Disobey
Enora
Journaliste

BAD WOLVES

«« Disobey », un petit bijou du Metal US sur lequel Bad Wolves puise dans sa culture musicale pour construire des morceaux très riches et diversifiés »

16 titres
Groove Metal/Metalcore
Durée: 61 mn
Sortie le 11/05/2018
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Sous la houlette de Zoltan Bathory de Five Finger Death Punch, les Américains de Bad Wolves, soit le chanteur Tommy Vext (Ex-Divine Heresy, Ex-Westfield Massacre, Ex-Snot), les guitaristes Doc Coyle, qui nous vient de God Forbid et Chris Cain, connu pour son travail dans les groupes Bury Your Dead et For the Fallen Dreams, mais aussi le batteur John Boecklin (Ex-Devil Driver) et enfin le bassiste Kyle Konkiel, actuellement membre Vimic et anciennement d'In This Moment, nous présentent leur premier album : « Disobey » !

Basse lourdissime et guitares suraiguës, voilà une ouverture digne de ce nom pour « Officer Down » ! Le scream fait une entrée magistrale, à pleine puissance avant de laisser place au timbre très doux de Tommy Vext, en chant clair. Ce premier titre semble confirmer que Bad Wolves ne se contente pas de nous proposer du Groove Metal basique mais emprunte à divers autres genres pour enrichir ses compositions et, soyons honnêtes, ce premier titre nous met en appétit. « Learn To Live » s'ouvre sur une ligne rythmique plus lente mais militaire dans sa rigueur. La basse de Kyle Konkiel ne tarde cependant pas à instaurer quelque chose de plus proche du Djent, ce qui réussit à la chanson en la rendant plus dansante et démoniaque. Vocalement, on continue à osciller entre scream, à la diction des plus entraînantes, et chant clair, presque étouffé sur les notes les plus hautes. Tout est dans le titre pour la langoureuse « No Masters » qui met en avant une sensibilité exacerbée et qui passe essentiellement par le contraste entre voix claire et ligne musicale puissante. Le groupe fait le choix de l'apaisement et de la maîtrise ce qui leur permet de développer plus librement leur créativité en mettant alternativement en avant la guitare, la voix, la rythmique. Vous n'avez pu échapper à la délicate et majestueuse reprise de The Cranberries avec « Zombie ». A fleur de peau, cette reprise est plus qu'un hommage…

Les premières mesures de « Run For Your Life » donne le ton et annonce un morceau lancé à toute allure qui reprend les codes rythmiques qu'on trouvait déjà sur « Officer Down » et « Learn To Live ». Croyez-moi, vous ne résisterez pas longtemps à cette folle envie de vous balancer d'avant en arrière. John Boecklin martèle sa batterie alors que le chanteur nous emporte avec sa voix chaude. Plus le titre avance, plus la folie qu'il recèle se déverse sur nous et nous avale. Le flow de Tommy Vext flirte avec du R'n'B sur « Remember When » alors que les musiciens du groupe y superposent une partie instrumentale tantôt évanescente, tantôt énergique, mais toujours légère et presque mélancolique. Cet album nous offre définitivement du Metal US de qualité, comme en témoigne « Better The Devil », qui vient juste ensuite avec les merveilleux riffs de guitare et basse qui s'entremêlent, alimentant une rythmique chaloupée. Le ton y est néanmoins plus sombre que sur les dernières chansons. Un flot de violence nous arrive en plein visage mais le refrain souligne les efforts du groupe pour le maîtriser et l'articuler de sorte à en faire une vague d'une puissance implacable. « Jesus Slaves » renoue avec une ligne musicale brute et agressive et une voix, dans un premier temps, très contrôlée et douce, mais qui ne tarde pas à sombrer dans quelque chose de plus obscure à force de scream. Si ce n'est pas la meilleure chanson de l'album, un équilibre émerge malgré tout et la rythmique reste très appréciable.

Une guitare acoustique est mise à l'honneur alors que « Hear Me Now » résonne, rapidement rejointe par la voix du frontman du groupe. Bad Wolves nous offre une respiration avec ce titre, dévoilé il y a quelques jours déjà en featuring avec DIAMANTE. La volonté d'en faire un hit qui se pare sans honte de reflets de romantisme est clairement exprimée. L'apparence calme de « Truth or Dare » ne sera pas démenti au fur et à mesure que progresse le morceau. Son intérêt principal réside, selon moi, dans sa ligne rythmique. Les guitares de Chris Cain et Doc Coyle se font plutôt discrètes jusqu'à un revirement au milieu du titre. Bad Wolves flirte alors ouvertement avec le Progressive Metal, sans tomber dans une sorte de composition baroque et étouffante. Rythmiquement, « The Conversation » est un titre plus audacieux et moins conventionnel que les précédents, en particulier parce que chaque instrument semble s'autonomiser vis-à-vis de l'ensemble ; mais cette association de mélodies en apparence dissociées semble en fait nourrir un projet bien plus large et qui peut être entrevu à travers certains passages. Cherchez bien, l'intelligence de ce morceau ne se révèlera peut être pas en un claquement de doigt, mais sa complexité n'est plus à prouver ! Le groupe nous donne l'impression de marcher sur les cimes d'une montagne escarpée avec la dissonante « Shape Shifter » dont le riff aigu qui sous-tend tout le titre ne vous sortira pas de la tête si facilement. La moindre chute se traduira par une descente sans fin dans la folie la plus noire, mais cette brutalité permet aussi à Bad Wolves de s'élever jusqu'aux cieux.

La lourdeur de « Toast To The Ghost » a quelque chose de presque Doom ou Gothic dans son atmosphère des premières secondes. Peu après, le titre explose en plein vol et révèle un potentiel tout autre : celui d'une chanson faite pour headbanguer, pour hurler, pour se libérer de toutes les chaînes qui peuvent nous entraver. Encore une fois, la chanson se caractérise par une alternance de passages lourds et agressifs, en grande partie grâce à la batterie, et d'autres d'une douceur stupéfiante. Comment résister à l'incroyable « I Swear » dont la rythmique, qui rappellerait presque des groupes, dans une veine totalement autre, du style d'Archspire, ne peut que vous aspirer pour vous plonger dans des abysses insondables mais qu'on ne quitterait pour rien au monde tant la nuit qui les habite finit par nous posséder également. Ne vous fiez par à la douceur de « Pacifico » car ce titre ne tarde pas à se muer en chanson, très mélodique certes, mais aussi et surtout brutale. Bad Wolves brouille les pistes en nous proposant des riffs d'une douceur infinie avant de fondre sur nous à force de rythmiques surpuissantes et de screams infernaux ! « Blood N Bone » est la conclusion de cet album et porte bien la signature du groupe à travers la force brute qui se dégage de l'instrumentalisation qui met d'autant plus en valeur la partie vocale fantomatique.

« Disobey » est un petit bijou du Metal US puisque Bad Wolves ne se contente pas de « bien faire » ce que tant d'autres groupes sont capables de faire. Les musiciens vont ici puiser dans leur culture musicale personnelle pour construire des morceaux très riches et diversifiés. L'intelligence des compositions ne laisse cependant pas l'aspect émotionnel de côté. Espérons que davantage de groupes se libéreront des attentes classiques pour emprunter le genre de chemins dérobés que Bad Wolves connait si bien et semble tracer pour eux.

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