OMRADE
Plus d'infos sur OMRADE
Ambient, electronica, indus, post rock, avant-garde metal

Nade
The Effigy
Journaliste (Belgique)

OMRADE

«Un album qui touche l'âme, transcende l'esprit et fait frissonner le corps. Omrade incarne une belle réussite avec ''Nade''»

8 titres
Ambient, electronica, indus, post rock, avant-garde metal
Durée: 50 mn
Sortie le 26/05/2017
6896 vues
Dans les chroniques qu'il ne fallait pas rater même si c'est avec un retard évident, voici venir rien que pour vous le talentueux duo d'Omrade. Pas de flatterie inutile ici mais le constat d'un premier album plus que bien reçu par la critique ainsi que par les auditeurs ayant embarqués dans le voyage « Edari ». Les compères Krys Denhez (Nerv, Gloomy Helium Bath) et Jean-Philippe Ouamer (ex-Nerv, Idensity) reprennent les habits de Bargnatt XIX et d'Arsenic pour nous présenter un nouveau périple dans les méandres de leurs pensées créatrices. L'éloignement de Bargnatt XIX à Dubaï a obligé le groupe à travailler par échange de fichier pendant de longs mois avant de pouvoir se retrouver au Lower Tones Place Studio pour concrétiser et surtout arranger les idées trouvées en morceaux définitifs.

Le travail studio d'Edgard Chevallier est à la hauteur de ce que l'on pouvait espérer. Retrouver la touche sonore d'Omrade sur « Edari » en mieux, plus subtile, plus mature. Ainsi le son froid de la composition et recherche sonore sur machine se mêle à merveille avec les sonorités des instruments réels. Les musiciens invités font un superbe boulot. Il va sans dire que l'on retrouve le Sax qui avait apporté sa touche sur « Edari ». Et tant qu'à laisser libre court à la musicalité, la clarinette fait également une belle entrée en matière.

Dès l'apparition de la rythmique de « Malum » nous voilà transporté par une ambiance hypnotique. Le travail de la basse est autant un élément de structure qu'un poseur d'ambiance. Le nombre indéfini d'éléments rajoutés ne s'encombrent jamais les uns des autres. Nous sommes en présence de beauté sombre, le corps s'accroche à la mélodie et les parties de voix en rajoute une couche encore plus prenante. Il ne doit pas être évident de rester accrocheur tout en établissant bien l'avant garde musicale que propose le groupe, et c'est pourtant la réussite première de cet album.

Le second chapitre du voyage débute sur le son du Sax qui collait déjà parfaitement au premier album. « XII » nous plonge dans les abîmes, nous remonte au ciel, fait la grande roue en liant moments sobres et emprises de fureur contenue. Les interventions de guitare se veulent assez rock mais n'en laisse rien paraître dans cet ensemble qui donne un rendu bien plus profond. « Enter » me rappelle la vieille new wave mais rassurez vous, totalement moderne pour le coup. L'électronique du morceau puise pas mal dans l'aspect robotique, la guitare renforce comme il se doit certains passages et la basse distordue englobe le tout d'une aura particulière. La voix de Bargnatt XIX transporte l'auditeur dans la complainte de la vie chantée ici.

Un de mes coups de coeur de l'album, « Hänelle » intervient aussi bien comme une bande musicale de film que comme un titre accrocheur, et ce notamment grâce à la très belle ligne de chant qui possède les qualités d'un single tellement elle se marque dans votre tête. En plus d'oser la clarinette, ce titre peut tourner en boucle sans jamais lasser. Il y a des mélodies qui peuvent se le permettre et nous en avons un bel exemple ici. L'étape suivante « Styrking Leio » me plonge dans la source du black d'avant garde de par sa désespérance. Le morceau à beau accélérer, se renforcer, se durcir au fil du temps, les ténèbres suintent de partout et filent le frisson comme rarement nous avons l'occasion de le vivre.

« The Same For The Worst » oblige l'auditeur à s'accrocher un peu plus encore. Titre plus difficile d'accès, il se révèle au gré des écoutes comme un des chapitres les plus riches de l'album. Jazzy, expérimental, électro, métal, dépressif, le titre délivre une multitude de sentiments. Le rajout d'une voix féminine vraiment agréable à l'oreille sur ce titre où les cris masculins n'y vont pas de main morte est particulièrement bien trouvé. Et ne parlons pas du Sax de Léo Sors qui se fait plaisir un maximum. Au niveau exploration « Baldar Jainko » n'est pas en reste. Bien que court comme format par rapport au titre précédent, il nous présente autant d'aspect, mais bien entendu, différents, Omrade ne se répète pas tout du long de cet album.

Le chapitre de clôture nous plonge encore plus loin dans le sombre chaos lumineux. Oui je sais, sombre et lumineux est antinomique mais voilà, c'est le ressenti que me donne l'album. Et « Falaich » ne déroge pas à la règle malgré la force placée dans la somme des éléments utilisés. La tristesse ressentie au départ du morceau va se muer en grandiloquence avant de laisser une impression de déstructure qui n'en est jamais une. Le chant désespéré, la guitare à tendance black metal et les percussions utilisées renforce encore plus la trame orchestrale ou bon nombre d'instruments synthétiques sont employés à bon escient. Comme sortie d'album, Omrade ne pouvait mieux faire.

Omrade réussi un beau coup avec cet album, non seulement parce qu'il laisse libre court à son inspiration et ne trahi rien à sa personnalité mais aussi parce qu'il réussi à rendre accessible à un plus grand nombre un style musical souvent fermé. L'album est une richesse sonore qui prend vie sur des thèmes et des mélodies qui envoûtent l'auditeur pendant tout le voyage musical offert par le groupe. Car oui, ne nous y trompons pas, il s'agit bien d'embarquer avec le groupe pour profiter un maximum de ce dépaysement hors du commun. Et comme tout voyage réussi, une fois de retour à la maison, il faut prendre un moment pour se remettre. L'auditeur en ressort changé, bouleversé et sait au plus profond de lui que plus rien ne sera jamais comme avant.