EX DEO
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Symphonic Death Metal

The Immortal Wars
Morbid Domi
Journaliste (Belgique)

EX DEO

«Avec « The Immortal Wars », Ex-Deo nous brosse une fabuleuse fresque dédiée à la seconde guerre punique dans laquelle nous sommes littéralement plongés grâce à la magie musicale opérée.»

8 titres
Symphonic Death Metal
Durée: 38 mn
Sortie le 24/02/2017
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Le monde du métal ne cesse jamais de surprendre et c'est, entre bien d'autres raisons pertinentes, un sérieux motif le rendant captivant.
Alors que nous connaissons souvent des légions de groupes qui s'attachent à leurs propres racines culturelles, ce qui est fantastique avec Ex-Deo, c'est la capacité du combo Canadien à investir le champ de l'histoire Européenne avec une solide propension à viser la justesse des récits à la manière des historiens.
Si l'on se penche sur la carrière du groupe, il ne s'agit pas d'un coup de tête voué à rendre un petit hommage à la Rome Antique, non, chez nos musiciens du pays des érables, force est de constater que l'on s'en est fait une spécialité.

Les Américains possèdent des « Egyptomaniaques » à Greenville du chef des Deatheux brutaux de Nile. Montréal offre une réponse « Romanophile » via les landes du Death symphonique de nos chers Ex-Deo.

Tout digne amateur de métal sait parfaitement que derrière ce nom de groupe, se cachent les 4 membres du titanesque groupe Kataklysm (Maurizio Iacono, hurleur - Jean-François Dagenais, guitariste - Stéphane Barbe, bassiste et Olivier Beaudoin, batteur).
Pour ceux qui découvrent depuis peu le monde du métal, Kataklysm est groupe culte au panthéon du Death mélo-groove avec 26 ans d'expérience et 12 albums (Dans son humble vie Belge, votre serviteur aura pu les voir 3 fois, toujours en gardant un énorme souvenir de leurs prestations).
Le lecteur perspicace aura déjà compris que nous avons là le responsable du virus historique ayant contaminé le groupe, l'homme qui s'est lancé dans la quête de ses propres origines, Maurizio, quitte à précipiter ses comparses dans son propre projet. Si cela n'est pas une belle preuve de solidarité fraternelle métallique.

Notre quatuor n'est pas la seule clé du succès d'Ex-Deo, surtout si je vous dis que notre cher Stéphane Barbe a troqué sa basse pour se consacrer à la guitare. C'est donc Dano Apekian qui peut s'illustrer derrière le manche à 5 cordes. Messire Dano nous vient d' « Ashes of Eden », groupe Québécois de Death Thrash mélodique.

De prime abord, nous avons là toutes les garanties permettant de savourer un plat musical bien savoureux.
Pourtant, l'accueil réservé par la presse spécialisée aux deux premiers albums « Romulus » et « Caligula » était correct. Les cotations oscillaient entre 7 et 8/10.
« C'est déjà pas si mal » me direz-vous !!!

D'autre part, en matière de Death symphonique, deux grandes pointures mondiales se partagent déjà les parts du gâteau apothéotique : les Italiens de « Fleshgod Apocalypse » (Hé oui, encore un ténor du pays de la « squadra Azzura ») et les Finlandais de « Eternal Tears of Sorrow ». Pour ma part, je relève aussi d'autres valeurs sures de ce sous-genre passionnant : « Mayan », « Hollenthon » et «Little dead bertha ».
Franchement, pour prétendre se frayer un chemin de respect parmi ces quelques pointures, nous comprenons que l'ouvrage doit constamment être remis sur le métier.

Justement, nos Canadiens, ils en veulent.
Et pour étayer mon propos, voici leur 3ème pierre à l'édifice, « The Immortal Wars » qui va très bientôt s'emparer du marché.

Qu'en dire ?
Pour être un véritable féru des sous-genres symphoniques, je puis vous garantir que l'opus vaut franchement l'occasion de s'y plonger.
Les 8 pistes se savourent du haut de leur excellentissime qualité sonore.
Les éléments symphoniques sont bien travaillés, sans trop envahir l'espace musical global. Ils apportent une dimension épique raffinée et éminemment congruente avec les portraits historiques explorés.

L'album s'ouvre sur « The Rise of Hannibal », nous plongeant dans un Death moderne maîtrisé, bercé par les partitions orchestrales.
Nous voilà aux côtés d'Hannibal Barca, le Carthaginois qui, en grand stratège, aura réussi à faire trembler les Romains à travers la seconde guerre punique.
Le Death proposé ici possède des envolées mélodiques assez fouillées. Le riffing est prenant, la batterie cogne sec. Nous serrons les rangs derrière notre général, prêts à nous venger de l'expansion Romaine ayant coûté des vies dans nos familles. Nous partons, passons par l'Espagne en 219 (A.E.C.).

