The Banished Heart
Enora
Journaliste

OCEANS OF SLUMBER

«« The Banished Heart », un album libéré de toutes contraintes qui, malgré quelques maladresses, nous a conquis»

11 titres
Metal Progressif
Durée: 65 mn
Sortie le 02/03/2018
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Oceans est un groupe américain formé en 2011 et qui a déjà deux albums et un EP à son actif. Mené par la chanteuse Cammie Gilbert et avec des influences aussi larges d'Insomnium, Evergrey ou Anathema, le groupe nous promet de belles surprises avec « The Banished Heart », sa dernière création.

Une légère pointe d'angoisse nous saisit sur les premières notes de piano de « The Decay Of Disregard » sous lesquelles on devine des sons suraigus et un gargouillement sonore. La basse et la guitare viennent finalement remplacer cette mélodie calme mais mystérieuse par une composition beaucoup plus lourde, survolée par la voix de la chanteuse, Cammie Gilbert, aérienne et marqué par un timbre presque étouffé par moments. Elle surprend par sa facilité à monter dans les aigus, soutenue par un riff de guitare qui reste relativement discret. Avec un titre de plus de huit minutes, le groupe peut se permettre de prendre le temps de développer tout un projet musical et de se laisser porter par lui, un vrai atout. « Fleeting Vigilance » voit l'arrivée d'un scream assez monumental et totalement insoupçonné sur une ligne musicale presque atmosphérique. Si Björk avait fait du Metal, elle aurait pu se rapprocher de ce que nous propose Oceans Of Slumber qui semble avoir un univers bien à lui. Sans jamais renoncer à l'aspect très mélodique de leurs compositions, les musiciens proposent des passages plus agressifs et sombres. Jusqu'ici, « At Dawn » est le morceau qui me marque le plus avec le contraste entre la voix, magnifique mais pleine de souffrances, et la ligne musicale, légère mais oppressante. Quel plaisir d'écouter un groupe à chanteuse qui sorte du lot et des chemins habituels mais qui ne dit jamais non à quelques screams absolument démoniaques !

Le titre éponyme de l'album me fait plutôt penser à des choses dans le style de Zola Jesus dans le ton posé mais très sombre qui anime la chanson. Elle est bien plus apaisée que les autres chansons et touche parfois presque à une sorte de R'N'B baroque et mélodieux. Cela peut surprendre mais cela ne choque pas autant que l'on pourrait le penser. « The Watcher » est une sorte de courte (par comparaison avec les autres titres qui durent entre cinq et huit minutes) transition instrumentale vers la seconde partie de l'album. J'avoue être un peu plus destabilisée par « Etiolation » puisqu'on y retrouve l'alternance de passages chantés et screamés mais que la qualité générale de la composition est moindre, d'autant plus avec le riff de guitare sous la voix claire qui aurait pu être un peu plus travaillé. Alors que les premières chansons se distinguaient pas leur intelligence, leur délicatesse et le temps que le groupe prenait pour les mener à leur paroxysme, celle-ci semble désespérément bâclée. J'étais totalement conquise au début mais le groupe est un peu en train de me perdre.

On retrouve quelque chose de plus réfléchi avec « A Path To Broken Stars ». La voix se pose lentement et langoureusement, à force de graves, sur une ligne musicale bien plus rapide et complexe. Si l'ensemble du groupe semble s'accorder sur certains passages, le morceau est plutôt marqué par le décalage permanent qui nourrit l'originalité du titre. Je reprocherais tout de même l'usage un peu trop facile et récurent de longues notes tenues et qui donnent un côté presque chanson de film Disney aux compositions d'Oceans Of Slumber. On effectue un virage à 180 degrés avec « Howl Of The Rougarou » où la chanteuse est simplement accompagnée par une guitare acoustique pendant deux bonnes minutes avant que la guitare électrique fasse son grand retour sur une ligne rythmique oppressante mais presque trop sobre. Tout comme avec « The Watcher », « Her In The Distance » est une chanson de deux minutes au piano qui aurait presque quelque chose d'Evanescence. Et c'est toujours l'influence de ce même groupe qu'on sent peser sur « No Color, No Light » où une voix masculine en chant clair accompagne la chanteuse, pour notre plus grand bonheur. Le chant est doux, la ligne musicale légère, mais une tension persiste et c'est là tout le charme du morceau. On finit avec la fantomatique « Wayfaring Stranger », une chanson surprenante mais qui trouve parfaitement sa place sur cet album qu'elle clôt avec brio !

« The Banished Heart » est, dans l'ensemble, une très belle surprise que nous fait Oceans Of Slumber qui semble totalement libéré de toutes contraintes, au point de flirter avec des genres auxquels on ne s'attendrait pas. Quelques petits errements mériteraient peut être d'être revus mais on ne peut nier que la magie opère !

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