m'auront rapidement convaincu que ce « Tremendum » est un très bel album et sans conteste le meilleur de toute la discographie de Hate.

Bon sang, écoutez « Asuric Being », première piste d'ouverture, démarrant avec un riffing super mélancolique et sonnant Black pour évoluer dans un Death dévastateur, à haute puissance. La mélodie est au rendez-vous. Le jeu de batterie est bien Death dans un registre martial, me rappelant l'efficacité d'un « Krisiun », époque de jadis. Ce titre est fabuleux et totalement prenant.

Autre véritable perle, « Fidelis Ad Mortem » qui flirte avec un Black perforant. C'est accrocheur, le chant est engagé, tout comme l'atmosphère se présente sous des auspices de forte lourdeur. Le tempo est rapide et ne perd pas de sa verve. C'est titanesque.
Notons qu' « Into Burning Gehenna » poursuit cette exploration particulière d'un monde musical qui nous place Hate sur un piédestal.

« Indestructible Pillar » nous apparaît magistral, dans un registre à la « Vader ». Et à ce moment-là, je me dis qu'il convient de cesser les comparatifs pour situer Hate car le groupe possède bien sa propre griffe, celle de l'excellente école Polonaise de Métal extrême. Le riffing de guitare monte crescendo pour notre plus grand plaisir. Le jeu de basse se montre plus en retrait, poussant çà et là plus fortement sur certaines notes, ce qui rappelle «Black Spell of Destruction » de Burzum.

Sur « Svarog's Mountain », le tempo ralentit légèrement pour nous offrir une ambiance plus introspective sans que ne se perde la puissance du timbre vocal.
Le travail de sape se poursuit en toute allégresse.

Nous prenons aussi quelques envolées plus éthérées avec « Numinosum » qui offre une rythmique saccadée qui eut pu figurer sans conteste sur « At The Earth of Winter » d'Immortal mais bien enveloppé de métal de la mort. Planant est stupéfiant !!!

Sur « Sea of Rubble », la batterie prend des libertés dans la technicité, les riffs de guitare semblent prendre un chemin quart-progressif, nous menant dans un rendu plus déstabilisant tant nous glissons dans l'inconnu. Cette expérience est franchement agréable car nous découvrons Hate qui offre surtout une belle diversification de genres sur son album.

Le plus court morceau, 3'57, nous explose aux oreilles, ce « Ghostforce » est assurément agressif et entend bien fuser. Les jolies mélodies de contretemps ne parviendront pas à calmer la mesure tant l'ensemble possède une puissance de frappe qui est diablement efficace.

Voilà que se termine déjà cette géniale découverte avec le 9ème titre, « Walk Through Fire » qui se montre ficelé avec correction, poursuivant l'agitation musicale et cette fois avec des relents à la Satyricon. Franchement agréable.

Il y a fort à parier que l'album passera en boucle sans risquer de vous lasser.
Sur ce 10ème opus, il y a du travail, c'est indéniable mais surtout, il y a un progrès énorme dans les explorations mélodiques.
La qualité sonore est aussi au rendez-vous.

Que demander de plus ?
Ha tant qu'à faire, oui, j'aurais aimé découvrir le 10ème titre bonus, « Hearts of Steel » qui ne se trouvait pas dans mon fichier « presse ».
Je réitère donc avec la plus grande sincérité qu'il s'agit bien du plus bel album de nos Polonais qui montrent plus un ancrage certain dans la scène nationale de haute qualité.

Mesdames et Messieurs, il faudra compter avec Hate, cela ne fait pas l'ombre d'un doute.

Morbid Domi (Mai 2017)