1922
Fred H
Journaliste

MIKE PATTON

«Sombre, intense, profonde, déchirante, dramatique, malsaine, … la bande son de 1922 est tout cela. Baissez vos volets, éteignez les lumières et …. laisser parcourir de frissons.»

21 titres
Durée: 41'26 mn
Sortie le 20/07/2018
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IPECAC RECORDS
Tenter d'établir la liste exhaustive des projets/productions de Mike Patton se relève de la mission presque impossible. Évidemment, c'est le frontman chanteur de Faith No More, Mr. Bungle, Tomahawk, Fantômas, Peeping Tom ou du tout récent Dead Cross. Grâce à ses capacités vocales reconnues et des plus variées (croonerie, falsetto, growls death, rap, beatbox, scat jazz, …), rien d'étonnant que ce bon vieux Mike réponde par l'affirmative à la pléthore de sollicitations d'artistes (et autant d'univers bien différents) qu'il reçoit. Plusieurs albums avec John Zorn, un EP avec The Dillinger Escape Plan, quelques titres avec Sepultura, des opus avec John Kaada, Melvins ou encore Björk. Compositeur et multi-instrumentiste, notre Woodywoopecker (from Mars) préféré est également co-fondateur du label indépendant Ipecac Recordings. Outre produire ses propres disques/groupes, il signe aussi ses coups de coeur : Dälek, Eagles of Death Metal, Isis, Mondo Generator ou encore The Young Gods.
Ce que l'on connaît peut-être moins ce sont ses réalisations pour des musiques de longs métrages. Après A Perfect Place (2008), Crank: High Voltage (de 2009 avec Jason Statham), The Solitude of Prime Numbers (2011) et The Place Beyond the Pines (avec Ryan Gosling, Bradley Cooper et Eva Mendes en 2013), Patton signe donc sa/une cinquième B.O. Le film 1922, diffusé sur Netflix, est une adaptation d'une novella (format entre la nouvelle et le roman) éponyme de Stephen King, extraite de son recueil « Nuit Noire, Étoiles Mortes ». L'histoire démarre comme un classique. Un fermier endetté, mais désireux de garder sa ferme et ses terres, décide de tuer son épouse (qui elle souhaitait vendre). Des années plus tard, d'étranges phénomènes commencent à se produire sur le domaine persuadant le propriétaire que la défunte serait revenue hanter les lieux.

Tout débute par des bruits quelques peu sinistres et stridents (''No Grave for Mama'') que l'on retrouve ici et là par la suite (''The Conniving Man''). Des cordes douces-amères (''Mea Culpa''), perçantes (''Sweetheart bandits'') ou délicatement pincées (''Murder is Work'') s'invitent sur des tons funèbres. Tel un funambule, Patton évolue sur un fil musical perpétuellement en équilibre et nous balance entre mélodies déconcertantes et dissonances envoûtantes. Une dichotomie des plus angoissante (''Omaha 1930'', ''“This As Thieves”'', ''Magnolia Hotel'').

Des percussions lancinantes (''We'll Send Her To Heaven ?'', ''The Deed Is Done'') aux accents parfois industriels (''Death of a Marriage'') nous bousculent. Intrigants ou sournois, les violons interviennent aux aussi (''Cornfield – (Vertical)'', ''Elphis'', ''Cornfield – (Horizontal)'', ''“Secrets Only A Dead Woman Could Know”'' ou ''Problem Wife''). On ressent les différents états de notre protagoniste. Il a commis le péché ultime et doit en payer le lourd tribut psychologique de son crime. Culpabilité, tourment, désespoir, peur, …folie.

Tout au long de sa partition, Patton saupoudre des petites notes pour mieux nous obséder. Ces fioritures sortent de nul part (''Farewell Note'') ou carrément s'entremêlent (''“I'd Come To Hate Her”'') dans une sorte de chaos. L'étrangeté domine dans ce maelstrom de sons en échos (''Mea Culpa 2'') et de moments glauques on l'on peut presque entendre les murmures plaintifs de la victime (''Dead Woman's Secrets''). On se sent même observé… épié.

Sombre, intense, profonde, déchirante, dramatique, malsaine, … la bande son de 1922 est tout cela. Mike Patton fait honneur à l'un des maîtres de l'Horreur (et à cette adaptation) grâce à ses morceaux qui collent parfaitement à ce thriller en quasi huis-clos empli d'une noirceur sans concession. Baissez vos volets, éteignez les lumières et …. laisser parcourir de frissons.