Sonder
Chozo Tull
Journaliste

TESSERACT

«TesseracT trace sa route avec calme et ajoute un nouvel album de qualité à sa discographie. »

9 titres
Métal
Durée: 36 mn
Sortie le 20/04/2018
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TesseracT aura eu un parcours mouvementé. Parmi les premiers à démocratiser le metal progressif moderne tendance ''djent'' (après Meshuggah évidement), le quintet britannique a en 15 ans changé de chanteur à deux reprises et finalement trouvé sa place chez Kscope, un label cher à mon coeur de fan de Steven Wilson. Mais Kscope, c'est une maison de disque ''post-progressive'' et qui donne souvent dans des productions éthérées et abstraites plus que métalliques et agressives ... Avec Sonder, les TesseracT prouvent néanmoins qu'il est évidemment possible de réconcilier les deux, et qu'ils ont toutes leur place dans le roster pastel du label britannique.

Ce qui frappe immédiatement à l'écoute de Sonder, c'est la pureté et la clarté du son. Ca n'est pas forcément nouveau pour un auditeur assidu du groupe, mais ici la production est particulièrement léchée, les cleans cristallins, les saturations agressives mais nuancées. Le mix donne sa place à tout le monde, tout est propre, presque comme dans un hôpital. Le premier morceau, ''Luminary'', donne immédiatement à entendre ce souci du détail dans le son, entre son introduction puissante et son couplet en clair : TesseracT annonce la couleur et évoluera entre ces deux atmosphères tout au long du disque. Le morceau démontre un Dan Tompkins en voix, avec une mélodie de couplet délicate qui se détache des guitares reverbées en arrière-plan. Le refrain passe la seconde et efficace, accrocheur, le morceau est une réussite.

Sauf ... Sauf qu'il s'arrête un peu vite, au bout de trois minutes et quelques. Et, quoi ? On en aurait bien repris ! Oui, mais sur Sonder, TesseracT privilégie apparemment la qualité à la quantité : neuf morceaux, trente-six minutes. Aucun problème avec ça, c'est encore clairement un album plus qu'un EP, et je préfère largement trente-six bonnes minutes que cinquante-cinq minutes d'ennui où le groupe déroule le même morceau cinq fois.
''King'', la piste suivante, est la plus longue de l'album, avec ses 6:56. La plus longue mais aussi l'une des plus progressives au niveau de sa structure, ainsi que la plus agressive du disque, avec quelques passages hurlés - on est loin du metal extrême, mais c'est toujours une couleur de plus. A l'inverse, ''The Arrow'', le dernier morceau du disque, est très court et n'offre pas grand-chose de cohérent - à l'écoute, il est même difficile de ne pas simplement voir ce morceau comme une outro de ''Smile'', un moment de réconfort et de recueillement après les derniers moments presque apocalyptiques du morceau - les cordes en rajoutent une couche, le groupe met bien la pression, et ensuite passe sur ''The Arrow'' pour qu'on se quitte bons amis. Oui, sauf que le disque se termine un peu comme il a commencé : en laissant un petit goût de pas-assez.

Il est à noter que la forme courte n'est pas l'ennemi de TesseracT : ''Orbital'' est un excellent exemple d'une ballade atmosphérique de deux minutes. On sent ici à fond l'esprit Kscope, beaucoup plus post-rock avec des touches d'électronique que metal. Le minimalisme est assumé et fonctionne bien. Le morceau sonne comme la couverture de l'album. A vrai dire, tout l'album sonne comme cette couverture : sombre, minimaliste mais évocateur. ''Beneath My Skin'' donne également dans ce registre, même si les guitares en arrière-plan sont plus menaçantes et tendues. Mais tout l'album n'est pas une berceuse : outre ''Luminary'' et ''King'', TesseracT nous offre aussi ''Juno'', coup de coeur immédiat : passé le riff d'intro épique et down tempo, on passe sur des guitares groovy et asymétriques d'une efficacité redoutable, qui reviendront à la fin du morceau pour parachever une composition somme toute courte pour du progressif (5 minutes) mais dense et intéressante. Même sans se déployer dans des odyssées old-school TesseracT offre des compositions réfléchies et plus complexes qu'il n'y paraît.

L'album est bon, c'est indéniable. Les morceaux s'enchaînent et fonctionnent, le groupe prend le parti de ne pas en faire trop, le style est affirmé et la production soignée. Cela étant dit, l'album reste clairement un album de TesseracT, et le groupe ne prend virtuellement pas de risques stylistiques. Il y en aura aussi certainement pour décrier la propreté presque stérile du disque, qui sonne tour à tour épique et délicat, mais jamais menaçant ou abrasif. Du bon travail !