GOD DETHRONED
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Blackened Death Metal

The World Ablaze
Morbid Domi
Journaliste (Belgique)

GOD DETHRONED

«God Dethroned nous offre ici un album très diversifié, portant toujours d'agréables mélodies Hypocrisiennes mais cette fois entremélées de la martialité d'un Bolt-Thrower»

10 titres
Blackened Death Metal
Durée: 41 mn
Sortie le 05/05/2017
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La vie est parfois bien étrange et ce, d'autant plus quand elle nous montre des reproductions de cycles aussi incompréhensibles que surprenants.
Nous avons tous dans notre entourage quelques échantillons surprenants de couples qui se font, se défont, se refont au gré de leurs humeurs ou d'autres joyeux drilles qui créent multitude de couples, se dispersant dans une parfaite surconsommation de la chair.
Nous ne comprenons pas toujours le sens qu'il y a là derrière de telles machinations.
Soit,... toujours est-il que lesdits cycles existent inexorablement.

Ce mécanisme, véritable loi des contrastes, prévaut aussi dans la vie des groupes de Métal.
Pour illustrer ce propos, le groupe qui nous préoccupe ce soir en est un fabuleux exemple.
Certes, nous devons avouer que certains projets qui s'arrêtent ne nous émeuvent point tant la perte est insignifiante et que nous pourrions plutôt penser que c'est un fier service rendu à l'humanité métallique que de mettre un terme à leur existence.
Et puis, il y a des groupes qui lorsqu'un split est annoncé, nous arrachent une partie de nous-même, ancrée dans le culte que nous leur vouons.
C'est comme si s'envolaient les belles productions qu'ils firent, nous amenant au triste constat qu'un deuil soit utile à faire pour accepter que plus rien ne sortira.

Les Bataves de God Dethroned, entité musicale à la carrière bien remplie (9 albums à leur actif), groupe prodige du Blackened Death, sont aussi, désormais, les spécialistes du caractère erratique, de l'essence instable d'une inscription dans la durabilité.

Créé en 1991, God Dethroned, projet porté par le guitariste-chanteur Henri Sattler, sévissait à l'époque où le Black Metal se développait en toute allégresse.
Un premier album sortira rapidement, « The Christhunt » qui ne marquera pas du tout les esprits. Pire, Le Sire Sattler entrera en guerre avec les autres membres du groupe en raison de divergences sur l'antichristianisme. On a beau dire, la religion, ça délie plus que ça ne relie.
Messire Sattler n'a pas dit son dernier mot, les années passent et en 1996, il reforme le groupe, changeant juste de musiciens, mais sans encore forcément s'entourer d'anti-chrétiens. Le plus important pour nous étant la sortie d'un album extraordinaire, « The Grand Grimoire » en 1997.

Deux ans plus tard, est sorti une autre splendeur, plus maîtrisée encore que l'oeuvre précédente, « Bloody Blasphemy ».
L'expérience se poursuit, les tournées magistrales avec la crème du Black et du Death s'enchaînent, jusqu'à la parution en 2001 de « Ravenous » filant vers un Blackened Death Thrash bien agressif et offrant un cadre de haute violence musicale. Les aspects mélodiques n'étaient pas écartés.

En 2003, lors de la sortie du 4ème album « Into the Lungs of Hell », ce sera encore le grand clash, cette fois pour des divergences d'horizon musical (Notre Henri plaidant pour le maintien du cadre Dark et mélodique face aux membres qui veulent glisser dans les ténèbres sataniques).
Henri ne se laissera pas décourager pour si peu, le bougre, il sait ce qu'il veut et il n'a pas une personnalité fragile laissant facilement entrer les compromis contre nature. Il trouvera d'autres artistes pour nous pondre en 2005, « The Lair of the White Worm » qui nous montre le maintien dans le cap de la brutalité dûment concilié avec l'art de composer de jolies mélodies.

Décomposé, recomposé, déstructuré, restructuré, God Dethroned possède sa propre griffe, bien identifiable et force était de constater qu'Henri est toujours là et pas pour porter « des lilas ».
En 2006, sortira le très mélodique et fort calme « The Toxic Touch » comprenant aussi quelques jolies pistes moins mordantes mais néanmoins intéressantes.
En 2008, c'est reparti pour nouveau cycle de changement, des artistes partent, il fallait réengager.
Notons que cela n'empêchait pas Henri d'écrire et de concevoir le 8ème opus, « Passiondale (Passchendaele) » qui se remontre plus agressif que « Toxic Touch », reposant une solide charpente de Thrash.

