GOD IS AN ASTONAUT
Plus d'infos sur GOD IS AN ASTONAUT
Space Rock

Epitaph
Chozo Tull
Journaliste

GOD IS AN ASTONAUT

«''Epitaph'' est un disque enfanté dans le deuil et porte la marque de sombre lyrisme.»

7 titres
Space Rock
Durée: 45 mn
Sortie le 27/04/2018
232 vues

God Is An Astronaut fait partie de ces groupes de post-rock qui ont pris la relève après que les vieux de la vieille (GY!BE, Tortoise, Mogwai) aient inspiré une nouvelle génération de bruitistes. Mais le genre a bien changé depuis ces premières années d'expérimentation, et force est de constater que la blague du ''crescendocore'' que l'on entend depuis peu sur Internet est un peu justifiée. Ce qui avait commencé comme un refus des structures classiques et du rock mainstream est devenu une formule appliquée partout et par tout le monde : reverb, crescendo, tremolo picking, riff, redescente, remontée, du delay partout. Et, hélas, God Is An Astronaut n'échappent pas à cette règle. Comme les japonais de Mono, les jeunes loups d'Irlande continuent dans les clous qu'ils ont eux-mêmes posés, et ''Epitaph'' en est une preuve de plus.

Tout d'abord je me dois de mentionner que cet album a été écrit par un groupe en deuil. Le titre du disque, Epitaph, n'est pas qu'une figure de style ou une vague tentative de sonner morbide : le disque fait suite à la mort de leur cousin de sept ans. On est d'ailleurs en droit de se demander si il ne s'agit pas de l'enfant présent au centre de la (superbe) pochette réalisée par Fursy Teyssier (Les Discrets, Alcest). Loin de moi l'idée de fustiger cette entreprise ou de moquer la douleur qui a été celle de GIAA au moment d'accoucher de ce LP - je ne jugerai ce cd que sur ses mérites artistiques.

Cela étant dit, il n'y a à mon avis pas grand-chose de nouveau sur ''Epitaph''. Si le son du disque est effectivement sombre, plaintif, parfois même abrasif comme dans l'interlude de ''Winter Dusk/Awakening'', les formules de compositions de GIAA ne sont pas nouvelles. Le morceau-titre qui ouvre ce funeste bal déroule tout ce qu'un auditeur de post-rock a dans sa checklist : piano ambient, montée en puissance, riff martelé, retombée éthérée. ''Mortal Coil'' est plus rock, mais ne parvient pas non plus à surprendre. Pour ceux qui auraient voulu un morceau entier à partir de l'intro de ''Epitaph'', le dernier titre, ''Oisin'', déroule un ambient lyrique mais sans réelle consistence harmonique ni mélodique, tout comme ''Komorebi'', qui se termine comme il a commencé.

L'album est loin d'être un échec : les dissonances de ''Medea'' et le travail sur les différentes couches de son sont de bon aloi. Pour ceux en attente de sonorités synthétiques plus old-school, ''Seance Room'', l'un des morceaux les plus rock et up-tempo du disque, offre quelques arpèges à la couleur agréable, et un milieu de morceau frénétique, qui offre encore une fois un moment de bruit agressif et bagarreur, et on atteint un instant de violente grâce. Le morceau se termine avec le sens du devoir accompli. La production du disque est très cohérente et l'on surprend souvent dans les queues des reverbs des artefacts de saturation, comme des messages de l'autre côté du voile. Mais il est dommage que le disque commence et finisse sur des morceaux recelant aussi peu de surprises, alors que le noyau dur est de qualité.

Au final, ''Epitaph'' est un album qui saura sûrement combler les fans du groupe et plaire à ceux et celles en recherche de post-rock lyrique, mais qui peine à se distinguer musicalement dans les eaux troubles d'un genre en voie de massification inquiétante.