Reverence
Enora
Journaliste

PARKWAY DRIVE

«« Reverence », une claque en plein visage qui concurrence « Ire » avec des titres innovants et mystérieux qui ne sont jamais contradictoires avec l'esprit et l'identité du groupe. Que dire devant une telle oeuvre ?»

10 titres
Metal / Hardcore
Durée: 43 mn
Sortie le 04/05/2018
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Parkway Drive est un nom de la scène Metalcore que vous ne pouvez plus ignorer, ne serait-ce que parce que leur précédent album, « Ire », était une pure merveille. Le talent de ces musiciens n'a d'égal que leur investissement et ce sont des raisons plus que suffisantes pour se précipiter sur « Reverence », leur dernière création.

Chant de corbeau, ligne sobre de guitare acoustique et voix parlée dans les graves, comment ne pas reconnaître l'ouverture de « Wishing Wells », dévoilée par le groupe avant la sortie de ce nouvel album ? Et finalement c'est une explosion avec le monstrueux « Until I'm done ! ». La version album me donne le même frisson que la version live dont j'ai pu profiter avec quelques chanceux le 18 mars dernier lors du concert parisien du groupe. Les guitares s'emballent mais conservent une précision mécanique, parfois freinée par le groove d'un break, appuyé par la basse, et la voix se déchaine. Le groupe renoue avec les ambiances de l'excellent « Ire » mais ose également de nouvelles choses, dans les techniques de chant et l'habillage musical en particulier. Le groupe a frappé très fort avec ce premier titre, extrêmement réussi, mais « Prey », dans un ton plus entraînant, s'annonce tout aussi efficace si je ne me fis qu'à la rythmique qui soutient la voix et qui me donne une furieuse envie d'agiter la tête et de taper du pied. Les choeurs apportent une touche plus légère et épique au morceau. La ligne mélodique des guitares renforcent cette impression qui dénote avec le style plus sombre auquel le groupe nous a parfois habitué ; ils prouvent qu'ils savent se renouveler sans rien perdre de leur puissance ! Débuter le morceau « Absolute Power » sur un break avec quelques notes de basse permet de ralentir la cadence sans casser le rythme de cet album, d'autant plus que Parkway Drive joue sur le contraste avec cette chanson tantôt lente et langoureuse, tantôt lourde et agressive. La voix du frontman se démarque toujours avec la même émotion.

Tout en étant assez mélodique, « Cemetery Bloom » reste fantomatique et inquiétante. Les choeurs apportent une atmosphère solennelle et presque mystique, ce que renforce encore davantage les cordes et sons qui se superposent. La voix parlée, au débit rapide, donne le rythme, comme une pulsation de vie, la récitation d'une formule secrète. Peu à peu, la guitare remplace les choeurs et s'insère délicatement dans le titre. « The Void » avait déclenché une hystérie lors du concert du groupe, et ça se comprend lorsqu'on la réécoute puisqu'elle flirte avec des influences empruntant au Heavy Metal, des codes toujours efficaces. Son refrain est également parfait pour être repris par une foule en délire et confère une force fédératrice non négligeable à la chanson. Le groupe a définitivement apporté un soin fou à ses introductions, en témoigne une nouvelle fois la superbe « I Hope You Rot », à la composition très novatrice ! Des voix masculines s'opposent au scream, bien plus libre, il faut le souligner, de Winston McCall, au meilleur de sa forme. Une ligne musicale efficace mais moins démonstrative que sur les morceaux précédents apporte un bon soutien en laissant toutefois le rôle principal au chant. Guitare acoustique, piano et chant clair (d'une très, très belle facture d'ailleurs) pour l'ouverture de « Shadow Boxing » : un combo qui fonctionne à merveille, d'autant plus lorsqu'on se laisse prendre par le passage rap qui arrive juste après puisque le flow du chanteur fait encore des ravages. Une tension sourde sous-tend la chanson et lui apporte une pointe de brutalité.

A ma grande surprise, « In Blood » est une chanson moins originale qui se rapproche des grandes tendances du Metalcore actuel avec une ligne mélodique bien pensée à la guitare, une basse assez forte, une batterie rapide mais qui reste légère, un scream puissant et quelques passages aux choeurs. Néanmoins, on retrouve l'identité du groupe dans le côté sombre de ce titre. « Chronos » nous ramène dans vers quelque chose de plus brut, moins soigné, mais tout aussi séduisant car on y retrouve toujours la patte mélodique de Parkway Drive, en particulier à travers la mélodie aiguë des guitares qui fait jeu égal avec le scream. Les six minutes du morceau sont l'occasion parfaite de voir que le groupe équilibre sa composition en mettant tantôt en avant la rythmique, à travers des passages presque minimalistes, mais aussi les guitares, de plus en plus virtuoses. Et on finit avec la déroutante « The Colour of Leaving ». La chanson est mélancolique et prend aux tripes par sa douceur de surface qui dissimule des abîmes de souffrance. Le violoncelle est accompagné de guitares, et quelques grésillements donnent l'impression que cette chanson arrive d'un autre temps.

« Reverence » est une claque en plein visage qui concurrence « Ire », un des meilleurs albums de tous les temps selon moi, sans pour autant le dépasser. Parkway Drive fait un retour triomphant avec des titres innovants et mystérieux qui ne sont jamais contradictoires avec l'esprit et l'identité du groupe. Que dire devant une telle oeuvre si ce n'est merci au groupe de faire un si beau travail et d'être si généreux avec ses fans ?

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