Machine Messiah
Morbid Domi
Journaliste (Belgique)

SEPULTURA

«Sepultura nous offre un album utlime de tribal Thrash moderne qui enchante tant il est riche et diversifié, nous invitant à une pleine lucidité sur la place de l'homme dans le monde de la technologie.»

10 titres
Death/Thrash Metal (early), Groove/Thrash Metal, Nu-Metal (later)
Durée: 46 mn
Sortie le 13/01/2017
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La sortie d'un nouvel album de Sepultura reste toujours un grand événement si l'on considère le statut de groupe culte que nos Américano-Brésiliens portent avec fierté depuis 32 ans.
De la formation initiale, ne restent que Paulo JR, le bassiste et son compère de 3 ans cadet de carrière, Andréas Kisser, infatigable lead guitariste. Nous passerons toute l'histoire du clan fraternel des Cavalera qui ont chacun vaqué à leurs activités spécifiques ainsi que les nombreux épisodes de la valse des autres batteurs pour ne retenir que les 18 années de fidélité du chanteur Ricain, Derrick Green, véritable bête de combat sur scène.

Quel métalleux digne de ce nom n'a jamais headbangué sur les perles cultissimes que sont « Territory », « Refuse/Resist », « Dead Embryonic Cells » ou même « Roots Bloody Roots » ?
C'est que Sepultura peut se targuer d'avoir écrit quelques magnifiques pages de l'histoire du Thrash.
Le combo ne cessera jamais de nous surprendre avec des évolutions musicales drastiques nous promenant dans le hardcore, dans le néo métal, dans le pur groove. Que l'on soit nostalgique ou non des premiers albums, nous pouvons concéder au groupe que jamais il n'a cessé de s'engager avec les tripes.
Ils savent d'où ils viennent, ces artistes, et ont gardé une certaine humilité qui impose un énorme respect.
Transversalement à sa carrière, depuis l'album « Chaos A.D. », nous pouvons dire que Sepultura est l'inventeur du Tribal Trash et il en portera la griffe au gré du temps.

2017, nous voilà au 14ème album du combo et pressés de découvrir le rendu de ce nouvel opus.
Quelle thématique sous-jacente pour nourrir l'univers du moment ?
A quelle sauce leur thrash est liée sur cette nouvelle galette ?

Après attentive écoute, ce qui marque, c'est le cheminement pris dans une optique introspective qui se marque jusque dans la musique. Sepultura nous donne une leçon philosophico-sociologique, se penchant sur la trop grande importance accordée par certains au monde de la nouvelle technologie, des machines et autres joyeusetés, délitant par effet pervers ce qu'il nous reste d'humanité.
A l'heure où l'individu se morcelle dans l'isolement social, où il est remplacé par la robotisation, voilà que le scientifique se prend encore pour Dieu, mettant sa production froide et bien opérationnelle sur piédestal. Nos Sepulturiens revendiquent notre salut, nous exhortant à ouvrir les yeux et à nous relier au divin, revenant à l'essentiel, au monde du réel et à ses liens sociaux, voire même à la nécessaire reliance terrestre.
Cette invitation est retranscrite de manière magistrale à travers des pistes musicales diversifiées et d'une efficacité optimale.

Nous débutons sur le surprenant titre éponyme, en mid-tempo, découvrant Derrick chantonnant en voix claire, à la Mike Patton, s'il vous plaît. Le jeu de guitare est versé dans le heavy traditionnel avec des grattes mélodiques. Si la surprise joue son effet, force est de constater que ce morceau est génial.

Pour notre plus grand plaisir, nous retrouvons un Sepultura classique old-school sur le second titre « I Am The Enemy » avec des riffs rapides, un jeu de batterie engagé et doté d'une bonne célérité. Eloy s'en donne à coeur joie et montre un jeu de baguettes limpide et riche de dextérité. Cette seconde piste est une tuerie.

Nous partons ensuite dans un world Thrash/néo métal orientalisé sur « Phantom Self » qui montre une puissance exceptionnelle de chant ainsi qu'une architecture de composition diablement porteuse. Ça sonne un peu à la Machine Head des plus glorieuses années. Je suis béat d'admiration sur le produit. C'est énorme.

Pour celui qui n'a pas compris qu'il écoute là un véritable chef d'oeuvre du métal, « Alethea » s'en vient vous prendre par les épaules, vous replongeant dans une ambiance « Rootienne » mais nettement plus martiale, le morceau est corrosif, il vous mord littéralement l'esprit.
Le riffing est envoûtant. C'est un pur bonheur que de retrouver de telles sensations fortes.
Oui, Sepultura nous invite à méditer mais c'est à l'aide de fameux coups de pied dans le derrière !!!

« Iceberg Dances » nous plonge carrément dans la musique syncrétique mondiale, entre riffs anglo-saxons et espaces de guitare hispanique, le tout montant dans la vitesse d'exécution, mené de baguette de maître dans des percussions typiquement Brésiliennes. Le plaisir à l'état pur.

A peine le temps d'atterrir, « Sworn Oath » nous dessine un autre paysage, plus éthéré. Les arrangements mélodiques sont dignes des meilleurs groupes de Black mélodique. Le chant est angoissant et surplombe une partie rythmique froide et impitoyable. Je tiens là mon morceau préféré.

Sur « Resistant Parasites », les vocaux sont abrasifs et se démarquent d'un rythme plus lent sans spécialement quitter la restitution de forte puissance. On apprécie le superbe jeu de basse de Paulo. Cette pépite musicale vous perfore le cerveau, menée par des espaces épico-symphoniques à vous scotcher le cul par terre.

Vous en voulez encore, « Silent Violence » démarre à la vitesse d'un bon combo punkoïde. Derrick me séduit dans ses lignes de chant teintées de Power Thrash. Le riffing agressif des guitares surélève d'un cran la quintessence castarde de l'oeuvre. Encore un magnifique moment.

« Vandals Nest » reste dans cette excellente lignée, fonçant à travers tout, doté d'une overdose énergétique. Plus loin dans le morceau, le chant s'en va titiller le nu-métal tandis qu'il est bercé sur des ambiances guitaristiques plus graves. Epoustouflant !!!

On en arrive à regretter de se retrouver à écouter la 10ème piste, qui surprendra autant que la piste d'ouverture. « Cyber God » offre un crossover entre le heavy et le néo-métal. Le chant est habité, les guitares fusent, tels des coups de couteau assénés sporadiquement çà et là. Nous retombons ensuite dans des phases d'accalmie, histoire de bien réaliser que le cyber n'a rien d'un Dieu bienveillant et constructeur de psyché. Sepultura nous montre aussi sa capacité à rester dans la puissance même si le tempo ralentit.
Et histoire de nous mettre la cerise sur le gâteau, les musiciens vont accélérer à la fin du hit, juste pour nous rappeler qui ils sont.

Sepultura a enfanté d'un chef d'oeuvre du tribal Thrash auquel il a apporté des facettes de modernité mais sans vendre son âme. C'est incroyable, chaque morceau possède son propre cachet, sa propre singularité et l'ensemble forme une entité parfaitement cohérente et bien agencée.
Si pendant quelques années, je cherchais à retrouver des hymnes, cette attente a été largement récompensée par l'apport d'un album ultime, où tout y est, maturité, acmé technique et majesté.

Morbid Domi (Janvier 2017)
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