MARK DEUTROM
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Art Rock
Chroniques

The Value Of Decay
Chozo Tull
Journaliste

MARK DEUTROM

«Perle noire hybride de doom à tendances psychédéliques et proto-prog, ''The Value Of Decay'' est une reissue réussie !»

16 titres
Art Rock
Durée: 59 mn
Sortie le 06/04/2018
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Les lecteurs réguliers de notre sympathique webzine se souviendront peut-être de la chronique de ''The Silent Treatment'', album de l'inénarrable Mark Deutrom, dont le catalogue est en ce moment re-pressé par les elfes de Season Of Mist. Les voilà de retour avec ''The Value Of Decay'', un album de 2011, qui continue débonnairement sur le chemin tracé par son prédecesseur.

Pour une bio du sieur Deutrom, je vous renvoie à ma précédente chronique ou tout simplement à notre bon vieux Google. Les mots-clés à retenir sont : punk, productif, alternatif, expérimental, saturé. Voilà, c'est le quinté + de Mark Deutrom. Sur ''The Value Of Decay'', on retrouve son mélange de blues/hard rock et psyché mâtiné d'un grain de folie qui fait bien plaisir. Si la plupart des compositions sont efficaces et sauront faire plaisir aux amateurs de vieux heavy - il y a notamment sur ce LP une influence prononcé de Black Sabbath (le ton de voix de Tony Scalzo est éminemment Ozzyesque) et autre proto-doom, comme sur ''Buried In The Jewel'' ou sur ''Dim Candle'' et son solo d'orgue. Les moments riffus fleurent bon les early 70's, les caves et les vieux amplis. Avant que le sludge et le stoner ne passent en tête du classement des genres à la mode il y a quelques années de cela, Deutrom fissuraient déjà les fréquences et tripotaient avec ses gros doigts son cambouis harmonique.

D'ailleurs, comme sur beaucoup d'albums du genre, on retrouve aussi l'influence de King Crimson période Red (''Victors Closet'', entre autres), tant au niveau du son de guitare (le fuzz poêle à frire), des rythmes martelés, de l'utilisation de la distortion sur la distortion, mais aussi sur la manière de composer et d'agencer la tracklist du cd : il y a quelques chose de Islands dans cet archipel de morceaux, dominé par trois pièces de plus de sept minutes (''Making A Killing'', ''Cities Of Gold'', ''Empire Sands'') mais perlé de courtes compositions à la limite parfois du collage sonore : les deux premiers morceaux de l'album, courts et instrumentaux, établissent une atmosphère lourde et angoissante, renforcée par ''Au Printemps'', sorte d'exploration d'une dépression d'entre-deux guerre. Si les morceaux longs tiennent la route et montrent un souci de composer avec plus d'ambition que dans The Silent Treatment (''Empire Sands'' est un long développement psychédélique transpercé par un freakout des plus appréciables), il y a aussi ces petits morceaux qui sonnent presque comme des brouillons des tentatives.

Il y a quelque chose dans ''The Value Of Decay'' qui tient du musée : Mark Deutrom nous présente un recueil de morceaux qui tiennent plus parfois de l'expérimentation, de la déclinaison, que d'un souci de produire des chansons soumises à un format efficace et pré-déterminé. La suite ''Love Story'' en quatre parties qui parsème le cours de l'album en est un bon exemple, un retour à un thème commun, une urgence dans la performance mais décliné avec plusieurs sons, du rock maniaco-dépressif aux percus semi-électroniques de la troisième partie.

Comme son prédécesseur, l'album est long, mais cette forme d'archipel cette fois porte l'auditeur au lieu de le perdre : on se laisse mener avec plaisir au long des explorations musicales de Mark Deutrom, on lâche prise. Il faut aussi dire que la production est plus soignée et que l'on a moins l'impression d'écouter des versions démo. De la folie soignée, donc. Un véritable bon disque pour tous ceux en recherche de perles oubliées.