La seconde piste, « Hispania (Siege of Saguntum) » nous plonge dans un premier combat. La musique s'accélère.
Pendant 8 mois, avec 150 000 hommes, nous assiégeons Sagonte. Notre détermination oblige les habitants à se rendre. Nous avons violé le traité de l'Ebre, signé en 226 (A.E.C.) nous obligeant à ne pas franchir cette frontière aléatoire que nous méprisons.
Qu'importe, Sagonte, pour nous, Carthaginois, c'est au Sud et nous avons déjà soumis les peuples qui se mettaient en travers de notre chemin.
Nous faisons un pied de nez aux Romains en prenant cette ville alliée.
Les éléments symphoniques montent en puissance. L'ambiance musicale est digne d'un splendide péplum. Le chant de Maurizio est hargneux, enragé.
La colère d'Hannibal est bien palpable.

Sur « Crossing of the Alps », vu que Rome a déclaré la guerre à notre patrie, nous poursuivons notre chemin, franchissant les Pyrénées puis les Alpes.
Cette étape est pénible. L'univers musical restitue à merveille les difficultés de cette folle expédition. La rythmique est lourde, la frappe est massive.
Le chant est empli de douleur. Nous souffrons mais grimpons. Nous irons jusqu'à Rome.

Histoire de nous en remettre, « Suavetaurilia » nous apporte un Intermezzo teinté de majesté pendant 1 minute 44. Ce passage est magnifique.
Le morceau surprend à ce moment du récit ; le « Suovetaurile » étant un sacrifice de 3 animaux, destiné à bénir un endroit précis en priant le Dieu Mars. Mais qui prie ? Pas nous, Carthaginois, mais nos futures victimes !!!

En effet, sur « Cato Major: Carthago delenda est! », nous découvrons une sentence terrible qui est jetée sur le peuple Carthaginois. « Il faut détruire Carthage ».
Les Romains séviront. Musicalement, le Death prend 2 directions. La mélodie qui exhorte les Carthaginois à poursuivre leur route, certains de triompher, et les aspects plus durs, nous évoquant la préparation d'une inexorable riposte.

L'ultime confrontation arrive avec le magnifique « Ad Victoriam (The Battle of Zama) ». 202 (A.E.C.) nous suivons notre chef Hannibal.
Nous sommes 54 000 hommes, décidés à défendre notre Tunisie antique face à Scipion avec ses 43 000 hommes (légionnaires et cavaliers Numides).
En ce jour du 19 octobre, nous perdîmes 20 000 hommes. 10 000 autres s'enfuirent. Nous ne tuâmes que 1000 Romains. La guerre était perdue.
Hannibal avait tout perdu. La musique semble restituer dans ses partitions la stratégie d'attaque, du repli des éléphants paniqués écrasant leurs propres troupes en passant par les déploiements des cavaliers sur les ailes.

La 7ème piste, « The Spoils of War » offre un Death langoureux mais ferme.
Malheur aux vaincus. Il est temps de payer le prix plein de la défaite. Carthage perdra l'Espagne mais aussi tout son lustre. Hannibal n'a d'autre solution que l'exil.

L'album se clôture « The Roman », morceau digne d'un bon Heavy symphonique.
Ex-Deo y salue l'efficacité des forces Romaines, qui par leur discipline, leur engagement, leur détermination, sont parvenus à décupler leur puissance de frappe, terrassant les plus vils belligérants. Nous sommes ici dans la dernière confrontation entre Scipion et Hannibal sur les terres Serbes. Encore une défaite. Hannibal ne s'en remettra pas puisqu'il se suicidera sur les terres Turques en 182 (A.E.C.)

Globalement, l'album nous tient en haleine. Nous vivons les combats. Nous subissons avec les personnages. Ce death symphonique là est doté d'une puissance martiale incommensurable.

De mon côté, je réalise que ce 3ème album est allé plus loin encore dans le potentiel artistique. C'est un éclatant succès.
Tout y est, technicité, changements de rythme à profusion, envolées épiques. Plages légèrement mid-temporisées.

Avec « The Immortal Wars », Ex-Deo nous brosse une fabuleuse fresque dédiée à la seconde guerre punique dans laquelle nous sommes littéralement plongés grâce à la magie musicale opérée.
Vous ne vous lasserez pas de l'écoute. Les Canadiens offrent ici un voyage magnifique dans le passé.
Foncez braves gens !!!

Morbid Domi (Février 2017)