Kna'an
Morbid Domi
Journaliste (Belgique)

ORPHANED LAND

13 titres
Doom/Death/Middle Eastern Folk Metal (early), Middle Eastern Folk Metal (later)
Durée: 38 mn
Sortie le 26/08/2016
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De la pensée humaine, germent parfois des idées pouvant, de prime abord, sembler saugrenues mais qui lorsqu’elles se cristallisent et s’affinent, et surtout, lorsqu’elles sont portées par des moyens adéquats, peuvent se matérialiser en un formidable chef d’œuvre.

La petite histoire débute en Allemagne, à Memmingen, petite ville de Bavière de plus de 42 000 habitants. Dans les murs d’architecture moderne du « Landestheater Schwaben », Walter Wayers, Directeur éclairé, rêve d’apporter ses conceptions particulières à l’histoire biblique d’Abraham et Sarah (Saraï pour les puristes) quittant la terre Cananéenne pour un difficile exode en Egypte.

Le projet posé, il reste à trouver les perles qui sauront transcender musicalement l’œuvre et l’implémenter, si possible, de magistrale manière.

Deux artistes allaient relever le challenge :
- Erez Yohanan, bassiste, batteur et narrateur au sein du superbe groupe Israélien de Folk progressif, Amaseffer ;
- Kobi Farhi, charismatique vocaliste d’Orphaned Land.

Les autres membres d’Orphaned Land étaient chargés de composer cette bande sonore

Qui ne connaît pas les Israéliens d’Orphaned Land ?

Nous pouvons nous accorder sur le fait qu’il s’agit d’un groupe remarquable qui, depuis sa formation en 1992, en 5 albums plus que corrects, a capté grand respect dans le monde entier.

Tout a été expérimenté ou presque chez ces autres Israéliens : Death, Doom, le tout dans un cadre Folk oriental immédiatement identifiable.
Sur le fond, nos Hébreux ont toujours prôné une sorte de religion uniforme de paix, sans aucune prévalence sur d’autres croyances.
Ce constat prévaut aussi pour Amaseffer.

Il s’agit vraiment de deux groupes lumineux qui assument pleinement ce qu’ils sont.

Ainsi est né «Kna’an ».

L’occasion nous est donnée de découvrir le résultat final de ce concept album.

Autant vous le dire tout de suite, la réalisation opérée relève du chef d’œuvre.

Nous démarrons sur une introduction magnifique nous présentant le pays de Canaan, « The Holy Land Of Kna’an », qui se permet d’aller titiller la fabuleuse bande son de gladiator. Le chant féminin relève du divin. C’est envoûtant. On oublierait presque que cette terre à l’origine était frappée par la famine, d’où les exodes forcés pour survivre.

Ce n’est pas un simple album qui a été interprété mais une véritable fresque musicale teintée de Folk oriental et de passages mélodiques à l’instar des plus belles perles que sont :
- « The Angel Of The Lord » avec un refrain époustouflant. Ce chant en chœur avec Kobi dépasse la perfection et que dire de ce magnifique jeu de guitare lead !!;

- « Naked – Abraham », florilège folklorique typiquement oriental croisé au jeu mélodique de base, le tout atteignant directement l’âme ;

- « There Is No God For Ishma'el » sur une musique bien plus orientalisée encore mais avec des refrains plus typés Rock et bien entrainants ;

- « The vision » qui sous un chant chamanique (quelle technique de vibration de la langue !!!) parvient à égaler le morceau le plus divin de la world music « The host of Seraphim » de Dead Can Dance ;

- « Fruits From Different Trees - Ishma'el and Itzhak » qui est boosté par un jeu bien plus métal et direct sans sombrer dans le Doom ;

- « Prisoners Of The Past », morceau de clôture et ode à la joie de vivre dans un espace de félicité.

D’autres morceaux à base plus acoustique retranscrivent à merveille la profondeur des personnages avec un chant doux, presque cristallin, secondé par un beau jeu de guitare sèche :
- Ecoutez donc ce très joli « Naked - Sarah and Abraham » qui, malgré sa courte durée, nous replonge dans la beauté d’un morceau tel « Wind of change » de Scorpions;
- « A Tree Without No Fruit – Sarah » qui sous des airs de musique Italienne « mandolinée », vous plonge au cœur de la terre, dans un climat propice à la plus grande introspection ;
- « A Dove Without Her Wings – Hagar » : L’on ne peut que se dire une chose : Si la tendresse avait un visage, une couleur, une musique, c’est dans ce titre qu’elle tirerait sa genèse, à l’instar du 10ème morceau « The Loneliness of Itzhak ».

Sur « Akeda », nous trouvons une envolée plus épique avec des riffs plus typés Folk Turque. Nous retrouvons ici le sacrifice du fils « Isaac » demandé par Dieu à Abraham. L’univers musical retranscrit à merveille cette dévotion et l’inscription dans une quête bien difficile qui n’aboutira pas à l’holocauste demandé.

Mention spéciale au très dur « The Burning Garden - Sarah and Hagar », car nous sentons dans le chant tout le déchirement de Sarah qui, étant stérile, offre sa servante Egyptienne « Hagar » à son mari afin qu’elle puisse lui offrir l’enfant qu’elle ne peut mettre au monde.

En conclusion, Monsieur Wayers peut se féliciter du résultat qui sans doute dépasse largement ses espérances. Cet album est prodigieux, s’écoute en une traite et se réécoutera sans nullement vous plonger dans l’indigestion. Quant à l’auditeur et amateur de belle musique, il trouvera véritable quintessence spirituelle dans ce récit biblique majestueusement chanté et joué.

Voilà une belle manière pour Orphaned Land de fêter 25 ans d’existence en officiant dans son registre de prédilection et en pouvant construire un album ultime et divin.

A l’heure où le prix Nobel a perdu toute sa profonde essence, il reste de belles personnes qui prônent encore des messages forts de tolérance pour bâtir une humanité bien meilleure et ayant plus de sens.

De sacré groupe, avec cette œuvre, plus que jamais, Orphaned Land montre qu’il est un groupe « sacré ».

En vérité, je vous le dis « Kna’an » m’apparaît comme un chef d’œuvre, tout simplement.

A recommander à tous les passionnés de musique profonde, néo-classique et Folklorique.

Morbid Domi
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