Les années passent, portant un énième chamboulement de line-up, jusqu'en 2010 où verra le jour, le correct « Under the Sign of the Iron Cross », nous montrant ce que nous savions déjà du groupe, un produit très respectable sans relever du pur chef d'oeuvre.
En 2011, la nouvelle tombe, Henri entend mettre fin à God Dethroned. Oups !!! La terre s'arrête de tourner.
Une pensée émue pour les Pays-Bas qui perdent là un sérieux représentant du monde du Death.
Et puis ce cycle magique incompréhensible du grand contraste se poursuit….une petite croisière dans le cadre du 70 000 Tons of Métal et notre Henri totalement retapé, il faudra 2 ans de plus pour qu'il s'en rende compte, nous annonce en 2014 le retour du groupe en 2015, justement sur ce même magnifique bateau du 70 000 Tons.

Et nous voilà avec ce tout nouvel album, avec un tout autre line-up, comprenant cependant le batteur Michiel van der Plicht présent depuis 2012 (vous me suivez toujours ?) le bassiste Jeroen Pomper et le guitariste Mike Ferguson (ayant transité chez les géniaux Prostitute Disfigurement).

Devons-nous nous attendre à un bon album de plus ?
Certainement, malgré ces nombreux changements, on ne peut pas dire que God Dethroned nous ait, dans sa carrière, habitué à la médiocrité (N.D.L.R. : heu si, son tout premier album n'était pas fameux, honnêtement !!!).

Sur la très mélancolique intro « A Call to Arms », nous retrouvons la patte compositionnelle d'Henri. Nous sommes pris dans une sorte de tourbillon nous enfonçant au coeur de la terre-mère.
Et puis, nous entrons dans le vif du sujet.

Après quelques écoutes, je peux vous dire qu'il y a 3 manières d'appréhender ce « The World Ablaze ».

La première, en se réjouissant de retrouver la norme d'un Death mélodique légèrement Blackisé.
Vous comprendrez aisément ce postulat à l'écoute d' « Annihilation Crusade » qui montre du riffing mordant, des envolées mélodiques à la Hypocrisy tout en amenant une sensation de puissance.
Le titre éponyme de l'album joue avec malice de dextérité et de vitesse. Le son est excellent. La frappe de Michiel est robuste, ça bastonne ; ça castagne, c'est vif, pétulant. Le chant d'Henri reste toujours aussi sombre. Le talent, nous l'avons ou pas et pour Henri, clairement, il le possède naturellement.
Le jeu de basse de Jéroen possède une bien chouette célérité, s'harmonisant avec la forte rythmique. Ce titre est excellent.

La seconde, en fermant les yeux, en entrant dans une optique méditative, vous trouverez de splendides relents à la Bolt Thrower (Nos regrettés Bolt Thrower) à travers les superbes titres « On the Wrong Side of the Wire », qui eut pu figurer sur « For Victory », et mieux encore, le magistral « The 11th Hour », sans doute très beau clin d'oeil à « The Fourth Crusade ». Ce sont de véritables pépites de cet album, complètement prenantes, planantes.
Il n'y a pas du tout plagiat vu l'intégration des aires plus mélodiques adoucissant le côté martial.
Ce constat prévaut toujours à l'écoute d' « Escape Across the Ice (The White Army) » qui fait songer à « World Eater ».

La 3ème, en se délectant de retrouver un petit creuset plus typé Thrash ; à l'instar de « Close to Victory » qui gagne en altitude au gré du temps de jeu pour aller se lover dans une dimension nettement plus death mélodique.

Vous apprécierez aussi le petit moment musical apporté sur l'interlude « Königsberg », pouvant être digne d'ouvrir un bon album de Pagan.
La 8ème piste nous apporte un autre grand moment, « Breathing Through Blood » qui gagne en intensité, le morceau étant plus énergique encore, plus orienté vers des aspérités tranchantes. L'esprit y est plus violent et là, c'est bien le Death qui règne en maître, dans la pure tradition d'Angel Corpse.

Je souligne aussi le surprenant « Messina Ridge » qui donne une impression plus Heavy dans le refrain mais sur un fond plus néo-métal.
Là on se démarque par rapport aux autres esprits véhiculés sur l'opus en comprenant qu'il y a une sorte de lien intemporel avec « Sigma Enigma ».

Il vous faudra plusieurs écoutes pour pénétrer dans l'univers du jour mais passé le cap de l'exercice, vous pourrez capter toute la subtilité du travail de God Dethroned qui nous transporte véritablement dans une oeuvre de goût, très typée et laissant place aux évasions de pensée qui seront tirées vers les plus belles références du Death métal.
Nous retrouvons moins de sonorités Blackened mais cela n'appauvrit nullement le pouvoir destructeur de nos bataves.
Ce 10ème album nous montre donc qu'il faut encore compter sur Henri et ses acolytes du moment.

De mon côté, je vous recommande vivement de vous plonger dans ce beau travail, aux armatures totalement captivantes.

Morbid Domi (Mai 2017)